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Cours d'histoire moderne / par M. Guizot. / Histoire générale de la civilisation en Europe, depuis la chute de l'Empire romain jusqu'à la Révolution française
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VINGTIÈME LEÇON.

309

NOM.

PATRIE.

NAISSANCE.

MORT.

ÉTAT.

OUVRAGES.

18° St. Prudence(nom or. Galindo.)

Espagne.

861

ËvêquedeTroyes.

Des écrits théologiques,entre autres sur la prédesti-nation et contre Jean Ëri-gène.

1° Des écrits théologiques,entre autres sur la prédesti-nation ; 2° Des lettres ; 3° Unehistoire des Empereurs (per-due).

19° Servat-Loup.

Diocèse deSens.

862

Abbé de Ferrièresen Galinais.

20° Radbert(Paschase).

21» Ratramne.

Diocèse deSoissons.

863

Vers 868

Abbé de Corbie.

Moine à Corbie.

Des écrits théologiques,entre autres son ouvrage surle Sacrement de lAutel, oule Corps et le Sang de J. C.

Des écrits théologiques,entre autres sur la trans-substantiation et la prédes-tination.

22° Gotlschalk.

23° Jean, dit Scotou Érigène.

Saxon.

Irlande.

869

Entre 872et 877

Moine à Orbais.

Ses écrits pour la prédes-tination.

Plusieurs ouvrages phi-losophiques, entre autres :

1» De la Prédestination Di-vine; 2° De la Division desNatures.

Certes, messieurs, un tel tableau suffit pourprouver quà celte époque, et sous létoile de Char-lemagne, lactivité intellectuelle fut grande. Rappe-lez-vous les temps dont nous sortons; rappelez-vousque, du vi' au vm' siècle, nous avons eu grandpeineà trouver quelques noms, quelques ouvrages; quedes sermons et des légendes sont presque les seulsmonuments que nous ayons rencontrés. Ici, aucontraire, vous voyez reparaître, et presque toutà coup, des écrits philosophiques , historiques, phi-lologiques, critiques; vous vous retrouvez en facede létude et de la science, cest-à-dire de lactivitéintellectuelle pure, désintéressée, du mouvementpropre de lesprit humain. Je vous entretiendraibientôt avec plus de détails de ces hommes et de cestravaux que je viens de nommer, et vous verrezquils commencent bien réellement une époquenouvelle et méritent la plus sérieuse attention.

Maintenant, je vous le demande, messieurs, est-on en droit de dire que Charlemagne na rien fondé,que rien nest resté de ses œuvres? A peine vousen ai-je fait entrevoir, comme dans un panoramafugitif, les principaux résultats; et pourtant leurpermanence sy est révélée aussi clairement queleur grandeur. Il est évident que, par ses guerres,par son gouvernement, par son action sur les es-prits, Charlemagne a laissé les traces les plus pro-fondes; que si beaucoup des choses quil a faites ontdisparu avec lui, beaucoup dautres lui ont survécu ;

que lEurope occidentale en un mot est sortie de sesmains tout autre quil ne lavait reçue.

Quel est le caractère général, dominant, de cechangement, de la crise à laquelle Charlemagne aprésidé?

Embrassez dune seule pensée, messieurs, cettehistoire de la civilisation en France sous les roismérovingiens, que nous venons détudier : cestlhistoire dune décadence constante, universelle.Dans lhomme individuel comme dans la société ,dans la société religieuse comme dans la société ci-vile, partout nous avons vu sétendre de plus en pluslanarchie et limpuissance; nous avons vu touteschoses sénerver et se dissoudre, les institutions etles idées, ce qui restait du monde romain et ce queles Germains avaient apporté. Jusquau vm' sièclerien de ce qui était auparavant ne peut continuer àvivre; rien de ce qui semble poindre ne peut réussirà se fonder.

A partir de Charlemagne, la face des choseschange; la décadence sarrête, le progrès recom-mence. Longtemps encore le désordre sera im-mense, le progrès partiel, ou peu sensible, ousouvent suspendu. Nimporte : nous ne rencontre-rons plus ces longs siècles de désorganisation, destérilité intellectuelle toujours croissante : à tra-vers mille souffrances, mille lacunes, nous verronsla force et la vie renaître dans lhomme et la so-ciété. Charlemagne marque la limite à laquelle est