CIVILISATION EN FRANCE.
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profonde connaissance de la langue et de la littéra-ture grecque. 3° Ursulus et llarmonius, professeursà Trêves; llarmonius a recueilli les poésies d’Ho-mère, en y ajoutant des notes sur les mauvaises le-çons, les interprétations, etc,
A côté des grammairiens se placent les rliéleurs,chargés non-seulement d’enseigner l’éloquence, maisde faire des discours, des panégyriques, dans toutesles grandes circonstances de la vie, les fêtes, lessolennités civiles, la mort ou l’avéneinent d’un em-pereur, etc. Douze de Ces airs de bravoure d’uneéloquence vaine ont été spécialement conservés etrecueillis. Les quatre principaux panégyristes sont:1” Claude Mamertin, auteur de l’éloge de l’empe-reur Maximien, prononcé à Trêves, le 20 avril 292,jour où l’on célébrait la fondation de Rome. 2° Eu-mène, professeur d’éloquence à Autun, auteur dequatre discours prononcés de 297 à 311, en pré-sence et à l’honneur de Constance Chlore et deConstantin. 3” Nazarius, professeur à Bordeaux,auteur d’un panégyrique de Constantin. 4° ClaudeMamertin, peut-être tils du premier, auteur d’undiscours prononcé en 302 devant Julien.
Parmi les chroniqueurs gaulois et païens de cetteépoque, le plus distingué est Eulrope qui écrivit*vers l’an 370, son abrégé de l’histoire romaine.
Je pourrais étendre à mon gré la liste des poètes,mais vous ne vous plaindrez pas que je n’en nommeque trois. Le plus fécond, le plus célèbre, et sanscontredit le plus spirituel et le plus élégant, estAusone, né à Bordeaux vers 309 et mort dans unede ses terres en 594, après avoir occupé les plushautes charges publiques, et composé : 1 cent qua-rante épigrammes; 2" trente-huit épitaphes; 3? vingtidylles ; 4° vingt-quatre épîtres ; 3” dix-sept descrip-tions de Villes, et une multitude de petits poèmessemblables, sur les professeurs de Bordeaux, lespersonnes ou les incidents de sa famille, les douzeCésars, les sept Sages de la Grèce, etc., etc.
Un oncle d’Ausone, nommé Arborius, de Tou-louse* a laissé un petit poème adressé à une jeunelille trop bien parée, ad virginem nimis cultam.
Un poète de Poitiers, Ilutilius Numatianus, quiavait vécu à Rome, et qui revint dans sa patrie versl’an 410, a écrit sur son retour un poème intitulé :ltinerarium ou de reditu, ouvrage assez curieuxpar quelques détails de lieux, de mœurs, et parl’humeur du poète contre l’invasion de la sociétépar les juifs et les moines. Il était évidemmentpaïen.
Je passe à la littérature chrétienne gauloise de lamême époque.
(I) Né vers 388, mort vers 440.
Le premier nom que je rencontre est celui desaint Ambroise; quoiqu'il ait passé sa vie en Italie,je le prends comme Gaulois parce qu’il était né àTrêves, vers Tan 540. Ses œuvres ont été recueilliesen deux volumes in-folio. Ils contiennent trente-sixouvrages différents, traités religieux, commentairessur les livres saints, discours, lettres, hymnes, etc.Le plus étendu et aussi le plus curieux est intituléde ofpciis ministrorum (des devoirs des ministresde l’Eglise). J’y reviendrai peut-être plus tard etavec détail ; je ne veux aujourd'hui que vous en faireremarquer le caractère ; vous seriez tentés de croire,d’après le titre, que c’est un traité des devoirs par-ticuliers des prêtres* et de la manière dont ils doi-vent s’acquitter de leurs fonctions. Vous vous trom-periez; c’est un traité complet de morale, où l’auteur,à propos des prêtres, passe en revit ê tous les devoirshumains, y pose et résout une multitude de questionsde philosophie pratique.
A côté de saint Ambroise* je placerai saint Pau-lin, né, comme lui, en Gaule (à Bordeaux, versl’an 333), mort, comme lui, évêque en Italie(à Noie, en 431). Plusieurs de ses ouvrages, entreautres son livre contre les païens, se sont perdus; ilne reste guère de lui que des lettres et des poésies;mais les lettres avaient, à cette époque, une bienautre importance que dans les temps modernes; lalittérature proprement dite tenait, dans le mondechrétien, assez peu de place; on n’écrivait guèrepour écrire, pour le seul plaisir de manifester sesidées; quelque événement éclatait, une questions’élevait, quelque nécessité pressait le monde chré-tien ; on faisait un livre, et le livre se produisaitsouvent sous la forme d’une lettre à un fidèle, à unami, à une Eglise. Politique, religion, controverse,intérêts spirituels et temporels, conseils générauxet particuliers, tout se rencontre donc dans les lettresde ce temps, et elles sont au nombre de ses plus Cu-rieux monuments.
J’ai déjà nommé saint Sulpice-Sévère, de Tou-louse (1) (ou de quelque autre ville d’Aquitaine, carson origine n’est pas connue avec certitude), et saVie de saint Martin, de Tours. Il a écrit de plusune Histoire sacrée, l’un des premiers essais d’his-toire ecclésiastique tentés en Occident ; elle va ducommencement du monde jusqu’à Tan 400, et con-tient quelques faits importants qui ne se trouventpoint ailleurs.
Presque en même temps, un peu plus tard cepen-dant, le moine Cassien, Provençal d’origine (2), àce qu’il parait, quoiqu’il eût vécu longtemps enOrient, publiait à Marseille, sur la demande de
(4) Né vers 300 , mort vers 440.