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Cours d'histoire moderne / par M. Guizot. / Histoire générale de la civilisation en Europe, depuis la chute de l'Empire romain jusqu'à la Révolution française
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CIVILISATION EN Fil ANGE.

férentes,en faire naître ainsi une foule dautres di-versités; je ne ferais rien qui ne fût déjà connu.

Et non-seulement, messieurs, tous ces principesont été pr ofessés, tous ces systèmes soutenus commeseuls vrais et légitimes, mais ils ont tous été appli-qués; ils ont tous existé réellement. Qui ignorequ'aux xii* et xin' siècles le pouvoir spirituel a ré-clamé conune son droit, tantôt lexercice direct,tantôt la domination indirecte du pouvoir temporel?Qui ne voit quen Angleterre, le parlement adisposé de la foi comme de la couronne, lEgliseest subordonnée à lEtal? que sont la papauté, lé-rastianisme (1), lépiscopat, le presbytérianisme,les indépendants, les quakers, sinon les . ca-lions des doctrines que je viens dindiquer? toutesles doctrines se sont changées en faits ; il y a desexemples de tous les systèmes et de leurs combinai-sons si variées.

Et non-seulement tous les systèmes ont été réali-sés, mais ils ont tous prétendu à la légitimité histo-rique aussi bien quà la légitimité rationnelle ; ils onttous reporté leur origine aux premiers temps delEglise chrétienne; ils ont tous revendiqué des faitsanciens, comme fondement et justification.

Messieurs, ni les uns ni les autres nont eu com-plètement tort : on trouve, -dans les premiers siè-cles de lÉglise, des faits auxquels ils peuvent tousse rattacher. Ce nest pas à dire quils soient touségalement vrais rationnellement, également fondéshistoriquement, ni quils représentent une sériedétats divers par lesquels lÉglise ait passé tour àtour. Mais il y a, dans chacun de ces systèmes, unepart plus ou moins grande de vérité morale, de réa-lité historique. Ils ont tous joué un rôle, occupé uneplace dans lhistoire de la société religieuse mo-derne; ils ont tous, à des degrés inégaux, concouruau travail de sa formation.

Je vais les rechercher successivement dans lescinq premiers siècles de lEglise; nous naurons pasde peine à les y démêler.

Prenons dabord tout ce qui se rapporte à la si-tuation extérieure de lÉglise, à ses relations avecla société civile.

Quant au système de lÉglise indépendante, in-aperçue dans lEtal, existant, se gouvernant sansque le pouvoir temporel intervienne, cest évidem-ment la situation primitive de lÉglise chrétienne.Tant quelle a été renfermée dans un étroit espace,ou disséminée en petites congrégations isolées, ob-scures, le gouvernement romain la ignorée, lalaissée vivre et se régir comme il lui convenait.

fl) Système dans lequel lÉglise est gouvernée par lÉtat, ainsi nommédËraste, théologien et médecin allemand du xvr siècle, qui, le premier,la soutenu avec éclat.

Cet état a cessé; lempire romain a pris connais-sance de la société chrétienne; je ne parle pas dumoment il en a pris connaissance pour la persé-cuter, mais de celui le monde romain est devenuchrétien, le christianisme est monté sur le trôneavec Constantin. La situation de lÉglise enverslÉtat a grandement changé à cette époqtle. Il seraitfaux de dire quelle est tombée alors sous le gouver-nement de lÉtat, que le système de sa subordina-tion au pouvoir temporel a prévalu. En général lesempereurs nont pas prétendu régler la foi; ils ontaccepté la doctrine de lÉglise. La plupart des ques-tions qui ont provoqué depuis la rivalité des deuxpouvoirs ne sélevaient pas encore à cette époque.Cependant on y rencontre un grand nombre de faitsdans lesquels le système de la souveraineté de lE-tat sur lÉglise a pu prendre et a pris en effet sonorigine. Vers la fin du m* et au commencementdu iv' siècle, par exemple, les évêques avaient avecles empereurs un ton extrêmement humble et sou-mis; ils exaltaient sans cesse la majesté impériale.Si elle avait prétendu porter atteinte à lindépen-dance de leur foi, ils se seraient défendus et se dé-fendirent souvent en effet avec énergie; mais ilsavaient grand besoin de sa protection; elle étaitnouvelle pour eux, à peine venaient-ils détre re-connus et adoptés; ils traitaient le pouvoir tempo-rel avec beaucoup dégards et de ménagement. Dail-leurs ils ne pouvaient rien par eux-mêmes; la sociétéreligieuse ou plutôt son gouvernement navait, àcette époque, aucun moyen de faire exécuter sesvolonlés; les institutions, les règles, les habitudeslui manquaient; il était sans cesse obligé de recou-rir à lintervention du gouvernement civil, seul an-cien , seul organisé. Ce besoin continuel dun aveuétranger donnait à la société religieuse un air desubordination et de dépendance plus extérieure queréelle ; au fond , lindépendance et même la puis-sance étaient grandes ; mais, dans presque toutes lesaffaires, pour tous les intérêts de lÉglise, lempe-reur intervenait; on invoquait son consentement etson action. Les conciles étaient ordinairement con-voqués par son ordre, et non-seulement il les con-voquait, mais il y présidait, soit par lui-même, soitpar ses délégués ; il décidait quelles matières y se-raient traitées. Ainsi, Constantin assistait en per-sonne au concile dArles en 514, au concile deNicée en 323, et dirigeait, du moins en apparence,les délibérations. Je dis en apparence ; car la pré-sence même de lempereur dans un concile était uneconquête de lÉglise, et prouvait sa victoire bienplus que sa soumission. Mais enfin les formes étaientcelles dune subordination respectueuse; lÉglise seservait de la force de lempire, se couvrait de sa