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Cours d'histoire moderne / par M. Guizot. / Histoire générale de la civilisation en Europe, depuis la chute de l'Empire romain jusqu'à la Révolution française
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CIVILISATION EN FRANCE.

découvre plus, dans lhistoire, aucune trace de-lage. Le nom de Célestius se rencontre encore quel-quefois, jusque vers 427; il disparaît alors. Cesdeux hommes une fois hors de la scène, leur écoledécline rapidement. Lopinion de saint Augustin,adoptée par les conciles, par les papes, par lauto-rité civile, devient la doctrine générale de lÉglise.Mais la victoire devait lui coûter encore quelquescombats ; le pélagianisme mourant laissant un héri-tier ; les semi-pélagiens rengagèrent aussitôt lalutte quil ne pouvait plus soutenir.

Dans le midi de la Gaule, au sein des monastèresde Lérins et de Saint-Victor, alors le refuge des har-diesses de la pensée, il parut à quelques hommes,entre autres au moine Cassien, dont je vous ai déjàparlé, que le tort de Pélage avait été dêtre tropexclusif, et de ne pas tenir assez de compte de tousles faits relatifs à la liberté humaine et à son rap-port avec la puissance divine. Linsuffisance de lavolonté de lhomme, par exemple, la nécessité dunsecours extérieur, les révolutions morales qui so-pèrent dans Pâme et ne sont pas son ouvrage,étaient des faits réels, importants, et quil ne fal-lait ni contester, ni seulement négliger. Cassien lesadmit pleinement, hautement, rendant ainsi à ladoctrine du libre arbitre quelque chose de ce ca-ractère religieux que Pélage et Célestius avaienttant affaibli. Mais, en même temps, il contesta,plus ou moins ouvertement, plusieurs des idées desaint Augustin, entre autres son explication de laréforme morale et de la sanctification progressivede lhomme. Saint Augustin les attribuait à lactiondirecte, immédiate, spéciale de Dieu sur lâme, àla grâce proprement dite, grâce à laquelle lhommenavait, par lui-même, aucun titre, et qui provenaitdu don absolument gratuit, du libre choix de laDivinité. Cassien accorda plus defficacité aux mé-rites de lhomme même, et soutint que son amélio-ration morale était en partie lœuvre de sa proprevolonté, qui attirait sur lui le secours divin, et pro-duisait, par un enchaînement naturel, bien que sou-vent inaperçu, les changements intérieurs auxquelsse faisait reconnaître le progrès de la sanctification.

Tel fut, entre les semi-pélagiens et leur redouta-ble adversaire, le principal sujet de la controverse :elle commença vers 428, à la suite des lettres deProsper dAquitaine et dIIilaire, qui sétaient hâtésdinformer saint Augustin que le pélagianisme re-naissait sous une nouvelle forme. Lévêque dIIipponeécrivit sur-le-champ un nouveau traité intitulé : Deprœdestinatione sanctorum et de dono perseveran-tiœ ; Prosper publia son poème contre les ingrats;et la guerre des pamphlets et des lettres reprit touteson activité.

Saint Augustin mourut en 450; saint Prosper etHilaire restèrent seuls chargés de poursuivre sonœuvre. Ils allèrent à Rome et firent condamner lessemi-pélagiens par le pape Célestin. Quelque mo-difiée que fût cette doctrine, elle était peu favora-ble dans lÉglise; elle reproduisait une hérésie déjàvaincue; elle affaiblissait, bien quà un moindredegré, le ressort religieux de la morale et du gou-vernement; elle était en désaccord avec le coursgénéral des idées, qui tendait à faire, en toute occa-sion, à lintervention divine, la plus large part;elle serait tombée presque sans résistance, si unedoctrine directement contraire, celle des prédesti-nations, nétait venue lui prêter quelques momentsde force et de crédit.

Des écrits de saint Augustin sur limpuissance dela volonté humaine, la nullité de ses mérites et lanature parfaitement libre et gratuite de la grâce di-vine, quelques logiciens intraitables déduisirent laprédestination de tous les hommes et lirrévocabi-lité des décrets de Dieu sur le sort éternel de cha-cun. Les premières manifestations de cette doctrineau v' siècle sont obscures et douteuses; mais dèsquelle parut, elle choqua le bon sens et léquitémorale de la plupart des chrétiens. Aussi les semi-pélagiens sempressèrent-ils de la combattre et deprésenter leurs idées comme le contre-poison natu-rel dune telle erreur. Tel fut surtout le caractèreque sefforça dimprimer au semi-pélagianisme, verslan 445, lévêque de Riez, Fauste, que jai déjànommé et dont je parlerai plus tard avec détail. Ilse présenta comme une sorte de médiateur entre lespélagiens et les prédestinatiens. Il faut, disait-il,dans la question de la grâce de Dieu et de lobéis-sance de lhomme, tenir la voie moyenne, et nin-cliner ni à droite ni à gauche; selon lui, Pélage etsaint Augustin avaient été lun et lautre trop exclu-sifs : lun accordait trop à la liberté humaine et pasassez à laction de Dieu ; lautre oubliait trop la li-berté humaine. Cette espèce de transaction obtintdabord dans lEglise gauloise beaucoup de faveur;deux conciles réunis, lun à Arles en 472, lautre àLyon en 473, condamnèrent formellement les pré-destinatiens, et chargèrent Fauste de . er untraité quil avait écrit contre eux, intitulé : De lagrâce et de la liberté de la volonté humaine, en luiordonnant même dy ajouter quelques développe-ments. Mais ce ne fut, pour le semi-pélagianisme,quun jour de répit, une lueur de fortune, et il netarda pas à retomber dans son discrédit.

De son vivant déjà, saint Augustin avait été ac-cusé de conduire à la doctrine de la prédestination,à la complète abolition du libre arbitre, et senétait énergiquement défendu. Il se trompait, je