TREIZIÈME LEÇON.
respect de l’ordre légal, assez de sollicitude des in-térêts du pays, un sentiment assez noble de sa dignité,une couleur morale assez grave et honorable; tel estle caractère de l’administration de Clarendon pen-dant sept années.
Mais les idées fondamentales sur lesquelles cetteadministration reposait, la souveraineté absolue duroi, et le gouvernement placé hors de l’influence pré-pondérante des chambres, ces idées, dis-je, étaientvieilles, impuissantes. Malgré la réaction des pre-miers moments de la restauration, vingt ans de do-mination parlementaire contre la royauté les avaientruinées sans retour. Bientôt éclata dans le sein duparti royaliste un nouvel élément, des esprits libres,des roués, de mauvais sujets, qui participaient auxidées du temps, comprenaient que la force étaitdans les communes, et, se souciant assez peu del’ordre légal ou de la souveraineté absolue du roi,ne s’inquiétaient que du succès et le cherchaientpartout où ils entrevoyaient quelque moyen d’in-fluence et de pouvoir. Us formèrent un parti quis’allia avec le parti national mécontent, et Claren-don fut renversé.
Alors arriva un nouveau système de gouverne-ment, celui de cette portion du parti royaliste queje viens de décrire; les roués, les libertins formè-rent le ministère qu’on appela le ministère de laCabale, et plusieurs des administrations qui luisuccédèrent. Voici quel était leur caractère. Aucuneinquiétude des principes, ni des lois, ni des droits;aucun souci de la justice et de la vérité; on cher-chait quels étaient les moyens de réussir dans cha-que occasion; si le succès dépendait de l’influencedes communes, on abondait dans ce sens; s’il fal-lait se jouer de la chambre des communes, on s’enjouait, sauf à lui demander pardon le lendemain.On tentait un jour la corruption , un autre jour onflattait l’esprit national; aucun soin des intérêts gé-néraux du pays, de sa dignité, de son honneur; enun mot, un gouvernement profondément égoïste etimmoral, étranger à toute doctrine, à toute vuepublique; mais au fond, et dans la pratique des af-faires, assez intelligent et assez libéral. C’est là lecaractère de la Cabale, du ministère du comte deDanby et de tout le gouvernement anglais de 1607à 1679. Malgré son immoralité, malgré son dédaindes principes et des intérêts véritables du pays, cegouvernement fut moins odieux, moins impopulaireque ne l’avait été le ministère de Clarendon; pour-quoi? parce qu’il était bien plus de son temps, qu’ilcomprenait mieux les sentiments du peuple, mêmeen s’en jouant. Il n’était pas vieux et étranger commecelui de Clarendon ; et quoiqu’il fît au pays beau-coup plus de mal, le pays s’en accommodait mieux.
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U arriva cependant un moment où la corruption,la servilité, le mépris des droits et de l’honneur pu-blics furent poussés à un tel point qu’on cessa des’y résigner. 11 y eut un soulèvement général contrele gouvernement des roués. Il s’était formé dans lesein de la chambre des communes un parti natio-nal, patriotique. Le roi se décida à appeler ses chefsdans le conseil. Alors arrivèrent aux affaires lordEssex, le fils de celui qui avait commandé les pre-mières armées parlementaires pendant la guerrecivile, lord Russel, et un homme qui, sans avoiraucune de leurs vertus, leur était très-supérieuren habileté politique, lord Shaftesbury. Ainsi portéaux affaires, le parti national s’y montra incapable;il ne sut pas s’emparer de la force morale du pays;il ne sut pas ménager les intérêts, les habitudes, lespréjugés ni du roi, ni de la cour, ni de tous les gensà qui il avait affaire. 11 ne donna à personne, ni aupeuple, ni au roi, une grande idée de son habileté,de son énergie. Après être resté assez peu de tempsen pouvoir, il échoua. Les vertus de ses chefs, leurgénéreux courage, la beauté de leur mort, les ontrelevés dans l’histoire, et les ont justement placésau plus haut rang; mais leur capacité politique nerépondait point à leur vertu, et ils ne surent pasexercer le pouvoir qui n’avait pu les corrompre, nifaire triompher la cause pour laquelle ils surentmourir.
Celte tentative échouée, vous voyez où en étaitla restauration anglaise ; elle avait en quelque sorte,comme la révolution, essayé de tous les partis, detous les ministères, du ministère légal, du ministèrecorrompu, du ministère national; aucun n’avaitréussi. Le pays et la cour se trouvaient dans une si-tuation à peu près la même que celle où s’était trou-vée l’Angleterre en 1633, à la fin de la tourmenterévolutionnaire. On eut recours au même expédient :ce que Cromwell avait fait au profit de la révolution,Charles II le fit au profil de sa couronne; il rentradans la carrière du pouvoir absolu.
Jacques 11 succède à son frère. Alors une secondequestion vient s’ajouter à celle du pouvoir absolu,la question de la religion. Jacques II veut fairetriompher le papisme en même temps que le des-potisme. Voilà donc, comme à l’origine de la révo-lution, une lutte religieuse et une lutte politique,engagées toutes les deux contre le gouvernement.On a beaucoup demandé ce qui serait arrivé si Guil-laume III n’eût pas existé, et s’il ne fût pas venuavec ses Hollandais mettre fin à la querelle soule-vée entre Jacques II et le peuple anglais. Je croisfermement que le même événement aurait été ac-compli. L’Angleterre tout entière, sauf un très-petitparti, était ralliée à celle époque contre Jacques, et