VINGTIÈME LEÇON.
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NOM.
PATRIE.
NAISSANCE.
MORT.
ÉTAT.
OUVRAGES.
18° St. Prudence(nom or. Galindo.)
Espagne.
861
ËvêquedeTroyes.
Des écrits théologiques,entre autres sur la prédesti-nation et contre Jean Ëri-gène.
1° Des écrits théologiques,entre autres sur la prédesti-nation ; 2° Des lettres ; 3° Unehistoire des Empereurs (per-due).
19° Servat-Loup.
Diocèse deSens.
862
Abbé de Ferrièresen Galinais.
20° Radbert(Paschase).
21» Ratramne.
Diocèse deSoissons.
863
Vers 868
Abbé de Corbie.
Moine à Corbie.
Des écrits théologiques,entre autres son ouvrage surle Sacrement de l’Autel, oule Corps et le Sang de J. C.
Des écrits théologiques,entre autres sur la trans-substantiation et la prédes-tination.
22° Gotlschalk.
23° Jean, dit Scotou Érigène.
Saxon.
Irlande.
869
Entre 872et 877
Moine à Orbais.
Ses écrits pour la prédes-tination.
Plusieurs ouvrages phi-losophiques, entre autres :
1» De la Prédestination Di-vine; 2° De la Division desNatures.
Certes, messieurs, un tel tableau suffit pourprouver qu’à celte époque, et sous l’étoile de Char-lemagne, l’activité intellectuelle fut grande. Rappe-lez-vous les temps dont nous sortons; rappelez-vousque, du vi' au vm' siècle, nous avons eu grand’peineà trouver quelques noms, quelques ouvrages; quedes sermons et des légendes sont presque les seulsmonuments que nous ayons rencontrés. Ici, aucontraire, vous voyez reparaître, et presque toutà coup, des écrits philosophiques , historiques, phi-lologiques, critiques; vous vous retrouvez en facede l’étude et de la science, c’est-à-dire de l’activitéintellectuelle pure, désintéressée, du mouvementpropre de l’esprit humain. Je vous entretiendraibientôt avec plus de détails de ces hommes et de cestravaux que je viens de nommer, et vous verrezqu’ils commencent bien réellement une époquenouvelle et méritent la plus sérieuse attention.
Maintenant, je vous le demande, messieurs, est-on en droit de dire que Charlemagne n’a rien fondé,que rien n’est resté de ses œuvres? A peine vousen ai-je fait entrevoir, comme dans un panoramafugitif, les principaux résultats; et pourtant leurpermanence s’y est révélée aussi clairement queleur grandeur. Il est évident que, par ses guerres,par son gouvernement, par son action sur les es-prits, Charlemagne a laissé les traces les plus pro-fondes; que si beaucoup des choses qu’il a faites ontdisparu avec lui, beaucoup d’autres lui ont survécu ;
que l’Europe occidentale en un mot est sortie de sesmains tout autre qu’il ne l’avait reçue.
Quel est le caractère général, dominant, de cechangement, de la crise à laquelle Charlemagne aprésidé?
Embrassez d’une seule pensée, messieurs, cettehistoire de la civilisation en France sous les roismérovingiens, que nous venons d’étudier : c’estl’histoire d’une décadence constante, universelle.Dans l’homme individuel comme dans la société ,dans la société religieuse comme dans la société ci-vile, partout nous avons vu s’étendre de plus en plusl’anarchie et l’impuissance; nous avons vu touteschoses s’énerver et se dissoudre, les institutions etles idées, ce qui restait du monde romain et ce queles Germains avaient apporté. Jusqu’au vm' sièclerien de ce qui était auparavant ne peut continuer àvivre; rien de ce qui semble poindre ne peut réussirà se fonder.
A partir de Charlemagne, la face des choseschange; la décadence s’arrête, le progrès recom-mence. Longtemps encore le désordre sera im-mense, le progrès partiel, ou peu sensible, ousouvent suspendu. N’importe : nous ne rencontre-rons plus ces longs siècles de désorganisation, destérilité intellectuelle toujours croissante : à tra-vers mille souffrances, mille lacunes, nous verronsla force et la vie renaître dans l’homme et la so-ciété. Charlemagne marque la limite à laquelle est