105
QUATRIÈME LEÇON.
possèdent dans leur* oiUs, exempts des charges municipales,et qu’ils puissent être revêtus des honneurs (1). Nous défen-dons qu’on les traduise (indûment) en justice, ou qu’on leurfasse quelque tort; si quelqu'un les tourmente, qu’il soit pour-suivi par les magistrats, afin qu’eux-mêmes ne prennent pascette peine, et qu’ij paye cent mille pièces au fcc j si un esclaveles a offensés, qu’il soit frappé de verges par son maître, de-vant celui qu’il a offensé ; et si le maître a consenti à l'outrage,qu’il paye vingt mille pièces au fisc, et que son esclave resteeu gage jusqu'à PC que toute la somme soit livrée- Nous ordon-nons de rendre auxdils professeurs leurs traitements et sa-laires; et comme ils ne doivent pas être chargés de fonctions
onéreuses.nou6 permettons qu’on leur confère les honneurs
quand ils le voudront, mais nous ne les y forçons point (2),
34
Constantin Auguste, au peuple (en 531 J.
Confirmant les bienfaits de nos divins prédécesseurs, nousordonnons que les médecins et les professeurs ès lettres, ainsique leurs femmes et leurs enfants, soient exempts de toutesfonctions et charges publiques; qu’ils ne soient pas comprisdans le service de la milice, ni obligés de recevoir des hôtes,ou de s’acquitter d’aucune charge, afin que par là ils aientplus de facilite pour instruire beaucoup de gens dans les étudeslibérales et les arts sus nommés (3).
5°
Gratien Auguste, à Antoine, préfet du prétoire des Gaules(en 376).
Qu’au sein des grandes C(tés qui, dans tout le diocèseconfié à ta Magnificence , fleurissent et brillent par d'illustresmaîtres, les meilleurs président à l’éducation de la jeunesse;nous voulons parler des rhéteurs et des grammairiens, dansles langues atfique et romaine^ que les orateurs reçoivent dufisc, à titre d’émoluments, vingt-quatre rations (4) ; que lenombre moins considérable de douze rations soit, suivant l’u-sage, accordé aux grammairiens grecs et latins. Ët afin queles cités qui jouissent des droits de métropoles choisissent defameux professeurs, et comme nous ne pensons pas que chaquecité soit libre de payer suivant son gré ses rhéteurs et ses maî-tres, nous voulons faire pour l’illustre cité de Trêves quelquechose de plus : ainsi donc que trente rations y soient accordéesau rhéteur, vingt au grammairien latin, et douze au gramm^i-rien grec, si l’on peut en trouver un capable (5j,
Valentinien, Honorius, Théodose II, rendirentplusieurs décrets semblables. Depuis que l’empireétait partagé entre plusieurs maîtres, chacun d’euxs’inquiétait un peu plus de la prospérité de ses Étalset des établissements publics qui s’y rencontraient.De là une amélioration momentanée dont les écolesse ressentirent; particulièrement celles des Gaules,sous l’administration de Constance Chlore, de Ju-lien et de Gratien.
A côté des écoles étaient placés en général d’au-
(1) On distinguait dans Us cités les mènera, fonctions municipales d’unordre inférieur et qui ne conféraient point de privilèges; et les honores,Jonctions supérieures , magistratures véritables , auxquelles certains pri-vilèges étaient attachés.
(2) CW. Tltéoil, Hv. in , lit. m , 1.
très établissements apologues. Ainsi, U y avait, àTrêves, une grande bibliothèque du palais impé-rial, sur laquelle aucun renseignement spécial nenous est resté, mais dont nous pouvons juger parles détails qui nous eut été conservés sur celle deConstantinople. Celle-ci avait nn bibliothécaire etsept scribes, constamment occupes, quatre pour legrec et trois pour le latin ; ils copiaient, soit les ou-vrages anciens qui se détérioraient, soit les ouvra-ges nouveaux. Il est probable que la même institu-tion subsistait à Trêves et dans les grandes villesde la Gaule.
La société civile était donc pourvue de moyensd’instruction Cl de développement intellectuel. Iln’en était pas de même de la société religieuse :elle n’avait, à cette époque, point d’institution spé-cialement consacrée à l’enseignement; elle ne re-cevait de l’État aucun secours dans ce but particu-lier, Les chrétiens pouvaient, comme les antres,fréquenter les écoles publiques; mais la plupart desprofesseurs étaient encore païens, on indifférentsen matière religieuse, et, dans leur indifférence,assez malveillants pour la religion nouvelle. Us at-tiraient donc fort peu les chrétiens. Les sciencesqu’ils enseignaient, la grammaire et la rhétorique,païennes d’origine, dominées par le vieil espritpaïen, n’avaient d’ailleurs que peu d’intérêt pour lechristianisme. Enfin, ce fut longtemps dans lesclasses inférieures, parmi le peuple, que se propa-gea le christianisme, surtout dans les Gaules; etc’étaient les classes supérieures qui suivaient lesgrandes écoles. Aussi, n’est-ce guère qu’au commen-cement du iv c siècle qu’on voit les chrétiens y paraî-tre, et encore y sont-ils rares.
Aucune autre source d’étude ne leur était ou-verte. Les établissements qui devinrent peu après,dans l’Église chrétienne, le refuge et le foyer del’instruction, les monastères commençaient à peinedans les Gaules : ce fut seulement après l’an 560que les deux premiers furent fondés par saint Mar-tin, l’un à Ligugé, près de Poitiers, l’autre à Mar-moutiers, près de Tours; et ils étaient consacrésplutôt à la contemplation religieuse qu’à l’enseigne-ment.
Tonte grande école, tonte institution spéciale-ment vouée au service et aux progrès de l’intelli-gence, manquait donc alors aux chrétiens; ils n’a-vaient que leurs idées mêmes, le mouvementintérieur et personnel de leur pensée. Il fallaitqu’ils tirassent tout d’eux-mêmes; leurs croyances
(5) Cod. Thèod., !. 5.
(4) Ànnona, une certaine mesure de blé, d’huile et d’autres denrées ,probablement ce qu’il en fallait pour la consommation journalière d’unepersonne, f'mrut,
(5) CW. Thèod., liv, xm , tît. tn, 1.1-1.