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Cours d'histoire moderne / par M. Guizot. / Histoire générale de la civilisation en Europe, depuis la chute de l'Empire romain jusqu'à la Révolution française
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DEUXIÈME LEÇON.

celle des idées; jétudierai doue chaque époque sousce double point de vue. Je commencerai toujourspar létude de létat social. Ce nest pas, à vrai dire,commencer par le commencement : létat social dé-rive, entre beaucoup de causes, de létat moral despeuples; les croyances, les sentiments, les idées,les mœurs précèdent la condition extérieure, lesrelations sociales, les institutions politiques; la so-ciété, sauf une réaction nécessaire et puissante, estce que la font les hommes. 11 faudrait donc, pourse conformer à la vraie chronologie, à la chrono-logie interne et morale, étudier les hommes avantla société. Mais lordre historique véritable, lordredans lequel les faits se succèdent et sengendrentréciproquement, diffère essentiellement de lordrescientifique, de lordre dans lequel il convient de lesétudier. Dans la réalité, les faits se développent,pour ainsi dire, du dedans au dehors; les causessont intérieures et produisent les effets extérieurs.Létude, au contraire, la science, procède et doitprocéder du dehors au dedans. Cest du dehorsquelle est dabord frappée; cest le dehors quelleatteint du premier coup, et cest en le regardantquelle avance, pénètre et arrive, par degrés, audedans.

Nous rencontrons ici, messieurs, la grandequestion, la question si souvent et si bien traitée,mais non encore épuisée peut-être, des deux mé-thodes, lanalyse et la synthèse. Celle-ci est la mé-thode primitive, la méthode de création ; lautre estla méthode de seconde date, la méthode scientifique.Si la science voulait procéder suivant la méthodede création, si elle prétendait saisir les faits danslordre suivant lequel ils se produisent, elle courraitgrand risque, pour ne pas dire plus, de ne se pointplacer en débutant à la source pleine et pure deschoses, de nen pas embrasser le principe tout en-tier, de ne se prendre quà lune des causes d leseffets dérivent; et, engagée alors dans une voieétroite et fausse, elle ségarerait de plus en plus; etau lieu darriver à la création véritable, au lieu detrouver les faits tels quils se produisent réellement,elle nenfanterait que des chimères sans valeur,malgré la puissance intellectuelle quon aurait dé-pensée à les poursuivre, mesquines au fond, sousune apparence de grandeur.

Dautre part, si la science, en procédant du de-hors au dedans, selon la méthode qui lui est propre,oubliait que ce nest point la méthode primitiveet féconde, que les faits en eux-mêmes subsistent etse développent dans un autre ordre que celui elleles voit, elle pourrait arriver à oublier que les faitsla précèdent, à méconnaître le fond même deschoses, à séblouir delle-même, à se prendre, en

quelque sorte, pour la réalité, et à nêlre bientôt plusquune combinaison dapparences etde termes, aussivaine, aussi trompeuse que les hypothèses et les dé-ductions de la méthode contraire.

Il importe, messieurs, de ne jamais perdre de vuecette distinction et ses conséquences; nous les ren-contrerons plus dune fois sur notre chemin.

Quand jai essayé, lété dernier, de démêler, dansle berceau de la civilisation européenne, ses élé-ments primitifs et essentiels, jy ai trouvé dune part,le monde romain, de lautre, les barbares. Il fautdonc, pour commencer, dans quelque portion delEurope que ce soit, létude de la civilisation mo-derne, étudier dabord létat de la société romaine,au moment lempire romain est tombé, cest-à-dire vers la fin du iv° et au commencement duv' siècle. Cette étude est particulièrement nécessairequand il sagit de la France. Toute la Gaule en effetétait soumise à lempire ; et sa civilisation, dans leMidi surtout, était complètement romaine. Danslhistoire de lAngleterre ou de lAllemagne, Rometient moins de place; leur civilisation, dans sonorigine, na pas été romaine, mais germanique; cenest guère que plus tard quelles ont vraiment subilinfluence des lois, des idées, des traditions deRome. Il en est autrement de notre civilisation;elleest romaine dès ses premiers pas. Elle a de plus cecaractère particulier quelle a puisé aux deux sourcesde la civilisation européenne générale. La Gauleétait située sur la limite du monde romain et dumonde germanique. Le midi de la Gaule a été es-sentiellement romain, le nord essentiellement ger-manique; les mœurs, les institutions, les influencesgermaniques ont dominé dans le nord de la Gaule;les mœurs, les institutions, les influences romainesdans le midi. Nous retrouvons déjà ici ce caractèrede la civilisation française, que jai essayé de faireressortir à notre dernière réunion ; cest quelle estlimage la plus complète, la plus fidèle de la civili-sation européenne dans son ensemble. La civili-sation de lAngleterre et de lAllemagne est surtoutgermanique; celle de lEspagne et de lItalie surtoutromaine ; celle de la France est la seule qui parti-cipe presque également des deux origines, qui re-produise, dès son début, la complexité, la variétédes éléments (1e la société moderne.

Létat social de la Gaule à la fin du iv e et au com-mencement du v° siècle, cest donc le premierobjet de notre étude. Voici quels sont, dun côté, lesgrands monuments originaux, de lautre, les princi-paux ouvrages modernes que je vous engage à con-sulter.

Parmi les monuments originaux, le plus impor-tant est, sans contredit, le code Théodosien. Mon-