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Cours d'histoire moderne / par M. Guizot. / Histoire générale de la civilisation en Europe, depuis la chute de l'Empire romain jusqu'à la Révolution française
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CINQUIÈME LEÇON.

lacte libre, linfluence des circonstances indépen-dantes de la volonté est immense; mais cest lechamp elle sexerce ; le fait intérieur placé entrela délibération et laction extérieure, le fait de la li-berté reste le même, et saccomplit pareillement aumilieu des éléments les plus divers.

Jarrive au quatrième et dernier des grands faitsmoraux quil est indispensable de bien connaîtrepour comprendre lhistoire du pélagianisme. Jenpourrais énumérer beaucoup dautres; mais ils sontde moindre importance; ils découlent évidemmentde ceux que je mets ici en lumière, et je nai pas letemps de my arrêter.

Certains changements, certains événements mo-raux saccomplissent et se déclarent dans lhommesans quil en rapporte lorigine à un acte de sa vo-lonté, sans quil sen reconnaisse lauteur.

Au premier aspect, lassertion étonne peut-êtrequelques personnes; permettez-moi, messieurs, deléclaircir davance par lexemple de faits analogues,mais plus fréquents, qui ont lieu dans le domainede lintelligence, et sont plus faciles à saisir.

Il ny a personne à qui il ne soit arrivé de cher-cher laborieusement quelque idée, quelque souve-nir ; de sendormir au milieu de cette recherchesans y avoir réussi, et le lendemain, à son réveil,datteindre sur-le-champ au but. Il ny a point dé-colier qui, ayant commencé à étudier sa leçon, nese soit couché sans la savoir, et le matin, en se le-vant , ne lait apprise presque sans travail. Je pour-rais citer beaucoup de faits de ce genre; je choisisces deux- comme les plus incontestables et les plussimples.

Jen tire cette seule conséquence : indépendam-ment de lactivité volontaire et réfléchie de la pen-sée, un certain travail intérieur et spontané sac-complit dans lintelligence de lhomme, travail quenous ne gouvernons pas, dont nous ne contemplonspas le cours, et pourtant réel et fécond.

Il ny a rien détrange : chacun de nous apporteen naissant une nature intellectuelle qui lui est pro-pre. Lhomme gouverne et modifie, perfectionne oudégrade par sa volonté son être moral; mais il ne lecrée point; il la reçu, et la reçu doué de certainesdispositions individuelles, dune force spontanée.La diversité native des hommes, sous le point devue moral comme sous le point de vue physique,nest pas contestable. Or, de même que la naturephysique de chaque homme se développe spontané-ment et par sa propre vertu, de même, quoiquàun degré fort inégal, il sopère dans la nature intel-lectuelle, mise en mouvement par ses relations avecle monde extérieur ou par la volonté de lhommelui-même, un certain développement involontaire,

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inaperçu, et, pour me servir dun mot dont je nevoudrais pas quon tirât aucune conséquence, maisqui exprime figurément ma pensée, je ne sais queltravail de végétation qui porte naturellement desfruits.

Ce qui arrive dans lordre intellectuel, messieurs,arrive également dans lordre moral. Certains faitssurviennent dans lintérieur de lame humaine,quelle ne sattribue pas, dont elle ne se rend pasraison par sa propre volonté; certains jours, à cer-tains moments elle se trouve dans un autre état mo-ral que celui elle sétait laissée, elle se con-naissait. Elle ne remonte pas jusquà la source deses changements; elle ny a point assisté et ne sesouvient pas dy avoir concouru. En dautres termes,lhomme moral ne se fait pas lui-même tout entier;il a le sentiment que des causes, des puissances ex-térieures à lui, agissent sur lui et le modifient àson insu ; il y a pour lui, dans sa vie morale commedans lensemble de sa destinée, de linexplicable, delinconnu.

Et il nest pas nécessaire, pour se convaincre dece fait, davoir recours à ces grandes révolutionsmorales, à ces changements subits, éclatants, quelâme humaine peut quelquefois éprouver, mais aux-quels limagination des narrateurs ajoute beaucoup,et quil est difficile de bien apprécier. Il suffit, jecrois, de regarder en soi-même pour y découvrirplus dun exemple de ces modifications involontai-res; et chacun de vous, en observant sa vie inté-rieure, reconnaîtra sans peine, si je ne mabuse,que les vicissitudes, les développements de son êtremoral ne sont pas tous le résultat, soit dactes de savolonté, soit de circonstances extérieures quil con-naisse et qui les lui expliquent.

Tels sont, messieurs, les principaux faits morauxauxquels se rapporte la controverse pélagienne ; lesvoilà sans aucun mélange dévénements historiques,de circonstances particulières, tels que nous leslivre la nature humaine, simple, universelle. Vousvoyez sur-le-champ que, de ces faits seuls, toujoursabstraction faite de tout élément spécial et acciden-tel, résulte une multitude de questions, et que plusdun grand débat peut sélever à leur sujet. Et da-bord , on peut en contester la réalité : ils ne cou-rent pas tous également ce péril; le fait de la libertéhumaine, par exemple, est plus évident, plus irré-sistible quaucun autre; on la méconnu cependant;on peut tout méconnaître ; il ny a point de bornesau champ de lerreur.

En admettant même ces faits, en les reconnais-sant , on peut se tromper sur la place que chacunoccupe, sur le rôle que chacun joue dans la vie mo-rale; on peut mesurer inexactement leur étendue,