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TROISIÈME LEÇON.
majesté; etl’érastiauisme, indépendamment des mo-tifs rationnels dont il se prévaut, a trouvé, dansl’histoire de cette époque, des faits qui lui ont puservir de justification.
Quant au système contraire, la souveraineté gé-nérale et absolue de l’Église, il est clair qu’il nesaurait se rencontrer dans le berceau d’une sociétéreligieuse; il appartient nécessairement aux joursde sa plus grande force, de son plus puissant déve-loppement. Cependant, on le voit déjà poindreau v* siècle, et poindre très-clairement. C’est déjàun principe reconnu, avoué de la société civile,comme il est proclamé par la société religieuse, quela supériorité des intérêts spirituels sur les intérêtstemporels, de la destinée du croyant sur celle ducitoyen. 11 en résulte que le langage des chefs de lasociété spirituelle, des prêtres, des évêques, na-guère si modeste, est devenu confiant, fier, souventmême hautain, tandis que celui des chefs de la so-ciété civile, des empereurs eux-mêmes, malgré savieille pompe, est, au fond, modeste et soumis. Acette époque d’ailleurs le gouvernement temporelétait en grande décadence; l’empire périssait; lepouvoir impérial tombait de jour en jour dans uneridicule nullité. Le pouvoir spirituel au contrairese fortifiait, grandissait, pénétrait de plus en plusdans la société civile; l’Église devenait plus riche;sa juridiction s’étendait; elle marchait visiblementà la domination. La chute complète de l’empire enOccident, et l’avénement des monarchies barbarescontribuèrent beaucoup à élever ses prétentions etson pouvoir. L’Église avait été, sous les empereurs,obscure, faible, enfant, si je puis me servir decette expression ; elle en avait contracté, avec eux,une sorte de réserve; elle était accoutumée à res-pecter leur pouvoir, leur nom. Peut-être, si l’em-pire avait subsisté, ne se serait-elle jamais complè-tement dégagée de cette habitude de sa premièrejeunesse. Ce qui donnerait lieu de le croire, c’estqu’il en est arrivé ainsi dans l’empire d’Orient;l’einpire d’Orient a vécu douze siècles dans une dé-cadence continuelle; le pouvoir impérial n’y étaitpas redoutable; cependant l’Église n’y est point ar-rivée, n’y a pas même prétendu à la souveraineté.L’Eglise grecque est restée avec les empereurs d’O-rienl, à peu près dans la relation où était l’Égliseromaine avec les empereurs romains. En Occident,l’empire est tombé; des rois couverts de fourruresont succédé aux princes revêtus de la pourpre; l’É-glise n’a pas porté à ces nouveaux venus la mêmeconsidération, le même respect. Elle a, de plus,été obligée, pour lutter contre leur barbarie, detendre extrêmement le ressort du pouvoir spirituel;l’exaltation du sentiment des peuples à ce sujet a
été son moyen d’action et de défense. l)e là ce pro-grès si rapide de ses prétentions à la souveraineté,qui n’apparaissait encore, au v' siècle, que dans lelointain.
Quant au système de l’alliance entre les deuxsociétés distinctes et indépendantes, il n’est pas dif-ficile à reconnaître à l’époque qui nous occupe, carc’était celui qui prévalait; rien n’était précis ni fixedans les conditions de l’alliance; l’égalité ne devaitpas être longue entre les deux pouvoirs ; mais ilssubsistaient chacun dans sa sphère, et traitaientensemble chaque fois qu’ils venaient à se ren-contrer.
Noustrouvonsdonc, dui" au v' siècle, tantôt dansleur plein développement, tantôt en germe, tousles systèmes selon lesquels peuvent être réglés lesrapports de l’Eglise avec l’État; ils ont tous leurorigine dans des faits voisins du berceau de la so-ciété religieuse. Passons à l’organisation intérieurede cette société, au gouvernement propre de l’Église;nous arriverons au même résultat.
Deux principes contraires, vous vous le rappelez,peuvent présider à cette organisation : ou la sociétéreligieuse se gouverne elle-même, ou la sociétéecclésiastique est seule constituée et possède seulele pouvoir.
11 est clair que cette dernière forme ne sauraitêtre celle d’une Église naissante : aucune associa-tion morale ne commence par l’inertie de la massedes associés, par la séparation du peuple et du gou-vernement. Aussi est-il certain qu’à l’origine duchristianisme, les fidèles prenaient part à l’admi-nistration de la société. Le système presbytérien,c’est-à-dire le gouvernement de l’Église par seschefs spirituels assistés des plus considérable d’en-tre les fidèles, tel a été le régime primitif. Beau-coup de questions peuvent s’élever sur les noms,les fonctions, les relations de ces chefs, ecclésiasti-ques et laïques, des congrégations naissantes; leurconcours au gouvernement des affaires communesne semble pas douteux.
Nul doute aussi qu’à cette époque, les sociétésséparées, les congrégations chrétiennes de chaqueville ne fussent beaucoup plus indépendantes Tunede l’autre qu’elles ne l’ont été depuis; nul doutequ’elles ne se gouvernassent, je ne dirai pas com-plètement, mais à beaucoup (Fégards, chacunepour son compte et isolément. De là le système desIndépendants, qui veulent que la société religieusen’ait point de gouvernement général, et que chaquecongrégation locale soit une société complète et sou-veraine.
Nul doute enfin que dans ces petites sociétéschrétiennes naissantes, éloignées les unes des au-