Buch 
Cours d'histoire moderne / par M. Guizot. / Histoire générale de la civilisation en Europe, depuis la chute de l'Empire romain jusqu'à la Révolution française
Entstehung
JPEG-Download
 

297

DIX-NEUVIEME LEÇON.

lettres au pape la laissent plusieurs fois entrevoir,quon le voit entre autres charger son discipleLulle dentretenir le pape daffaires importantes surlesquelles il aime mieux ne pas lui écrire. Enfin,en 751 :

Burchard , évêque de Würlzbourg, et Fulrad, prêtre cha-pelain, furent envoyés à Rome au pape Zacharie, afin de con-sulter le pontife touchant les rois qui étaient alors en France ,et qui n'en avaient encore que le nom sans en avoir aucune-ment la puissance. le pape répondit, par un messager, qu'ilvalait mieux que celui qui possédait déjà lautorité de roi lefut en effet, et donnant son plein assentiment, il enjoignit queFepin fût fait roi... Pépin fut donc proclamé roi des Francs,et oint, pour cette haute dignité, de Ponction sacrée par lasainte main de Boniface, archevêque et martyr dheureusemémoire, et élevé sur le trône, selon la coutume des Francs,dans la ville de Soissons. Quant à Childéric, qui se parait dufaux nom de roi, Pépin le fit raser et mettre dans un monas-tère (1).

Telle fut, messieurs, la marche progressive decette révolution ; telles en furent les causes indi-rectes et véritables. On la représentée dans cesderniers temps (2) (et jai moi-même contribué àrépandre cette idée (3) ), comme une nouvelle in-vasion germanique, comme une seconde conquêtede la Gaule par les Francs dAustrasie, bien plusBarbares, plus Germains que les Francs de Neustrie,qui sétaient peu à peu fondus avec les Romains.Tel a été, en effet, le résultat, et, pour ainsi dire,le caractère extérieur de lévénement; mais ce quile caractérise ne suffit point à lexpliquer; il a eudes causes plus lointaines et plus profondes que lacontinuation ou le renouvellement de la grande in-

(1) Annale* dÊginhard, t. ni, p. 4, dans ma Collection des Mémoiresrelatifs à VHistoire de France .

vasion germaine. Je viens de les mettre sous vosyeux. La société civile gallo-franque était dans unecomplète dissolution; aucun système, aucun pou-voir nétait parvenu à sy établir, et à la fonder enla réglant. La société religieuse était tombée à peuprès dans le même état. Deux principes de régéné-ration sétaient développés peu à peu : chez lesFrancs dAustrasie, la mairie du palais; à Rome,la papauté. Ces puissances nouvelles se trouvèrentnaturellement rapprochées par lentreprise de laconversion des peuplades germaniques, à laquelleelles avaient un intérêt commun. Les missionnaires,et spécialement les missionnaires anglo-saxons, fu-rent les agents de ce rapprochement. Deux circon-stances particulières, le péril que les Lombards fai-saient courir à la papauté, et le besoin queut Pépindu pape pour faire sanctionner son titre de roi, enfirent une étroite alliance. Elle éleva dans la Gauleune nouvelle race de souverains, détruisit en Italiele royaume des Lombards, et poussa la sociétégallo-franque, civile et religieuse, dans une routequi tendait à faire prévaloir dans lordre civil laroyauté, dans lordre religieux la papauté. Tel vousapparaîtra en effet le caractère des essais de civili-sation tentés en France par les Carlovingiens, cest-à-dire par Charlemagne, vrai représentant de celledirection nouvelle, quoiquil ait échoué dans sesdesseins, et nait fait que jeter, pour ainsi dire, unpont entre la barbarie et la féodalité. Cette secondeépoque, messieurs, lhistoire de la civilisation enFrance sous les Carlovingiens, dans ses phases di-verses, sera lobjet de la seconde partie de ce cours.{Applaudissements.) ,

(2) Histoire des Français , par M. de Sismondi,t. u , p. -168-171.

(3) V, mes Essais sur lHistoire de France, 3e Essai, p. 07-85.