CIVILISATION EN FRANCE.
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toge et leur force; la législation barbare abonde endispositions destinées à réprimer ces tentatives; lesrois se promettent, dans les traités, qu’ils n’attire-ront point, qu’ils ne recevront même pas leurs Leudesréciproques. La législation ecclésiastique des iv' etv c siècles contient, quant aux prêtres, des disposi-tions analogues, prises, à coup sur, par les mêmesmotifs.
C’était donc pour un prêtre une assez grandeaffaire que de quitter, pour une mission lointaine,l’église à laquelle il était attaché ; il y était difficile-ment remplacé; le service religieux souffrait de sonabsence. L’établissement du système représentatif,dans l’Église comme dans l’Etat, suppose un assezgrand nombre d'hommes qui se puissent déplaceraisément, sans inconvénient pour eux-mêmes etpour la société. Il n’en était point ainsi au v' siè-cle, et pour remplir les conciles de simples prêtres,peut-être eût-il fallu des indemnités et des disposi-tions coercitives, comme il en a fallu longtemps enAngleterre pour faire venir les bourgeois au parle-ment. Tout tendait donc à faire passer le gouverne-ment de l’Église entre les mains des évêques, et auv c siècle le système épiscopal avait presque complè-tement prévalu.
Quant au système de la monarchie pure, le seuldont nous n’ayons encore rien dit parce que les faitsne nous l’ont pas encore montré, il était fort loinde dominer à celte époque, de prétendre même àdominer; et la sagacité la plus exercée, l’ardeurmême de l’ambition personnelle n’eût pu pressentirses futures destinées. Cependant on voyait déjàcroître de jour en jour la considération et l’influencede la papauté; il est impossible de consulter avecimpartialité les monuments du temps sans recon-naître que, de toutes les parties de l’Europe, ons’adresse à l’évêque de Rome pour avoir son opi-nion, sa décision même en matière de foi, de disci-pline, dans les procès des évêques, en un mot danstoutes les grandes occasions où l’Église est intéres-sée. Souvent ce n’est qu’un avis qu’on lui demande,et quand il l’a donné, ceux à qui l’avis déplaît nes’y soumettent pas ; mais un parti puissant s’y rangetoujours; et, d’affaire en affaire, sa prépondérancedevient plus marquée. Deux causes y contribuaientsurtout alors : d’une part, le système du patriarcatétait encore puissant dans l’Eglise; au-dessus desévêques et des archevêques, avec des privilèges plusnominaux qu’efficaces, mais généralement avoués,un patriarche présidait à une grande contrée. L’O-rient avait eu et avait encore plusieurs patriarches,celui de Jérusalem, celui d’Antioche, celui de Con-stantinople, celui d’Alexandrie. En Occident,Y évêque de Home l’était seul; cl cette circonstance
aida beaucoup à l’élévation exclusive de la papauté.La tradition d’ailleurs que saint Lierre avait étéévêque de Rome, et l’idée que les papes étaient sessuccesseurs, étaient déjà fort répandues parmi leschrétiens d’Occident.
Ainsi, messieurs, on aperçoit clairement, dans lescinq premiers siècles, le fondement historique detous les systèmes qui ont été soutenus ou appliqués,tant sur l’organisation intérieure que sur la situationextérieure de la société religieuse. Il s’en faut bienqu’ils soient tous au même rang; les uns n’ont paruqti’en passant et comme des accidents où des tran-sitions; les autres n’ont existé pendant longtempsqu’en germe et ne se sont développés qu’avec len-teur; ils sont de dates très-diverses et d’importancetrès-inégale; mais tous peuvent se rattacher àquelque fait, invoquer quelque autorité.
Quand on se demande quels principes prévalaientau sein de cêlte variété de principes, quels grandsrésultats étaient consommés au V' siècle, on recon-naît les faits suivants :
1° La séparation de la société religieuse et de lasociété ecclésiastique ; la domination de la sociétéecclésiastique sur la société religieuse; résultat dûsurtout à l’extrême inégalité intellectuelle et so-ciale qui existait entre le peuple et le clergé chré-tien.
2" La prédominance du système aristocratiquedans l’organisation intérieure de la société ecclé-siastique; l’intervention des simples prêtres dans legouvernement de l’Eglise devient de jour en jourplus rare et plus faible ; le pouvoir se concentre deplus en plus entre les mains des évêques.
3° Enfin, quant aux rapports de la société reli-gieuse avec la société civile, de l’Église avec l’État,le système qui prévaut est celui de l’alliance, de latransaction entre des puissances dislinctes, mais encontact perpétuel.
Tels sont les trois grands faits qui caractérisentl’état de l’Eglise au commencement du v' siècle. Aleur seul énoncé, sur la simple apparence générale,il est impossible d’y méconnaître des germes mena-çants, d’une part, dans le sein de la société reli-gieuse, pour la liberté de la masse des fidèles; del’autre, et dâns le sein de la société ecclésiastique,pour la liberté d’une grande partie du clergé lui-même. La prédominance presque exclusive des prê-tres sur les fidèles et des évêques sur les prêtres,présageait dans l’avenir les abus du pouvoir et lesdésordres des révolutions. De telles craintes, mes-sieurs, si quelqu’un les eût conçues au v' siècle,n’auraient pas été sans fondement; mais on étaitloin de les concevoir; celait surtout à se régler, àse constituer qu’aspirait la société chrétienne; elle