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Cours d'histoire moderne / par M. Guizot. / Histoire générale de la civilisation en Europe, depuis la chute de l'Empire romain jusqu'à la Révolution française
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ONZIÈME

loi (le lempire germanique. Ce que le pouvoir spi-rituel a tenté sans succès, le pouvoir temporel sem-ble décidé à laccomplir.

Nouveau revers des projets réformateurs. Commele concile avait échoué, de même la Pragmatiqueéchoue; elle périt très-promptement en Allemagne;la diète labandonne en 1448 , en vertu dune né-gociation avec Nicolas V. En 1516, François J" la-bandonne également et y substitue son concordatavec Léon X. La réforme des princes ne réussitpas mieux que celle du clergé. Mais ne croyez pasquelle périsse tout à fait. De même que le concileavait fait des choses qui lui ont survécu, de mômela Pragmatique Sanction a des effets qui lui survi-vent et joueront un grand rôle dans lhistoire mo-derne. Les principes du concile de Bâle étaientpuissants et féconds. Des hommes supérieurs et duncaractère énergique les avaient adoptés et soutenus.Jean de Paris, dAilly, Cerson et un grand nombredhommes distingués du xv' siècle se vouent à leurdéfense. En vain le concile se dissout ; en vain laPragmatique Sanction est abandonnée ; ses doc-trines générales sur le gouvernement de lEglise,sur les réformes nécessaires à opérer, ont pris ra-cine en France; elles sy sont perpétuées; elles ontpassé dans les parlements; elles sont devenues uneopinion puissante; elles ont enfanté dabord les Jan-sénistes, ensuite les Gallicans. Toute cette série demaximes et defforts tendant à réformer lEglise,qui commence au concile de Constance et aboutitaux quatre propositions de Bossuet, émane de lamême source et va au mente but; cest le même faitqui sest successivement transformé. En vain la ten-tative de réforme légale du xv' siècle a échoué, ellenen a pas moins pris place dans le cours de la civi-lisation ; elle nen a pas moins exercé indirectementune immense influence.

Les conciles avaient raison de poursuivre uneréforme légale, car elle pouvait seule prévenir unerévolution. A peu près au même moment le con-cile de Pise entreprenait de faire cesser le grandschisme dOccident, et le concile de Constance deréformer lÉglise, éclatèrent avec violence, en Bo-hême , les premiers essais de réforme religieusepopulaire. Les prédications et les progrès de JeanIluss datent de 1404, époque il a commencé àenseigner à Prague. Voilà donc deux réformes quimarchent côte à côte ; lune dans le sein même delEglise, tentée par laristocratie ecclésiastique elle-inême, réforme sage, embarrassée, timide ; lautre,hors de lÉglise, contre elle, réforme violente,passionnée. La lutte sengage entre ces deux puis-sances, ces deux desseins. Le concile fait venir JeanIluss et Jérôme de Prague à Constance, et les con-

LEÇON.

damne au feu comme hérétiques et révolutionnaires.Ces événements, messieurs, nous sont parfaitementintelligibles aujourdhui ; nous comprenons très-bien cette simultanéité de réformes séparées, entre-prises lune par les gouvernements, lautre par lespeuples, ennemies lune de lautre, et pourtant éma-nées de la même cause et tendant au même but,et en définitive, quoiquelles se fassent la guerre,concourant au même résultat. Cest ce qui est ar-rivé au xv' siècle. La réforme populaire de JeanHuss a été momentanément étouffée; la guerre desHussites a éclaté trois ou quatre ans après la mortde leur maître; elle a duré longtemps, elle a étéviolente; enfin lempire a triomphé. Mais commela réforme des conciles avait échoué, comme le butquils poursuivaient navait pas été atteint, la ré-forme populaire na pas cessé de fermenter; elle aattendu la première occasion, et la trouvée au com-mencement du xvi' siècle. Si la réforme entreprisepar les conciles avait été conduite à bien, peut-êtrela réforme populaire aurait-elle été prévenue. Maislune ou lautre devait réussir, car leur coïncidencerévèle une nécessité.

Voilà donc létat dans lequel, quant aux croyan-ces religieuses, le xv e siècle a laissé lEurope : uneréforme aristocratique tentée sans succès, une ré-forme populaire commencée, étouffée, et toujoursprêle à reparaître. Mais ce nétait pas dans la sphèredes croyances religieuses que se renfermait à cetteépoque la fermentation de lesprit humain. Cestdans le cours du xiv' siècle, vous le savez tous, quelantiquité grecque et romaine a été , pour ainsidire, restaurée en Europe. Vous savez avec quelleardeur le Dante, Pétrarque, Boccace et tous lescontemporains, recherchaient les manuscrits grecs,latins, les publiaient, les répandaient, et quellerumeur, quels transports excitait la moindre dé-couverte en ce genre. Cest au milieu de ce mouve-ment qua commencé en Europe une école qui ajoué, dans le développement de lesprit humain,un bien plus grand rôle quon ne lui attribue ordi-nairement , lécole classique. Gardez-vous, mes-sieurs, dattacher à ce mot le sens quon lui donneaujourdhui; il sagissait alors de tout autre choseque dun système et dun débat littéraire. Lécoleclassique de cette époque senflamma dadmirationnon-seulement pour les écrits des anciens, pourVirgile et pour Homère, mais pour la société an-cienne tout entière, pour ses institutions, ses opi-nions, sa philosophie, comme pour sa littérature.Lantiquité était, il en faut convenir, sous les rap-ports politique, philosophique, littéraire, très-su-périeure à lEurope des xiv' et xv' siècles. Il nestdonc pas étonnant quelle ait exercé un si grand