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Cours d'histoire moderne / par M. Guizot. / Histoire générale de la civilisation en Europe, depuis la chute de l'Empire romain jusqu'à la Révolution française
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CINQUIÈME LEÇON.

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controverse, ce quelle en fit, et à quel point elle leslaissa.

Je vous demande, messieurs, votre plus scrupu-leuse attention, surtout dans lexamen des faits mo-raux auxquels la question se rattache : ils sont diffi-ciles à bien reconnaître, à énoncer avec précision;je voudrais que rien ne leur manquât en clarté et encertitude, et à peine ai-je le temps de les montreren passant.

Le premier, celui qui fait le fond de toute la que-relle, cest la liberté, le libre arbitre, la volontéhumaine. Pour connaître exactement ce fait, il fautle dégager de tout élément étranger, le réduire stric-tement à lui-même. Cest, je crois, faute de ce soinquon la si souvent mal compris; on ne sest pointplacé en face du fait de la liberté, et de celui-seul ; on la vu et décrit, pour ainsi dire, pêle-mêleavec dautres faits qui lui tiennent de très-près dansla vie morale, mais qui nen diffèrent pas moinsessentiellement. Par exemple, on a fait consister laliberté humaine dans le pouvoir de délibérer et dechoisir entre les motifs daction ; la délibération etle jugement qui la suit ont été considérés commelessence du libre arbitre. Il nen est rien. Ce sont des actes dintelligence et non de liberté; cestdevant lintelligence que comparaissent les différentsmotifs daction, intérêts, passions, opinions ou au-tres; elle les considère, les compare, les évalue, lespèse, et enfin les juge. Cest un travail prépara-toire, qui précède lacte de volonté, mais ne le con-stitue en aucune façon. Quand la délibération a eulieu, quand lhomme a pris pleine connaissance desmotifs qui se présentent à lui, et de leur valeur,alors survient un fait tout nouveau, tout différent,le fait de la liberté; lhomme prend une résolution,cest-à-dire commence une série de faits qui ont enlui-même leur source, dont il se regarde commelauteur, qui naissent parce quil le veut, qui nenaîtraient pas sil ne voulait pas , qui seraient au-tres sil les voulait produire autrement. Écartez toutsouvenir de la délibération intellectuelle, des mo-tifs connus et appréciés; concentrez votre pensée etcelle de lhomme qui prend une résolution sur lemoment même il la prend, il dit : « Je veux,je ferai, » et demandez-vous, demandez-lui à lui-même sil ne pourrait pas vouloir et faire autre-ment. A coup sûr, vous répondrez, il vous répon-dra : a Oui. » Ici se révèle le fait de la liberté : ilréside tout entier dans la résolution que prendlhomme à la suite de la délibération : cest la réso-lution qui est lacte propre de lhomme, qui subsistepar lui et par lui seul; acte simple, indépendantde tous les faits qui le précèdent ou lentourent;identique dans les circonstances les plus diverses ;

toujours le même, quels que soient ses motifs et sesrésultats.

Lhomme voit cet acte, messieurs, tout commeil le produit ; il se sait libre ; il a conscience de saliberté. La conscience est cette faculté qua lhommede contempler ce qui se passe en lui, dassister àsa propre existence, dêtre, pour ainsi dire, spec-tateur de lui-même. Quels que soient les faits quisaccomplissent dans lhomme, cest par le fait deconscience quils se révèlent à lui; la conscience at-teste la liberté, comme la sensation, comme la pen-sée ; lhomme se voit, se sait libre, comme il se voit,comme il se sait sentant, rélléchissant, jugeant. Ona souvent essayé, on essaye encore aujourdhui dé-tablir, entre ces faits divers, je ne sais quelle in-égalité de clarté, de certitude; on sélève contre cequon appelle la prétention dintroduire dans lascience des faits inouïs, obscurs, les faits de con-science : la sensation, la perception, dit-on, voilàqui est clair, avéré; mais les faits de conscience,sont-ils? quels sont-ils? Je ne crois pas avoir besoindinsister longtemps, messieurs : la sensation, laperception sont des faits de conscience tout commela liberté : l'homme les aperçoit de la même ma-nière, avec le même degré de lumière et de certi-tude. Il peut prêter son attention à certains faits deconscience plutôt quà certains autres, et oublierou méconnaître ceux quil ne regarde point : lopi-nion à laquelle je fais allusion dans ce moment enest la preuve; mais quand il sobserve dune manièrecomplète, quand il assiste, sans en rien perdre, auspectacle de sa vie intérieure, il a peu de peine àse convaincre que toutes les scènes se passent sur lemême théâtre, et lui sont connues au même titre,par la même voie.

Je désire, messieurs, que le fait de la libertéhumaine, ainsi réduit à sa nature propre et dis-tinctive , demeure bien présent à votre pensée, carsa confusion avec dautres faits limitrophes, maisdifférents, a été lune des principales causes detrouble et de débat dans la grande controverse dontnous avons à nous occuper.

Un second fait également naturel, également uni-versel, a joué dans cette controverse un rôle consi-dérable.

En même temps que lhomme se sent libre, quilse reconnaît la faculté de commencer, par sa volontéseule, une série de faits, en même temps il recon-naît que sa volonté est placée sous lempire dunecertaine loi qui prend, selon les occasions auxquelleselle sapplique, des noms différents, loi morale,raison, bon sens, etc. Il est libre; mais, dans sapropre pensée, sa liberté nest point arbitraire; il| en peut user dune façon insensée, injuste, coupa-