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Cours d'histoire moderne / par M. Guizot. / Histoire générale de la civilisation en Europe, depuis la chute de l'Empire romain jusqu'à la Révolution française
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HUITIÈME LEÇON.

au moins ce quelle devint bientôt. Les évêquesétaient, vous le savez, les chefs naturels des villes;ils administraient le peuple dans lintérieur de cha-que cité; ils le représentaient auprès des Barbares;ils étaient ses magistrats au dedans, ses protecteursau dehors. Le clergé avait donc dans le régime mu-nicipal, cest-à-dire dans ce qui restait de la sociétéromaine, de profondes racines. Il en poussa bientôtailleurs : les évêques devinrent les conseillers desrois barbares. Ils les conseillèrent sur la conduitequils avaient à tenir avec les peuples vaincus, surce quils devaient faire pour devenir les héritiersdes empereurs romains. Ils avaient beaucoup plusdexpérience et dintelligence politiqueque les Bar-bares à peine sortis de Germanie; ils avaient le goûtdu pouvoir; ils étaient accoutumés à le servir et à enprofiter. Us furent donc les conseillers de la royauténaissante, en restant les magistrats et les patrons dela municipalité encore debout.

Les voilà établis, dune part, auprès du peuple,de lautre, auprès des trônes. Ce nest pas tout; unetroisième situation commence bientôt pour eux; ilsdeviennent de grands propriétaires; ils entrent danscette organisation hiérarchique de la propriété fon-cière, qui nexistait pas encore, mais tendait à seformer; ils travaillent et réussissent très-prompte-ment à y occuper une grande place. En sorte quàcette époque, dans les premiers rudiments de la so-ciété nouvelle, déjà lÉglise tient à tout, est partoutaccréditée et puissante; symptôme assuré quelle at-teindra la première à la domination. Ce fut, en effet,ce qui arriva.

Tels étaient, messieurs, à la fin du vi' et au com-mencement du vu' siècle, les trois grands faits,

encore cachés, visibles pourtant, par lesquels san-nonçait le nouvel ordre social. Il est, je crois, im-possible de les méconnaître; mais, en les reconnais-sant, sachez bien quaucun navait encore pris laplace ni la forme quil devait garder. Toutes chosesétaient encore mêlées et confondues à tel point quileût été impossible à lœil le plus clairvoyant de dis-cerner quelques traits de lavenir. Jai déjà eu occa-sion de le dire, et, dans vos lectures, vous avez puvous en convaincre; il ny a aucun système, aucuneprétention moderne qui nait trouvé, dans ces ori-gines de notre société, de quoi se légitimer. Laroyauté sy est vue souveraine, unique héritière delempire romain. Laristocratie féodale a dit que,dès lors, elle possédait le pays tout entier, hommeset terres; les villes, quelles avaient succédé à tousles droits des municipalités romaines; le clergé, quilavait partagé tous les pouvoirs. Cette singulière épo-que sest prêtée à tous les besoins de lesprit de parti,à toutes les hypothèses de la science; elle a fournides arguments et des armes aux peuples, aux rois,aux grands, aux prêtres, à la liberté comme à laris-tocratie, à laristocratie comme à la royauté.

Cest quen effet, messieurs, elle portait dans sonsein toutes choses, la théocratie, la monarchie, loli-garchie, la république, les constitutions mixtes; ettoutes choses dans un état de confusion qui a permisà chacun dy voir tout ce qui lui convenait. La fer-mentation obscure et déréglée des débris de lan-cienne société, tant germaine que romaine, et le pre-mier travail de leur transformation en éléments dela société nouvelle, tel est le véritable état de laGaule aux vi* et va' siècles, le seul caractère quonpuisse lui assigner.