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CIVILISATION EN FRANCE.
dedans de nous, en croyances capables de nousinspirer le désintéressement et l’énergie morale, quisont la force et la dignité de l’homme dans ce monde;voilà notre triple tâche ; voilà où notre travail doit
aboutir; travail difficile et lent, et qui s’étend, aulieu de prendre lin, parle succès. Mais, en aucunechose peut-être, il n’est donné à l'homme d’arriverau but ; sa gloire est d’y marcher.
DEUXIÈME LEÇON.
Nécessité de lire une Histoire de France générale avant d’étudier celle de la civilisation. — De l’onvrage de M. de Sismondi.— Pourquoi il faut étudier l’état politique avant l’état moral, la société avant l'homme. — De l’état social de la Gaule auv c siècle. — Des monuments originaux et des ouvrages modernes qui le font connaître. — Différence de la société civile etde la société religieuse à cette époque. — Administration impériale de la Gaule. — Des gouverneurs de provinces. — Deleurs bureaux. — De leur traitement. — Utilité et vices de cette administration. — Chute de l’empire romain. — De lasociété gauloise. — lo Des sénateurs. — 2o Des curiales. — ôo Du peuple. — 4o Des esclaves. — Relations publiques de cesdiverses classes. — Décadence et impuissance de la société civile gauloise. — Ses causes. — Le peuple se rallie à la sociétéreligieuse.
Messieurs,
Permettez qu’avant d’entrer dans l’histoire de lacivilisation française, j’engage ceux d’entre vous quise proposent d’en faire une étude sérieuse, à lireavec attention une grande histoire de France, quipuisse, en quelque sorte, servir de cadre aux faitset aux idées que nous aurons à y placer. Je ne vousraconterai pas les événements proprement dits; ce-pendant, il est indispensable que vous les connais-siez. De toutes les histoires de France que je pour-rais vous indiquer, la meilleure est, sans contredit,celle de M. de Sismondi. Elle n’est point encoreterminée; les douze volumes publiés ne vont quejusqu’à la fin du règne de Charles VI; mais, à coupsur, nos études de cette année ne dépasseront pas ceterme. Je n’ai garde de prétendre discuter ici lesmérites et les défauts de l’ouvrage de M. de Sismondi.Cependant j’ai besoin de vous dire en quelquesmots ce que vous y trouverez surtout, ce que jevous conseille spécialement d’y chercher. Consi-dérée comme exposition critique des institutions,du développement politique, du gouvernement dela France, Yhistoire des Français est incomplète,et laisse, je crois, quelque chose à désirer; dans lesvolumes qui ont paru, les deux époques les plus im-portantes pour la destinée politique de la France,le règne de Charlemagne et celui de saint Louis,sont au nombre, peut-être, des plus faibles parties
du livre. Comme histoire du développement intel-lectuel, des idées, quelque chose manque égalementà la profondeur des recherches et à l’exactitude desrésultats. Mais soit comme récit des événements,soit comme tableau des vicissitudes de l’état social,des rapports des différentes classes entre elles, etde la formation progressive de la nation française,l’ouvrage est très-distingué, et vous y puiserez uneriche et solide instruction. Peut-être y souhaiterez-vous encore un peu plus d’impartialité et de libertédans l’imagination ; peut-être la réaction des évé-nements et des opinions contemporaines s’y laisse-t-elle quelquefois trop entrevoir : ce n’en est pasmoins un vaste et beau travail, inliniment supérieurà tous ceux qui l’ont précédé; et vous serez, en lelisant avec attention, très-bien préparés aux étudesque nous avons à faire en commun.
Je me propose, messieurs, à mesure que nousaborderons, soit une époque particulière, soit unecrise de la société française, de vous indiquer etles monuments originaux qui nous en restent, etles principaux ouvrages modernes qui en ont déjàtraité. Vous pourrez ainsi éprouver vous-mêmes,au creuset de vos propres études, les résultats quej’essayerai de vous présenter.
Vous vous rappelez que je me suis promis de con-sidérer la civilisation dans son ensemble, commedéveloppement social et comme développement mo-ral, dans l’histoire des relations des hommes et dans