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Cours d'histoire moderne / par M. Guizot. / Histoire générale de la civilisation en Europe, depuis la chute de l'Empire romain jusqu'à la Révolution française
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CIVILISATION EN EUROPE.

point de revenus, point dordre public; en un mot,une société battue, humiliée, désorganisée, telleétait la France à lavénement du gouvernement con-sulaire. Qui ne se rappelle la prodigieuse et heu-reuse activité de ce gouvernement, cette activité quien peu de temps assura lindépendance du terri-toire, releva lhonneur national, réorganisa lad-ininistration, remania la législation, fit, en un mot,renaître en quelque sorte la société sous la main dupouvoir?

Eh bien ! messieurs, legouvernementdeLouisXlV,quand il a commencé, a fait pour la France quelquechose danalogue; avec de grandes différences detemps, de procédés, de formes, il a poursuivi et at-teint à peu près les mêmes résultats.

Rappelez-vous létat la France était tombéeaprès le gouvernement du cardinal de Richelieu etpendant la minorité de Louis XIV ; les armées espa-gnoles toujours sur les frontières, quelquefois danslintérieur; le danger continuel dune invasion; lesdiscussions intérieures poussées au comble, la guerrecivile, le gouvernement faible et décrié au dedanscomme au dehors. Il ny a jamais eu de politiqueplus misérable, plus méprisée en Europe, plus im-puissante en France que celle du cardinal Mazarin.En un mot, la société était dans un état moins vio-lent peut-être, mais cependant assez analogue aunôtre avant le 18 brumaire. Cest de cet état que legouvernement de Louis XIV a tiré la France. Sespremières victoires ont fait leffet de la victoire deMarengo : elles ont assuré le territoire et relevélhonneur national. Je vais considérer ce gouverne-ment sous ses principaux aspects, dans ses guerres,dans ses relations extérieures, dans son administra-tion, dans sa législation, et vous verrez, je crois,que la comparaison dont je parle, et à laquelle je nevoudrais pas attacher une importance puérile, jefais assez peu de cas des comparaisons historiques,vous verrez, dis-je, que cette comparaison a un fondréel, et que je suis en droit de men servir.

Parlons d'abord des guerres de Louis XIV. Lesguerres de lEurope ont été dans lorigine, vous lesavez, et jai eu plusieurs fois loccasion de le rap-peler, les guerres, dis-je, ont été de grands mouve-ments de peuples; poussées par le besoin, la fantai-sie ou toute autre cause, des populations entières,tantôt nombreuses, tantôt de simples bandes, setransportaient dun territoire dans un autre. Cest le caractère général des guerres européennes jus-quaprès les croisades, à la fin du xiu' siècle.

Alors commence un autre genre de guerres pres-que aussi différentes des guerres modernes : ce sontdes guerres lointaines, entreprises non plus par lespeuples, mais par les gouvernements qui vont, à la

tête de leurs armées, chercher au loin des Étals etdes aventures. Ils quittent leur pays, ils abandon-nent leur propre territoire, et senfoncent, les unsen Allemagne, les autres en Italie, dautres en Afri-que, sans autres motifs que leur fantaisie person-nelle. Presque toutes les guerres du xv' et mêmedune partie du xvi' siècle sont de cette nature. Quelintérêt, et je ne parle pas dun intérêt légitime, maisquel motif seulement avait la France à ce que Char-les VUI possédât le royaume de Naples? Évidem-ment cétait une guerre qui nétait dictée par au-cune considération politique; le roi croyait avoir desdroits personnels sur le royaume de Naples, et dansun but personnel, pour satisfaire son désir person-nel, il allait entreprendre la conquête dun payséloigné, qui ue sadaptait nullement aux convenan-ces territoriales de son royaume, qui ne faisait aucontraire que compromettre au dehors sa force, audedans son repos. Il en est de même de lexpéditionde Charles-Quinl en Afrique. La dernière guerre dece genre est lexpédition de Charles XII contre laRussie. Les guerres de Louis XIV nont point eu cecaractère; ce sont les guerres dun gouvernementrégulier, fixé au centre de scs États, travaillant àconquérir autour de lui, à étendre ou à consoliderson territoire; en un mot, des guerres politiques.Elles peuvent être justes ou injustes, elles peuventavoir coûté trop cher à la France ; il y a mille con-sidérations à développer contre leur moralité ou leurexcès; mais en faitelles portent un caractère incom-parablement plus rationnel que les guerres anté-rieures; ce ne sont plus des fantaisies ni des aven-tures; elles sont dictées par des motifs sérieux; cesttelle limite naturelle quon veut atteindre, telle po-pulation qui parle la même langue et quon veutsadjoindre, tel point de défense quil faut acquérircontre une puissance voisine. Sans doute lambitionpersonnelle sy mêle; mais examinez lune aprèslautre les guerres de Louis XIV, celles surtout de lapremière partie de son règne, vous leur trouverezdes motifs vraiment politiques; vous les verrez con-çues dans un intérêt français, dans lintérêt de lapuissance, de la sûreté du pays.y

Les résultats ont mis le fait en évidence. LaFrance daujourdhui est encore , à beaucoup dé-gards, telle que les guerres de Louis XIV lont faite.Les provinces quil a conquises, la Franche-Comté,la Flandre, lAlsace, sont restées incorporées à laFrance, Il y a des conquêtes sensées, comme desconquêtes insensées : Louis XIV en a fait de sen-sées; ses entreprises nont point ce caractère de dé-raison, de caprice, jusque- si général; une poli-tique habile, sinon toujours juste et sage, y a présidé.

Si je passe des guerres de Louis XIV à ses rela-