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Cours d'histoire moderne / par M. Guizot. / Histoire générale de la civilisation en Europe, depuis la chute de l'Empire romain jusqu'à la Révolution française
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CIVILISATION EN FRANCE.

aux vi et vii siècles, quelle navait été dans les siè-cles précédents. Les magistrats municipaux devin-rent des magistrats politiques ; et levêque qui, sousdes formes plus ou moins arrêtées, par des moyensplus ou moins directs, se trouvait en quelque sorteleur chef, eut la première part dans cette élévationgénérale et inaperçue vers une sorte de souveraineté,tandis quailleurs le pouvoir épiscopal ne dépassaitpas les limites dune étroite et douteuse adminis-tration.

Ainsi, à litre de propriétaires, de conseillers dusouverain et de magistrats populaires, les évêquesde Rome eurent en partage les meilleures chances;et pendant que les circonstances religieuses ten-daient à laccroissement de leur pouvoir, les circon-stances politiques eurent le même résultat, les pous-sèrent dans les mêmes voies. Aussi, dans le coursdes vi et vu' siècles, la papauté parvint-elle enItalie à un degré dimportance quelle était bien loinde posséder auparavant; et bien quelle fût, à la finde cette époque, assez étrangère à la Gaule-Franque,bien que ses relations, soit avec les rois, soit avecle clergé franc, fussent devenues rares, tel était ce-pendant son progrès général quen remettant le pieddans la monarchie et lÉglise franque, elle ne pou-vait manquer dy paraître avec une force et un créditsupérieur à toute rivalité.

Voilà donc, messieurs, deux puissances nouvellesqui se sont formées et affermies au milieu de ladissolution générale : dans lÉtat franc , les mairesdu palais dAuslrasie; dans lÉglise chrétienne, lespapes; voilà deux principes actifs, énergiques, quisemblent se disposer à prendre possession, lun dela société civile, lautre de la société religieuse, etcapables dy tenter quelque travail dorganisation ,dy rétablir quelque gouvernement.

Ce fut, en effet, par linfluence de ces deux prin-cipes et de leur alliance quéclata, au milieu duviii' siècle, la crise dont nous cherchons le carac-tère et le sens. Nous les avons vus naître et grandirchacun de son côté : comment se rapprochèrent etsunirent-ils?

Depuis le v' siècle, la papauté sétait mise à latête de la conversion des païens. Le clergé des di-vers États dOccident, occupé soit de ses devoirs re-ligieux locaux, soit de ses intérêts temporels, avaità peu près abandonné cette grande entreprise : lesmoines seuls, plus désintéressés et plus oisifs, con-tinuaient à sen occuper avec ardeur. Lévêque deRome se chargea de les diriger et ils 1àcceptèrcnten général pour chef. A la fin du vi' siècle, Grégoirele Grand accomplit la plus importante de ces con-versions, celle des Anglo-Saxons établis dans laGrande-Bretagne. Bar ses ordres, des moines ro-

mains partirent pour lentreprendre. Ils commencè-rent par le pays de Kent, et Augustin, lun dentreeux, fut le premier archevêque de Cantorbéry. LÉ-glise anglo-saxonne se trouva ainsi, en Occident, laseule qui, au vu siècle, dût son origine à lEgliseromaine. LItalie, lEspagne, les Gaules étaient de-venues chrétiennes sans le secours de la papauté;leurs Eglises ne tenaient à celle de Rome par au-cune puissante filiation; elles étaient ses sœurs, nonses filles. La Grande-Bretagne, au contraire, reçutde Rome sa foi et ses premiers prédicateurs. Aussiétait-elle, à celte époque, bien plus quaucune autreÉglise dOccident, en correspondance habituelleavec les papes, dévouée à leurs intérêts, docile àleur autorité. Par une conséquence naturelle, etaussi à cause de la similitude des idiomes, ce futsurtout avec des moines anglo-saxons que les papesentreprirent la conversion des autres peuples païensde lEurope, entre autres des Germains. Il suffit deparcourir les vies des saints des vii et vin siècles,pour se convaincre que la plupart des missionnairesenvoyés aux Bavarois, aux Frisons, aux Saxons,Willibrod, Rupert, Willibald, Winfried, venaientde la Grande-Bretagne. Ils ne pouvaient travailler àcette œuvre sans entrer en relation fréquente avecles Francs dAustrasie et leurs chefs. Les Auslra-siens touchaient de toutes parts aux peuples doutre-Rhin, luttaient sans cesse pour les empêcher dinon-der de nouveau lOccident. Ne fût-ce que pourpénétrer dans ces contrées barbares, les mission-naires avaient besoin de traverser leur territoire etdobtenir leur appui. Aussi ne manquaient-ils pasde le réclamer. Grégoire le Grand ordonna auxmoines mêmes quil envoyait dans la Grande-Bre-tagne, de passer par lAuslrasie, et les recommandaaux deux rois Théodoric et Théodebert, qui ré-gnaient alors à Châlons et à Metz. La recommanda-tion fut bien plus nécessaire et plus pressante quandil sagit daller convertir les peuplades germaines.Les chefs auslrasiens de leur côté, Arnoul, Pépinde Herslall, Charles-Martel, ne tardèrent pas àpressentir quels avantages pouvaient avoir pour euxde tels travaux. En devenant chrétiennes, ces peu-plades incommodes devaient se fixer, subir quelqueinfluence régulière, entrer du moins dans la voie dela civilisation. Les missionnaires, dailleurs, étaientdexcellents explorateurs de ces contrées avec les-quelles les communications étaient si difficiles; onpouvait se procurer, par leur entremise, des ren-seignements, des avis; trouver daussi habilesagents, daussi utiles alliés? Aussi lalliance fut-ellebientôt conclue. Cest en Austrasie que les mission-naires qui se répandent en Germanie ont leur prin-cipal point dappui; cest de quils partent,