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Cours d'histoire moderne / par M. Guizot. / Histoire générale de la civilisation en Europe, depuis la chute de l'Empire romain jusqu'à la Révolution française
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DIXIÈME

est clair que la tentative dorganisation tliéocratiquea échoué; lEglise sera désormais sur la défensive;elle nentreprendra plus dimposer son système àlEurope, elle ne songera plus quà garder ce quellea conquis. Cest de la tin du xin' siècle que datevraiment lémancipation de la société laïque euro-péenne; cest alors que lÉglise a cessé de prétendreà la posséder.

Depuis longtemps elle avait renoncé à cette pré-tention dans la sphère même il semble quelleeût mieux réussir. Depuis longtemps, dans lefoyer même de lÉglise, autour de son trône, enItalie, la théocratie avait complètement échoué etfait place à un système bien différent, à cette ten-tative dorganisation démocratique dont les républi-ques italiennes sont le type, et qui a joué en Europe,du xi' au xvi' siècle, un rôle si éclatant.

Vous vous rappelez, messieurs, ce que jai déjà eulhonneur de vous dire de lhistoire des communes,et de la manière dont elles sétaient formées. EnItalie leur destinée avait été plus précoce et pluspuissante que partout ailleurs; les villes y étaientbien plus nombreuses, plus riches quen Gaule, enAngleterre, en Espagne; le régime municipal ro-main y était resté bien plus vivant et plus régu-lier. Les campagnes de lItalie dailleurs se prêtaientbeaucoup moins que celles du reste de lEurope àdevenir lhabitation de ses nouveaux maîtres. Ellesavaient été partout défrichées, desséchées, culti-vées; elles nétaient point couvertes de forêts; lesBarbares ne pouvaient sy livrer aux grandes aven-tures de la cbasse, ni y mener une vie analogue àcelle de la Germanie. De plus, une partie de ce ter-ritoire ne leur appartenait pas. Le midi de lItalie,la campagne de Borne, Ravcnne, continuaient à dé-pendre des empereurs grecs. A la faveur de léloi-gnement du souverain et des vicissitudes de la guerre,le régime républicain saffermit, se développa debonne heure dans cette portion du pays. Et non-seulement lItalie nétait pas toute au pouvoir desBarbares, mais les barbares mêmes qui la conqui-rent nen demeurèrent pas tranquilles et définitifspossesseurs. Les Oslrogoths furent détruits et chasséspar Bélisaire et par Narsès. Le royaume des Lom-bards ne réussit pas mieux à sétablir. Les Francsle détruisirent; et sans exterminer la populationlombarde, Pépin et Charlemagne comprirent quilleur convenait de sallier avec lancienne populationitalienne, pour lutter contre les Lombards si ré-cemment vaincus. Les Barbares ne furent doncpoint, en Italie comme ailleurs, maîtres exclusifs ettranquilles du territoire et de la société. De vintquil ne sétablit au delà des Alpes quune féodalitétrès-faible, peu nombreuse, éparse. La prépondé-

LEÇON.

rance, au lieu de passer aux habitants des campa-gnes, comme il était arrivé en Gaule, par exemple,continua dappartenir aux villes. Quand ce résultatvint à éclater, une grande partie des possesseurs defiefs, soit de plein gré, soit par nécessité, cessèrentdhabiter la campagne, et vinrent se fixer dans lin-térieur des cités. Les nobles barbares se firent bour-geois. Vous concevez quelle force, quelle supérioritéles villes dItalie acquirent par ce seul fait sur lesautres communes de lEurope. Ce que nous avonsremarqué dans celles-ci, cest linfériorité, la timi-dité de leur population. Les bourgeois nous ont ap-paru comme de courageux affranchis qui luttaientpéniblement contre un maître toujours à leurs portes.Autre fut le sort des bourgeois dItalie : la popula-tion conquérante et la population conquise se mêlè-rent dans les mêmes murs; les villes neurent pointà se défendre dun maître voisin; leurs habitantsétaient des citoyens de tous temps libres, la plupartdu moins, qui défendaient leur indépendance etleurs droits contre des souverains éloignés, étran-gers, tantôt contre les rois francs, tantôt contre lesempereurs dAllemagne. De cette immense et pré-coce supériorité des villes dItalie : tandis quailleursde pauvres communes se formaient à grandpeine,on vit naître ici des républiques, des Etats.

Ainsi sexplique, dans cette partie de lEurope, lesuccès de la tentative dorganisation républicaine.Elle dompta de bonne heure lélément féodal, etdevint la forme dominante de la société. Mais elleétait peu propre à se répandre et à se perpétuer;elle ne contenait que bien peu de germes damélio-ration, condition nécessaire de lextension et de ladurée.

Quand on regarde à lhistoire des républiquesdItalie du xi au xv' siècle, on est frappé de deuxfaits en apparence contradictoires et cependant in-contestables. On assiste à un développement admi-rable de courage, dactivité, de génie; une grandeprospérité en résulte ; il y a un mouvement et uneliberté qui manquent au reste de lEurope. Se de-mande-t-on quelle était la destinée réelle des habi-tants, comment se passait leur vie, quelle était leurpart de bonheur? laspect change; aucune histoirepeut-être nest plus triste, plus sombre; il ny a peut-être pas dépoque, pas de pays la destinée deshommes paraisse avoir été plus agitée, soumise àplus de chances déplorables, lon rencontre plusde dissensions, de crimes, de malheurs. Un autrefait éclate en même temps; dans le régime politiquede la plupart de ces républiques, la liberté va tou-jours diminuant. Le défaut de sécurité y est tel queles partis sont inévitablement poussés à chercher unrefuge dans un système moins orageux, moins popu-

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