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CIVILISATION EN EUROPE.
tics événements tle même nature; c’est aussi auxv e siècle que se forme l’unité nationale tle l’Espa-gne; alors finit, par la conquête tlu royaume tleGrenade, la lutte si longue des chrétiens contre lesArabes. Alors aussi le territoire se centralise ; parle mariage de Ferdinand le Catholique et d’Isabelle,les deux principaux royaumes, la Castille et l’Ara-gon, s’unissent sous le même pouvoir. Comme enFrance, la royauté s’étend et s’affermit; des institu-tions plus dures, et qui portent des noms plus lu-gubres, lui servent d’appui : au lieu des parlements,c’est l’Inquisition qui prend naissance. Elle conte-nait en germe ce qu’elle est devenue; niais elle nel’était pas en commençant : elle fut d’abord pluspolitique que religieuse, et destinée à maintenirl'ordre plutôt qu’à défendre la foi. L’analogie vaplus loin que les institutions; on la retrouve jusquedans les personnes. Avec moins de finesse, de mou-vement d’esprit, d’activité inquiète et tracassière,le caractère et le gouvernement de Ferdinand leCatholique ressemblent à celui de Louis XL Je nefais nul cas des rapprochements arbitraires, des pa-rallèles de fantaisie; mais ici l’analogie est profondeet empreinte dans les faits généraux comme dans lesdétails.
Elle se retrouve en Allemagne. C’est au milieudu xv c siècle, en 1458, que la maison d’Autricherevient à l’empire, et qu’avec elle le pouvoir impé-rial acquiert une permanence qu’il n’avait jamaiseue auparavant : l’élection ne fera guère désormaisque consacrer l’hérédité. A la fin du xv' siècle,Maximilien I er fonde définitivement la prépondérancede sa maison, et l’exercice régulier de l’autoritécentrale; Charles VII avait, le premier en France,créé pour le maintien de l’ordre une milice perma-nente; le premier aussi, Maximilien, dans ses Étatshéréditaires, atteint le même but par le mêmemoyen. Louis XI avait établi en France la posteaux lettres, Maximilien I" l’introduit en Allema-gne. Partout les mêmes progrès de la civilisationsont pareillement exploités au profit du pouvoir cen-tral.
L’histoire de l’Angleterre au xv° siècle consistedans deux grands événements, la lutte contre laFrance au dehors, celle des deux Roses au dedans,la guerre étrangère et la guerre civile. Ces deuxguerres si différentes ont eu le même résultat. Lalutte contre la France a été soutenue par le peupleanglais avec une passion dont la royauté presqueseule a profité. Ce peuple, déjà plus habile et plusferme qu’aucun autre à défendre ses forces et sonargent, les a livrées à ses rois à cette époque sansprévoyance et sans mesure. C’est sous le règne deHenri V qu’un impôt considérable, les droits de
douane, a été accordé au roi pour toute sa vie, dèsle commencement de son règne. La guerre étran-gère finie, ou à peu près, la guerre civile, qui s’yétait d’abord associée, continue seule; les maisonsd’York et de Lancaster se disputent le trône. Quandarrive enfin le terme de leurs sanglants débats, lahaute aristocratie anglaise se trouve ruinée, déci-mée, hors d’état de conserver le pouvoir qu’elleavait exercé jusque-là. La coalition des grands ba-rons ne peut plus gouverner le trône. Les Tudor ymontent, et avec Henri VII, en 1485, commencel’ère de la centralisation politique, le triomphe dela royauté.
La royauté ne s’établit pas en Italie, sous son nomdu moins; mais il n’importe guère quant au résultat.C’est au xv' siècle que tombent les républiques ; làmôme où le nom demeure, le pouvoir se concentreaux mains d’une ou de quelques familles; la vie ré-publicaine s’éteint. Dans le nord de l’Italie, presquetoutes les républiques lombardes disparaissent dansle duché de Milan. En 1454, Florence tombe sousla domination des Médicis. En 1404, Gênes devientsujette du Milanais. La plupart des républiques,grandes et petites, font place aux maisons souverai-nes. Bientôt commencent sur le nord et le midi del’Italie, sur le Milanais d’une part, et le royaume deNaples de l’autre, les prétentions des souverainsétrangers.
Sur quelque pays de l’Europe que se portent nosregards, quelque portion de son histoire que nousconsidérions, qu’il s’agisse des nations elles-mêmesou des gouvernements, des institutions ou des ter-ritoires, nous voyons partout les anciens éléments,les anciennes formes de la société près de disparaî-tre. Les libertés traditionnelles périssent; des pou-voirs nouveaux s’élèvent, plus réguliers, plus con-centrés. Il y a quelque chose de profondément tristedans ce spectacle de la chute des vieilles libertéseuropéennes; il a inspiré de son temps les senti-ments les plus amers. En France, en Allemagne, enItalie surtout, les patriotes du xv' siècle ont com-battu avec ardeur et déploré avec désespoir cette ré-volution qui de toutes parts faisait surgir ce qu’ilsavaient droit d’appeler le despotisme. Il faut admi-rer leur courage et compatir à leur douleur; maisen même temps il faut comprendre que cette révo-lution était non-seulement inévitable, mais utile.Le système primitif de l’Europe, les vieilles libertésféodales et communales avaient échoué dans l’orga-nisation de la société. Ce qui fait la vie sociale, c’estla sécurité et le progrès. Tout système qui ne pro-cure pas l’ordre dans le présent, et le mouvementvers l’avenir, est vicieux et bientôt abandonné. Telfut au xv' siècle le sort des anciennes formes polili-