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Cours d'histoire moderne / par M. Guizot. / Histoire générale de la civilisation en Europe, depuis la chute de l'Empire romain jusqu'à la Révolution française
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CIVILISATION EN FRANCE.

que sont-ils épuisés? Non certes : il reste à étudierlétat intérieur, personnel des hommes; létat desâmes, cest-à-dire, dune part, les idées, les croyan-ces, toute la vie intellectuelle de lhomme; de lau-tre, les rapports qui lient les idées aux actions, lescroyances aux déterminations de la volonté, la pen-sée à la liberté humaine.

Cest le double fait qui constitue, à mon avis,létat moral dune société, et que nous avons à étu-dier dans la société gauloise du v' siècle.

A en croire une opinion fort répandue, je pour-rais me dispenser dinsister longtemps sur cet exa-men. On a beaucoup dit que létat moral dépend delétat social, que les relations des hommes entreeux, les principes on les coutumes qui y président,décident de leurs idées, de leurs sentiments, de leurvie intérieure; que les gouvernements, les institu-tions font les peuples. Cest une idée dominantedans le dernier siècle, et qui se reproduit, sousdes formes différentes, dans les plus illustres écri-vains de lépoque, dans Montesquieu, Voltaire,les économistes, les publicistes, etc. Rien de plussimple ; la révolution que le siècle dernier a faitéclater a été une révolution sociale ; il sest bienplus occupé de changer la situation réciproque deshommes, que leurs dispositions intérieures et per-sonnelles; il a voulu réformer la société plutôt quelindividu. Qui sétonnera quil ait été surtout pré-occupé de ce quil cherchait, de ce quil faisait, quelimportance de létat social Tait trop exclusivementfrappé?

Quelque chose cependant aurait lavertir ; iltravaillait à changer les relations, la condition ex-térieure des hommes; mais quels étaient les instru-ments, les points dappui de son travail? des idées,des sentiments, des dispositions intérieures et indi-viduelles ; cétait à laide de létat moral quil entre-prenait la réforme de létat social. Il devait doncreconnaître létat moral non-seulement connue dis-tinct, mais comme jusquà un certain point indé-pendant de létat social ; il devait voir que les situa-tions, les institutions ne sont pas tout, ne décidentpas de tout dans la vie des peuples ; que dautrescauses peuvent modifier, combattre, surmontermêmes celles-, et que, si le monde extérieur agitsur lhomme, lhomme à son tour le lui rend bien.Je ninsiste pas davantage, messieurs; je ne vou-drais pas, tant sen faut, quon crût que je repousselidée que je combats; sa part de légitimité estgrande : nul doute que létat social nexerce sur lé-tat moral une puissante influence, Je ne veux passeulement que cette doctrine soit exclusive; lin-fluence est partagée et réciproque; sil est vrai dedire que les gouvernements font les peuples, il nest

pas moins vrai que les peuples font les gouverne-ments. La question qui se rencontre ici est plushaute et plus grande encore quelle ne paraît : cestla question de savoir si les événements, la vie dumonde social, sont, comme le monde physique,sous lempire de causes extérieures et nécessaires,ou si lhomme lui-même, sa pensée, sa volonté,concourent à les produire et à les gouverner ; quelleest la part de la fatalité et celle de la liberté dansles destinées du genre humain. Question dun inté-rêt immense, et que jaurai peut-être un jour occa-sion de traiter comme elle le mérite; je ne puisaujourdhui que la poser à sa place, et je me cou-tente de réclamer pour la liberté, pour lhommelui-même, une place, et une grande place dans lacréation de lhistoire, parmi les auteurs des événe-ments.

Je reviens à lexamen de létat moral de la so-ciété civile et de la société religieuse dans les Gau-les, aux iv' et v' siècles.

Si les institutions pouvaient tout faire, si lesmoyens fournis par la société et les lois suppléaientà tout, létat intellectuel de la société civile gau-loise, à celte époque, aurait été très-supérieur àcelui de la société religieuse, La première, en effet,possédait seule toutes les institutions propres à se-conder le développement des esprits, le progrès etlempire des idées. La Gaule romaine était couvertede grandes écoles : les principales étaient celles deTrêves, Bordeaux, Autun, Toulouse, Poitiers, Lyon,Narbonne, Arles, Marseille, Vienne, Besançon, etc.Quelques-unes étaient fort anciennes : celles deMarseille et dAutun, par exemple, dataient du pre-mier siècle; on y enseignait la philosophie, la mé-decine, la jurisprudence, les belles-lettres, la gram-maire, lastrologie, toutes les sciences du temps.Dans la plupart des autres écoles, on nenseignadabord que la rhétorique et la grammaire; versle tv' siècle seulement, des professeurs de philoso-phie et de droit furent partout introduits,

Non-seulement ces écoles étaient nombreuses etpourvues de plusieurs chaires, mais les empereursprenaient sans cesse en faveur des professeurs denouvelles mesures. Leurs intérêts sont, depuis Con-stantin jusquà Théodose le jeune, lobjet de consti-tutions fréquentes, qui tantôt étendent, tantôt con-firment leurs privilèges ; voici les principales :

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Conttantln Auguste, à yoliuianus (1) (en 321 ),

Nous ordonnons que les médecins, les grammairiens, et lesautres professeurs èa lettres, soient, ainsi que les biens quils

(\) Probablement préfet du prétoire.