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Cours d'histoire moderne / par M. Guizot. / Histoire générale de la civilisation en Europe, depuis la chute de l'Empire romain jusqu'à la Révolution française
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TREIZIÈME LEÇON.

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TREIZIÈME LEÇON.

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Objet de la leçon. Caractère général delà révolution dAngleterre. Ses principales causes. Elle est plus politique quereligieuse. Trois grands partis sy succèdent. 1<> Ou parti de la réforme légale; 2° du parti de la révolution politique;o° du parti de la révolution sociale. Ils échouent tous. De Cromwell, De la restauration des Stuarts. Du ministèrelégal. Du ministère des roués. Du ministère national. De la révolution de 1688 en Angleterre et en Europe.

Messieurs,

Vous avez vu que, dans le cours du xvi' siècle,tous les éléments, tous les faits de lancienne sociétéeuropéenne avaient abouti à deux faits essentiels,le libre examen et la centralisation du pouvoir. Lunprévalait dans la société religieuse, lautre dans lasociété civile. En même temps triomphaient en Eu-rope lémancipation de lesprit humain et la monar-chie pure.

11 était difficile quune lutte ne sengageât pas unjour entre ces deux faits, car il y avait entre euxquelque chose de contradictoire; lun était la dé-faite du pouvoir absolu dans lordre spirituel, lau-tre sa victoire dans lordre temporel ; lun préparaitla décadence de lancienne monarchie ecclésiastique,lautre consommait la ruine des anciennes libertésféodales et communales. Leur simultanéité tenait,vous lavez vu, à ce que les révolutions de la sociétéreligieuse avaient marché plus vite que celles de lasociété civile; lune était arrivée au moment delaffranchissement de la pensée individuelle, tandisque lautre nen était encore quau moment de laconcentration de tous les pouvoirs en un pouvoirgénéral. La coïncidence des deux faits, loin de pro-venir de leur similitude, nempêchait donc pointleur contradiction. Ils étaient lun et lautre un pro-grès dans le cours de la civilisation, mais des pro-grès liés à des situations différentes, des progrès dedate morale diverse , pour ainsi dire, quoiquilscoïncidassent dans le temps. 11 était inévitable quilsen vinssent à se heurter et à se combattre avant deréussir à se concilier.

Leur premier choc eut lieu en Angleterre. Lalutte du libre examen, fruit de la Réforme, contrela ruine de toute liberté politique, fruit des succèsde la monarchie pure, la tentative dabolir le pou-

voir absolu dans lordre temporel comme dans lor-dre intellectuel, cest le sens de la révolutiondAngleterre; cest son rôle dans le cours de notrecivilisation.

Pourquoi cette lutte sest-elle engagée en Angle-terre plutôt quailleurs? pourquoi les révolutionsde lordre politique ont-elles coïncidé de plus prèsdans ce pays que sur le continent, avec les révolu-tions de lordre moral?

La royauté anglaise a subi les mêmes vicissitudesque la royauté continentale; elle arriva, sous lerègne des Tudor, à un degré de concentration etdénergie quelle navait pas encore connu. Ce nestpas à dire que le despotisme pratique des Tudor fûtplus violent et coulât plus cher à lAngleterre quenavait fait celui de leurs prédécesseurs. 11 y avait,je crois, bien autant dactes de tyrannie, de vexa-tions, dinjustices, sous les l'iantagenet que sousles Tudor, davantage peut-être. Je crois aussi quàcette époque, sur le continent, le gouvernement dela monarchie pure était plus rude et plus arbitrairequen Angleterre. Le fait nouveau sous les Tudor,cest que le pouvoir absolu devient systématique :la royauté prétend à une souveraineté primitive,indépendante; elle tient un langage quelle navaitpoint tenu jusqualors. Les prétentions théoriquesde Henri VIII, dÉlisabeth , de Jacques I", deCharles I", sont tout autres que navaient été cellesdÉdouard I" ou dÉdouard III, quoiquen fait lepouvoir de ces deux derniers rois ne fut ni moinsarbitraire ni moins étendu. Je le répète, cest leprincipe, le système rationnel de la monarchie quichange en Angleterre au xvi' siècle, plutôt que sapuissance pratique : la royauté se prétend absolueet supérieure à toutes les lois, même à celles quelledéclare vouloir respecter.

Dun autre côté la révolution religieuse ne sac-