Buch 
Cours d'histoire moderne / par M. Guizot. / Histoire générale de la civilisation en Europe, depuis la chute de l'Empire romain jusqu'à la Révolution française
Entstehung
JPEG-Download
 

96

CIVILISATION EN EUROPE.

tics événements tle même nature; cest aussi auxv e siècle que se forme lunité nationale tle lEspa-gne; alors finit, par la conquête tlu royaume tleGrenade, la lutte si longue des chrétiens contre lesArabes. Alors aussi le territoire se centralise ; parle mariage de Ferdinand le Catholique et dIsabelle,les deux principaux royaumes, la Castille et lAra-gon, sunissent sous le même pouvoir. Comme enFrance, la royauté sétend et saffermit; des institu-tions plus dures, et qui portent des noms plus lu-gubres, lui servent dappui : au lieu des parlements,cest lInquisition qui prend naissance. Elle conte-nait en germe ce quelle est devenue; niais elle nelétait pas en commençant : elle fut dabord pluspolitique que religieuse, et destinée à maintenirl'ordre plutôt quà défendre la foi. Lanalogie vaplus loin que les institutions; on la retrouve jusquedans les personnes. Avec moins de finesse, de mou-vement desprit, dactivité inquiète et tracassière,le caractère et le gouvernement de Ferdinand leCatholique ressemblent à celui de Louis XL Je nefais nul cas des rapprochements arbitraires, des pa-rallèles de fantaisie; mais ici lanalogie est profondeet empreinte dans les faits généraux comme dans lesdétails.

Elle se retrouve en Allemagne. Cest au milieudu xv c siècle, en 1458, que la maison dAutricherevient à lempire, et quavec elle le pouvoir impé-rial acquiert une permanence quil navait jamaiseue auparavant : lélection ne fera guère désormaisque consacrer lhérédité. A la fin du xv' siècle,Maximilien I er fonde définitivement la prépondérancede sa maison, et lexercice régulier de lautoritécentrale; Charles VII avait, le premier en France,créé pour le maintien de lordre une milice perma-nente; le premier aussi, Maximilien, dans ses Étatshéréditaires, atteint le même but par le mêmemoyen. Louis XI avait établi en France la posteaux lettres, Maximilien I" lintroduit en Allema-gne. Partout les mêmes progrès de la civilisationsont pareillement exploités au profit du pouvoir cen-tral.

Lhistoire de lAngleterre au xv° siècle consistedans deux grands événements, la lutte contre laFrance au dehors, celle des deux Roses au dedans,la guerre étrangère et la guerre civile. Ces deuxguerres si différentes ont eu le même résultat. Lalutte contre la France a été soutenue par le peupleanglais avec une passion dont la royauté presqueseule a profité. Ce peuple, déjà plus habile et plusferme quaucun autre à défendre ses forces et sonargent, les a livrées à ses rois à cette époque sansprévoyance et sans mesure. Cest sous le règne deHenri V quun impôt considérable, les droits de

douane, a été accordé au roi pour toute sa vie, dèsle commencement de son règne. La guerre étran-gère finie, ou à peu près, la guerre civile, qui syétait dabord associée, continue seule; les maisonsdYork et de Lancaster se disputent le trône. Quandarrive enfin le terme de leurs sanglants débats, lahaute aristocratie anglaise se trouve ruinée, déci-mée, hors détat de conserver le pouvoir quelleavait exercé jusque-. La coalition des grands ba-rons ne peut plus gouverner le trône. Les Tudor ymontent, et avec Henri VII, en 1485, commencelère de la centralisation politique, le triomphe dela royauté.

La royauté ne sétablit pas en Italie, sous son nomdu moins; mais il nimporte guère quant au résultat.Cest au xv' siècle que tombent les républiques ;môme le nom demeure, le pouvoir se concentreaux mains dune ou de quelques familles; la vie ré-publicaine séteint. Dans le nord de lItalie, presquetoutes les républiques lombardes disparaissent dansle duché de Milan. En 1454, Florence tombe sousla domination des Médicis. En 1404, Gênes devientsujette du Milanais. La plupart des républiques,grandes et petites, font place aux maisons souverai-nes. Bientôt commencent sur le nord et le midi delItalie, sur le Milanais dune part, et le royaume deNaples de lautre, les prétentions des souverainsétrangers.

Sur quelque pays de lEurope que se portent nosregards, quelque portion de son histoire que nousconsidérions, quil sagisse des nations elles-mêmesou des gouvernements, des institutions ou des ter-ritoires, nous voyons partout les anciens éléments,les anciennes formes de la société près de disparaî-tre. Les libertés traditionnelles périssent; des pou-voirs nouveaux sélèvent, plus réguliers, plus con-centrés. Il y a quelque chose de profondément tristedans ce spectacle de la chute des vieilles libertéseuropéennes; il a inspiré de son temps les senti-ments les plus amers. En France, en Allemagne, enItalie surtout, les patriotes du xv' siècle ont com-battu avec ardeur et déploré avec désespoir cette ré-volution qui de toutes parts faisait surgir ce quilsavaient droit dappeler le despotisme. Il faut admi-rer leur courage et compatir à leur douleur; maisen même temps il faut comprendre que cette révo-lution était non-seulement inévitable, mais utile.Le système primitif de lEurope, les vieilles libertésféodales et communales avaient échoué dans lorga-nisation de la société. Ce qui fait la vie sociale, cestla sécurité et le progrès. Tout système qui ne pro-cure pas lordre dans le présent, et le mouvementvers lavenir, est vicieux et bientôt abandonné. Telfut au xv' siècle le sort des anciennes formes polili-