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Cours d'histoire moderne / par M. Guizot. / Histoire générale de la civilisation en Europe, depuis la chute de l'Empire romain jusqu'à la Révolution française
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CIVILISATION EN EUROPE.

1U

quait déloquence et, quoique très-actif, nobtint,dans les premières années du long parlement, aucunéclat. Mais il a été successivement Danton et Buona-parte. Il avait plus que nul autre contribué à ren-verser le pouvoir; il le releva parce que nul autre([lie lui ne le sut prendre et manier; il fallait bienque quelquun gouverné!; tous y échouaient; il yréussit. Ce fut son titre. Une fois maître du gou-vernement, cet homme dont lambition sétait mon-trée si hardie, si insatiable, qui avait toujoursmarché poussant devant lui la fortune, décidé à nesarrêter jamais, déploya un bon sens, une prudence,une connaissance du possible, qui dominaient sesplus violentes passions. 11 avait sans doute un goûtextrême de pouvoir absolu et un très-vif désir demettre la couronne sur sa tête et dans sa famille. 11renonça à ce dernier dessein dont il sut reconnaîtreà temps le péril; et quant au pouvoir absolu, quoi-quil lexerçât en fait, il comprit toujours que le ca-ractère de son temps était de nen pas vouloir, quela révolution à laquelle il avait coopéré, quil avaitsuivie dans toutes ses phases, avait été faite contrele despotisme, et que le vœu impérissable de lAn-gleterre était dêtre gouvernée par un parlement etdans les formes parlementaires./Lui-même alors,despote de goût et de fait, il entreprit davoir unparlement et de gouverner parlementairement. Ilsadressa successivement à tous les partis; il tentade faire un parlement avec les enthousiastes reli-gieux, avec les républicains, avec les presbytériens,avec les officiers de larmée. 11 tenta toutes les voiespour constituer un parlement qui pût et voulût mar-cher avec lui. Il eut beau chercher; tous les partis,une fois siégeant dans Westminster, voulaient luiarracher le pouvoir quil exerçait, et dominer à leurtour. f Je ne dis pas que son intérêt, sa passion per-sonnelle, ne fût pas sa première pensée. 11 nen estpas moins certain que, sil avait abandonné le pou-voir, il eût été obligé de-le reprendre le lendemain.Puritains ou royalistes, républicains ou officiers,nul autre que Cromwell nétait alors en état degouverner avec quelque ordre et quelque justice.Lépreuve avait été faite. Il y avait impossibilité àlaisser les parlements, cest-à-dire les partis siégeanten parlement, prendre lempire quils ne pouvaientgarder. Telle était donc la situation de Cromwell :il gouvernait dans un système quil savait très-biennêtre pas celui du pays; il exerçait un pouvoir re-connu nécessaire, mais qui nétait accepté de per-sonne. Aucun parti na regardé sa domination commeun gouvernement définitif. Les royalistes, les pres-bytériens, les républicains, larmée elle-même, leparti qui semblait le plus dévoué à Cromwell, tousétaient convaincus que cétait un maître transitoire.

Au fond il na jamais régné sur les esprits; il najamais été quun pis-aller, une nécessité du moment.Le Protecteur, le maître absolu de lAngleterre a ététoute sa vie obligé de faire des tours de force pourretenir le pouvoir; aucun parti ne pouvait gouvernercomme lui, mais aucun ne voulait de lui : il futconstamment attaqué par tous à la fois.

A sa mort, les républicains seuls étaient en me-sure de porter la main sur le pouvoir; ils le firent,et ne réussirent pas mieux quils navaient déjà fait.Ce ne fut pas faute de confiance, du moins dans lesfanatiques du parti. Une brochure de Milton, pu-bliée à cette époque, et pleine de talent et de verve,est intitulée : Un aisé et prompt moijen détablir larépublique. Vous voyez quel était laveuglement deces honnîtes. Us retombèrent bientôt dans cette im-possibilité de gouverner quils avaient déjà subie.Monk prit la conduite de lévénement quattendaittoute lAngleterre. La restauration saccomplit.

La restauration des Stuart a été en Angleterre unévénement très-national. Elle se présentait à la foisavec les mérites dun gouvernement ancien, dungouvernement qui repose sur les traditions, sur lessouvenirs du pays, et les avantages dun gouverne-ment nouveau, dont on na pas faillarécente épreuve,dont on na pas subi naguère les fautes et le poids.Lancienne monarchie était le seul système de gou-vernement qui depuis vingt ans neût pas été décriépar son incapacité et son mauvais succès dans lad-ministration du pays. Ces deux causes rendirent larestauration populaire; elle neut contre elle que laqueue des partis violents; le public sy rallia très-sincèrement. Cétait dans lopinion du pays la seulechance, le seul moyen de gouvernement légal, cest-à-dire de ce que le pays désirait avec le plus dar-deur. Ce fut aussi ce que promit la restauration,ce fut sous laspect de gouvernement légal quelleeut soin de se présenter.

Le premier parti royaliste qui prit, au retour deCharles II, le maniement des affaires fut en effet leparti légal, représenté par son plus habile chef, legrand chancelier Clarendon. Vous savez que, de10(10 à 1667, Clarendon fut premier ministre, et lavéritable influence dominante en Angleterre. Cla-rendon et ses amis reparurent avec leur ancien sys-tème, la souveraineté absolue du roi, contenue dansles limites légales, réprimée, soit par les chambresen matière dimpôts, soit par les tribunaux en ma-tière de droits privés, de libertés individuelles; maispossédant, en fait de gouvernement proprement dit,une indépendance presque entière, el la prépondé-rance la plus décisive, à lexclusion ou même contrele vœu de la majorité des chambres, et notammentde la chambre des communes; du reste assez de