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Cours d'histoire moderne / par M. Guizot. / Histoire générale de la civilisation en Europe, depuis la chute de l'Empire romain jusqu'à la Révolution française
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DIXIÈME

sétendre, à prendre possession de la société toutentière. Les communes du nord sont entourées,pressées par la féodalité, par les seigneurs et lessouverains, de telle sorte quelles sont constammentsur la défensive. Il est clair quelles ne travaillentpas à faire des conquêtes; elles se défendent tantbien que mal. Elles conservent leurs privilèges, maiselles restent confinées dans leurs murs. lorgani-sation démocratique se renferme et sarrête; quandon se promène ailleurs, sur la face du pays, on nela retrouve plus.^

Vous voyez, messieurs, quel était létat de la ten-tativcTépublicaine; triomphante en Italie, mais avecpeu de chances de durée eide progrès; vaincue dansle midi de la Gaule ; victorieuse sur un petit théâtre,dans les montagnes de la Suisse; au nord, dans lescommunes de la Flandre, du Rhin et de la Liguehanséatique, condamnée à ne pas sortir de leursmurs. Cependant, dans cet état, évidemment infé-rieure en force aux autres éléments de la société,elle inspirait à la noblesse féodale une prodigieuseterreur. Les seigneurs étaient jaloux de la richessedes communes, ils avaient peur de leur pouvoir;lesprit démocratique pénétrait dans les campagnes;les insurrections de paysans devenaient plus fré-quentes, plus obstinées. Il se forma dans presquetoute lEurope, au sein de la noblesse féodale, unegrande coalition contre les communes. La partienétait pas égale; les communes étaient isolées; ilny avait point dintelligence, de correspondanceentre elles; tout était local. Il existait bien, entreles bourgeois des divers pays, une certaine sympa-thie; les succès ou les revers des villes de Flandreen lutte avec les ducs de Bourgogne excitaient biendans les villes françaises une vive émotion ; maiscette émotion était passagère et sans résultat ; aucunlien, aucune union véritable ne sétablissait; lescommunes ne se prêtaient point de force les unesaux autres. La féodalité avait donc sur elles dim-menses avantages. Cependant, divisée et inconsé-quente elle-même, elle ne réussit point à les dé-truire. Quand la lutte eut duré un certain temps,quand on eut acquis la conviction quune victoirecomplète était impossible, il fallut bien consentir àreconnaître ces petites républiques bourgeoises, àtraiter avec elles, à les recevoir comme des mem-bres de lEtat. Alors commença un nouvel ordre,une nouvelle tentative dorganisation politique, latentative dorganisation mixte, qui avait pour objetde concilier, de faire vivre et agir ensemble, malgréleur hostilité profonde, tous les éléments de la so-ciété, la noblesse féodale, les communes, le clergé,les souverains. Cest de celle- quil me reste à vousentretenir.

LEÇON. 91

Il ny a aucun de vous, messieurs, qui ne sachece que cest que les états généraux en France, lescortès en Espagne ou en Portugal, le parlement enAngleterre, les états en Allemagne. Vous savez éga-lement quels étaient les éléments de ces diversesassemblées ; la noblesse féodale, le clergé et lescommunes sy rapprochaient pour travailler à suniren une seule société, dans un même État, sous unemême loi, un même pouvoir. Cest toujours, sousdes noms divers, la même tendance, le même des-sein.

Je prendrai pour type de cette tentative le fait quinous intéresse le plus et nous est le mieux connu,les états généraux en France. Je dis que ce faitnous est mieux connu, messieurs; cependant le nomdétats généraux ne réveille, jen suis sûr, dansvotre esprit que des idées vagues, incomplètes. Au-cun de vous ne saurait dire ce quil y avait de fixe,de régulier dans les états généraux de France, quelétait le nombre de leurs membres, quels étaient lessujets de délibération, quelles étaient les époquesde convocation et la durée des sessions : on nen saitrien; il est impossible de tirer de lhistoire aucunsrésultats clairs, généraux, permanents à ce sujet.Quand on se rend bien compte du caractère de cesassemblées dans lhistoire de France, elles appa-raissent comme de purs accidents, un pis-aller poli-tique, pour les peuples comme pour les rois; pis-aller pour les rois quand ils nont pas dargent, etne savent plus comment se tirer dembarras; pis-aller pour les peuples quand le mal devient si grandquon ne sait plus quel remède y appliquer. La no-blesse assiste aux états généraux ; le clergé y prendpart également; mais ils y viennent avec insou-ciance, ils savent bien que ce nest pas leur grandmoyen daction, que ce nest pas ainsi quils pren-dront vraiment part au gouvernement. Les bourgeoiseux-mêmes ny sont guère plus empressés; ce nestpas un droit quils aient à cœur dexercer, cest unenécessité quils subissent. Aussi, voyez quel est lecaractère de lactivité politique de ces assemblées.Elles sont tantôt parfaitement insignifiantes, tantôtterribles. Si le roi est le plus fort, leur humilité,leur docilité, sont extrêmes; si la situation de lacouronne est déplorable, si elle a absolument besoindes états, alors ils tombent dans la faction, devien-nent les instruments ou de quelque intrigue aristo-cratique, ou de quelques meneurs ambitieux. Enun mot, ce sont tantôt de pures Assemblées desNotables, tantôt de véritables Conventions. Aussileurs œuvres meurent presque toujours avec elles;elles promettent, elles tentent beaucoup et ne fontrien. Aucune des grandes mesures qui ont vrai-ment agi sur la société en France, aucune réforme