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Cours d'histoire moderne / par M. Guizot. / Histoire générale de la civilisation en Europe, depuis la chute de l'Empire romain jusqu'à la Révolution française
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CIVILISATION EN FRANCE.

CINQUIÈME LEÇON.

Des principales questions débattues en Gaule au ro siècle. Du pélagianisme. De la méthode à suivre dans son histoire.

Des faits moraux qui ont donné lieu à cette controverse : 1o De la liberté humaine; 2» de limpuissance de la liberté etde la nécessité dun secours extérieur ; 5" de linfluence des circonstances extérieures sur la liberté ; 4» des changementsmoraux qui surviennent dans lâme humaine sans que lhomme les attribue à sa volonté. Des questions qui naissent natu-rellement de ces faits. Du point de vue spécial sous lequel on a les considérer dans lÉglise chrétienne au V e siècle.

Histoire du pélagianisme à Rome, en Afrique, en Orient et dans la Gaule. Pélage. Célestius. Saint Augustin.Histoire du semi-pélagianisme. Cassien. Fauste. Saint Prosper dAquitaine. Des prédestinations. Influence etrésultats généraux de cette controverse.

Messieurs ,

Dans notre dernière réunion, jai essayé de vouspeindre, mais uniquement sous ses traits généraux,létat moral comparatif de la société civile et de lasociété religieuse en Gaule, au v* siècle. Entrons plusavant dans lexamen de la société religieuse, la seulequi fournisse, à létude et à la réflexion, une amplematière.

Les principales questions qui aient occupé auv' siècle la société chrétienne gauloise, sont : 1° lepélagianisme, ou hérésie de Pélage, combattu sur-tout par saint Augustin ; 2° la nature de làme, agitéedans le midi de la Gaule, entre lévêque Fauste etle clerc MamertClaudien; 3° quelques points de culteet de discipline, plutôt que de doctrine, comme leculte des martyrs, le mérite des jeûnes, des austéri-tés, le célibat, etc.; cétait, vous lavez vu, lobjetdes écrits de Vigilance; 4° enfin, la prolongation dela lutte du christianisme contre le paganisme et lejudaïsme; elle a encore inspiré les deux dialoguesdu moine Évagre, entre le juif Simon et le chrétienThéophile, le chrétien Zaehée et le philosophe Apol-lonius.

De ces questions, le pélagianisme est de beaucoupla plus importante : il a été la grande affaire intel-lectuelle de lÉglise au v* siècle, comme larianismelavait été au iv'. Cest de son histoire que nous nousoccuperons spécialement aujourdhui.

Personne nignore quil sagit, dans cette contro-verse, du libre arbitre et de la grâce, cest-â-dire desrapports de la liberté de lhomme avec la puissancedivine, de linfluence de Dieu sur lactivité moralede lhomme.

Permettez quavant den aborder lhistoire, jindi-que la méthode que je me propose dy porter.

Au seul énoncé de cette question, vous voyezquelle nest particulière, ni au v' siècle, ni au chris-tianisme; cest un problème universel, de tous lestemps, de tous les lieux, que toutes les religions,toutes les philosophies ont posé et tenté de résoudre.

Il se rapporte donc évidemment à des faits morauxprimitifs,universels, inhérents à la nature humaine,et que lobservation doit y reconnaître. Je recher-cherai dabord ces faits; jessayerai de démêler danslhomme en général, indépendamment de toute con-sidération de temps, de lieu, de croyance particu-lière, les éléments naturels, la matière première,pour ainsi dire, de la controverse pélagienne. Jemettrai ces faits en lumière, sans y rien ajouter, sansen rien retrancher, sans les discuter, uniquementappliqué à les constater et à les décrire.

Je montrerai ensuite quelles questions découlentnaturellement des faits naturels, quelles difficultés,quelles controverses se peuvent élever à leur occa-sion, toujours indépendamment de toute circon-stance particulière de temps, de lieu, dètat social.

Cela fait et, si je puis mexprimer ainsi, le côtégénéral, théorique, de la question une fois bien éta-bli, je déterminerai sous quel point de vue spécialces faits moraux ont être considérés au v* siècle,par les défenseurs des diverses opinions en débat.

Enfin, après avoir ainsi expliqué de quelles sour-ces et sous quels auspices est le pélagianisme,je raconterai son histoire ; je tenterai de suivre, dansleurs rapports et leur progrès, les idées principalesquil a suscitées, pour faire bien connaître quel étaitlétat des esprits au moment séleva cette grande