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Cours d'histoire moderne / par M. Guizot. / Histoire générale de la civilisation en Europe, depuis la chute de l'Empire romain jusqu'à la Révolution française
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CIVILISATION EN FRANCE.

leur importance; on peut faire trop grande ou troppetite la part de la liberté, des circonstances exté-rieures, de la faiblesse de la volonté, des influencesinconnues, etc.

On peut aussi tenter dexpliquer les faits, et va-rier prodigieusement dans les explications. Sagit-il, par exemple, de ces changements involontaires,inaperçus, qui surviennent dans létat moral delhomme? On dira que lànie est inattentive, quellene se souvient pas de tout ce qui se passe en elle-même, quelle a probablement oublié tel acte de vo-lonté, telle résolution, telle impression qui a produitces conséquences dont elle na pas tenu le fil, ni ob-servé le développement. Ou bien, on aura recours,pour expliquer ces faits obscurs de la vie morale, àune action directe, spéciale, de Dieu sur lâme, àun rapport permanent entre laction de Dieu et lac-tivité de lhomme.

Enfin on peut tenter de concilier entre eux cesfaits de diverses manières ; on peut les réduire ensystème selon tel ou tel principe, les rapporter àtelle ou telle doctrine générale sur la nature et ladestinée de lhomme et du monde, etc. Ainsi, parune foule de causes, mille questions peuvent naîtrede la nature seule des faits qui nous occupent. Ussont, à les prendre en eux-mêmes et dans leur gé-néralité, un sujet fécond en débats.

Que sera-ce si des causes particulières, locales,momentanées, viennent encore faire varier le pointde vue sous lequel on les considère, modifier la con-naissance quen prend lesprit humain, le diriger,à leur égard, dans un sens plutôt que dans un au-tre, mettre en lumière ou dans lombre, grossir ouatténuer tel ou tel fait? Cest ce qui arrive toujours,ce qui est arrivé au v c siècle. Jai essayé de remon-ter avec vous aux origines naturelles et purementmorales de la controverse pélagienne fil faut main-tenant que nous considérions ses origines histori-ques; elles ne sont pas moins nécessaires pour labien comprendre.

Il était impossible que, dans le sein de lÉglisechrétienne, les faits moraux que je viens de décrirene fussent pas considérés sous des points de vue di-vers.

Le christianisme a été une révolution essentielle-ment pratique, point une réforme scientifique, spé-culative. Il sest surtout proposé de changer létatmoral, de gouverner la vie des hommes, et non-seulement de quelques hommes, mais des peuples,du genre humain tout entier.

Cétait, messieurs, une prodigieuse nouveauté :la philosophie grecque, du moins depuis lépoque son histoire devient claire et certaine, avait étéessentiellement scientifique, bien plus appliquée à

la recherche de la vérité quà la réforme et au gou-vernement des mœurs. Deux écoles seules avaientpris une direction un peu différente ; les Stoïcienset les Néoplatoniciens se proposaient formellementdexercer une influence morale, de régler la con-duite aussi bien que déclairer lintelligence : maisleur ambition, sous ce rapport, se bornait à un pe-tit nombre de disciples, à une sorte daristocratie in-tellectuelle.

Ce fut au contraire la prétention spéciale et ca-ractéristique du christianisme, dêtre une réformemorale et une réforme universelle, de gouvernerpartout, au nom de ses doctrines, la volontç et lavie.

De, messieurs, pour les chefs de la sociétéchrétienne, une disposition presque inévitable : entreles faits moraux qui constituent notre nature, ilsdevaient sattacher surtout à mettre en lumière ceuxqui sont propres à exercer une influence réforma-trice, qui entraînent promptement des effets prati-ques. Vers ceux- devait se porter de préférencelattention des grands évêques, des Pères de lEglise,car ils y puisaient les moyens de faire poursuivre auchristianisme sa carrière, daccomplir eux-mêmesleur mission.

Il y a plus : le point dappui de la réforme mo-rale chrétienne était la religion ; cétait dans les idéesreligieuses, dans les rapports de lhomme avec laDivinité, de la vie actuelle avec la vie future, quelleprenait sa force. Ses chefs devaient donc préférer etfavoriser aussi, dans les faits moraux, ceux dont latendance est religieuse, qui touchent au côté reli-gieux de notre nature, et sont, pour ainsi dire, pla-cés sur la limite des devoirs actuels et des espé-rances futures, de la morale et de la religion.

Enfin les besoins et les moyens daction du chris-tianisme pour opérer la réforme morale et gouvernerles hommes, variaient nécessairement avec les tempset les situations : il fallait sadresser, pour ainsidire, dans l'âme humaine, tantôt à tel fait, tantôtà tel autre; aujourdhui à une certaine disposition,demain à une disposition différente. Il est évident,par exemple, quau i" et au v e siècle la lâche deschefs de la société religieuse nétait pas la même etne pouvait saccomplir par les mêmes voies. Le faitdominant au i" siècle était la lutte contre le paga-nisme, le besoin de renverser un ordre de chosesodieux au nouvel état de lâme, le travail, en unmot, de la révolution, de la guerre. Il fallait en ap-peler incessamment à lesprit de liberté, dexamen,au déploiement énergique de la volonté; cétait lefait moral que la société chrétienne invoquait, dé-ployait à toute heure, en toute occasion.

Au v* siècle, la situation était autre; la guerre