VINGTIÈME LEÇON.
disparu; mais il n’en a pas été ainsi du gouverne-ment local, de ces ducs , comtes, vicaires, cente-niers, bénéficiers, vassaux, qui, sous Charlemagne,en exerçaient les pouvoirs. Avant lui, le désordren'était pas moindre dans chaque localité que dansl’État en général : les propriétés, les magistratureschangeaient sans cesse de main ; aucune régularité,aucune permanence dans les situations et les in-fluences locales. Pendant les quarante-six annéesde son gouvernement, elles eurent le temps de s’af-fermir sur le même sol, dans les mêmes familles;elles devinrent stables, première condition du pro-grès qui devait les rendre indépendantes, hérédi-taires , c’est-à-dire en faire les éléments du régimeféodal. Rien à coup sûr ne ressemble moins à laféodalité que l’unité souveraine à laquelle aspiraitCharlemagne; et pourtant c’est lui qui en a été levéritable fondateur : c’est lui qui, en arrêtant lemouvement extérieur de l’invasion, en réprimantjusqu’à un certain point le désordre intérieur, adonné aux situations, aux fortunes, aux influenceslocales, le temps de prendre vraiment possessiondu territoire et de ses habitants. Après lui, son gou-vernement général a péri comme ses conquêtes, lasouveraineté unique comme l’empire ; mais demême que l’empire s’est dissous en États particu-liers qui ont vécu d’une vie forte et durable, demême, la souveraineté centrale de Charlemagnes’est dissoute en une multitude de souverainetéslocales qui avaient puisé dans sa force et acquis,pour ainsi dire, sous son ombre, les conditions dela réalité et de la durée. En sorte que sous ce secondpoint de vue, et en pénétrant au delà des apparen-ces, il a beaucoup fait et beaucoup fondé.
Je pourrais vous le montrer, messieurs, accom-plissant et laissant dans l’Église des résultats ana-
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logues. Là aussi, il a arrêté la dissolution jusqu’àlui toujours croissante : là aussi, il a donné à lasociété le temps de se reprendre, d’acquérir quelqueconsistance et d’entrer dans de nouvelles voies.Mais l’heure me presse : il faut que je vous parleencore aujourd’hui de l’influence de Charlemagnedans l’ordre intellectuel, etdela place qu’a occupéeson règne dans l’histoire de l’esprithumain ; à peinepourrai-je vous en indiquer les principaux traits.
Il est encore plus difficile ici que partout ailleursde résumer les faits, et de les présenter en formede tableau. Les actes de Charlemagne en faveur dela civilisation morale ne forment aucun ensemble,ne se manifestent sous aucune forme systématique ;ce sont des actes isolés, épars, tantôt la fondationde certaines écoles, tantôt quelques mesures prisespour le perfectionnement des offices ecclésiastiqueset le progrès de la science qui en dépend ; ailleurs,des recommandations générales pour l’instructiondes clercs et des laïques; le plus souvent une pro-tection empressée pour les hommes distingués , etun soin particulier de s’en entourer. Il n’y a rien làde systématique, rien qu’on puisse apprécier par lesimple rapprochement des chiffres et des mots. Jevoudrais cependant, d’un seul coup et sans entrerencore dans des détails, mettre sous vos yeux quel-ques faits qui vous donnassent une idée de ce genred’action de Charlemagne dont on parle beaucoupplus qu’on ne la connaît. Il m’a paru qu’un tableaudes hommes célèbres morts ou nés sous son règne,c’est-à-dire des hommes célèbres qu’il a employéset de ceux qu’il a faits, atteindrait assez bien à cebut; cet ensemble de noms et de travaux peut êtrepris comme une preuve certaine, et même commeune mesure assez exacte de l’influence de Charle-magne sur les esprits.
TABLEAU DES HOMMES CÉLÈBRES NÉS OU MORTS SOUS LE RÈGNE DE CHARLEMAGNE.
NOM.
PATRIE.
NAISSANCE.
MORT.
ÉTAT.
OUVRAGES.
1° Atcuin (ilprit le nomd ’Albinus etle surnom deFlaccus).
Angleterre
(comté
d’York).
Vers 735
804
Chef de l’écoledu palais de Char-lemagne, abbé deSaint-Martin deTours.
Plus de 50 ouvrages, sa-voir : 1° Des Commentairessur l’Ecriture; 2° Des écritspolémiques, moraux et litté-raires; 3" Des écrits histori-ques, des lett. et des poésies.
2° Angilbert(surnommé
1 Homère).
Neustrie.
814
Premier conseil-ler de Pépin, roid’Italie, duc de laFrance maritime,de l’Esc, àla Seine,secrétaire de Char-lemagne, abbé deSaint-Riquier.
1° Des poésies; 2“ Une re-lation de ce qu’il avait faitpour son monastère depuis !qu’il en était abbé.