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Cours d'histoire moderne / par M. Guizot. / Histoire générale de la civilisation en Europe, depuis la chute de l'Empire romain jusqu'à la Révolution française
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TROISIÈME LEÇON.

majesté; etlérastiauisme, indépendamment des mo-tifs rationnels dont il se prévaut, a trouvé, danslhistoire de cette époque, des faits qui lui ont puservir de justification.

Quant au système contraire, la souveraineté gé-nérale et absolue de lÉglise, il est clair quil nesaurait se rencontrer dans le berceau dune sociétéreligieuse; il appartient nécessairement aux joursde sa plus grande force, de son plus puissant déve-loppement. Cependant, on le voit déjà poindreau v* siècle, et poindre très-clairement. Cest déjàun principe reconnu, avoué de la société civile,comme il est proclamé par la société religieuse, quela supériorité des intérêts spirituels sur les intérêtstemporels, de la destinée du croyant sur celle ducitoyen. 11 en résulte que le langage des chefs de lasociété spirituelle, des prêtres, des évêques, na-guère si modeste, est devenu confiant, fier, souventmême hautain, tandis que celui des chefs de la so-ciété civile, des empereurs eux-mêmes, malgré savieille pompe, est, au fond, modeste et soumis. Acette époque dailleurs le gouvernement temporelétait en grande décadence; lempire périssait; lepouvoir impérial tombait de jour en jour dans uneridicule nullité. Le pouvoir spirituel au contrairese fortifiait, grandissait, pénétrait de plus en plusdans la société civile; lÉglise devenait plus riche;sa juridiction sétendait; elle marchait visiblementà la domination. La chute complète de lempire enOccident, et lavénement des monarchies barbarescontribuèrent beaucoup à élever ses prétentions etson pouvoir. LÉglise avait été, sous les empereurs,obscure, faible, enfant, si je puis me servir decette expression ; elle en avait contracté, avec eux,une sorte de réserve; elle était accoutumée à res-pecter leur pouvoir, leur nom. Peut-être, si lem-pire avait subsisté, ne se serait-elle jamais complè-tement dégagée de cette habitude de sa premièrejeunesse. Ce qui donnerait lieu de le croire, cestquil en est arrivé ainsi dans lempire dOrient;leinpire dOrient a vécu douze siècles dans une dé-cadence continuelle; le pouvoir impérial ny étaitpas redoutable; cependant lÉglise ny est point ar-rivée, ny a pas même prétendu à la souveraineté.LEglise grecque est restée avec les empereurs dO-rienl, à peu près dans la relation était lÉgliseromaine avec les empereurs romains. En Occident,lempire est tombé; des rois couverts de fourruresont succédé aux princes revêtus de la pourpre; lÉ-glise na pas porté à ces nouveaux venus la mêmeconsidération, le même respect. Elle a, de plus,été obligée, pour lutter contre leur barbarie, detendre extrêmement le ressort du pouvoir spirituel;lexaltation du sentiment des peuples à ce sujet a

été son moyen daction et de défense. l)e ce pro-grès si rapide de ses prétentions à la souveraineté,qui napparaissait encore, au v' siècle, que dans lelointain.

Quant au système de lalliance entre les deuxsociétés distinctes et indépendantes, il nest pas dif-ficile à reconnaître à lépoque qui nous occupe, carcétait celui qui prévalait; rien nétait précis ni fixedans les conditions de lalliance; légalité ne devaitpas être longue entre les deux pouvoirs ; mais ilssubsistaient chacun dans sa sphère, et traitaientensemble chaque fois quils venaient à se ren-contrer.

Noustrouvonsdonc, dui" au v' siècle, tantôt dansleur plein développement, tantôt en germe, tousles systèmes selon lesquels peuvent être réglés lesrapports de lEglise avec lÉtat; ils ont tous leurorigine dans des faits voisins du berceau de la so-ciété religieuse. Passons à lorganisation intérieurede cette société, au gouvernement propre de lÉglise;nous arriverons au même résultat.

Deux principes contraires, vous vous le rappelez,peuvent présider à cette organisation : ou la sociétéreligieuse se gouverne elle-même, ou la sociétéecclésiastique est seule constituée et possède seulele pouvoir.

11 est clair que cette dernière forme ne sauraitêtre celle dune Église naissante : aucune associa-tion morale ne commence par linertie de la massedes associés, par la séparation du peuple et du gou-vernement. Aussi est-il certain quà lorigine duchristianisme, les fidèles prenaient part à ladmi-nistration de la société. Le système presbytérien,cest-à-dire le gouvernement de lÉglise par seschefs spirituels assistés des plus considérable den-tre les fidèles, tel a été le régime primitif. Beau-coup de questions peuvent sélever sur les noms,les fonctions, les relations de ces chefs, ecclésiasti-ques et laïques, des congrégations naissantes; leurconcours au gouvernement des affaires communesne semble pas douteux.

Nul doute aussi quà cette époque, les sociétésséparées, les congrégations chrétiennes de chaqueville ne fussent beaucoup plus indépendantes Tunede lautre quelles ne lont été depuis; nul doutequelles ne se gouvernassent, je ne dirai pas com-plètement, mais à beaucoup (Fégards, chacunepour son compte et isolément. De le système desIndépendants, qui veulent que la société religieusenait point de gouvernement général, et que chaquecongrégation locale soit une société complète et sou-veraine.

Nul doute enfin que dans ces petites sociétéschrétiennes naissantes, éloignées les unes des au-