VINGT-CINQUIÈME LEÇON.
Quels en sont les liens naturels, nécessaires? d’unepart le nombre et l’étendue des relations, de l’autrele nombre et l’étendue des idées par lesquelles leshommes communiquent et se tiennent. Dans un payset un temps où il n’y a ni relations ni idées nom-breuses et étendues, évidemment les liens d’unegrande société,-d’un grand État, sont impossibles.C’était là précisément le caractère de l’époque dontnous nous occupons. Les conditions fondamentalesd’une grande société n’y existaient donc pas. Depetites sociétés, des gouvernements locaux, des so-ciétés et des gouvernements taillés en quelque sorteà la mesure des idées et des relations humaines,cela seul était possible. Cela seul en effet réussit àse fonder.
Les éléments de ces petites sociétés, de ces pe-tits gouvernements locaux, étaient tout trouvés. Lespossesseurs de bénéfices tenus du roi ou de domainesoccupés parla conquête, les comtes, les ducs, lesgouverneurs de provinces étaient semés çà et là surle territoire. Ils devinrent les centres naturels d’as-sociations correspondantes. Autour d’eux s’agglo-mérèrent, de gré ou de force, les habitants, libresou esclaves, des environs; et ainsi se formèrent cespetits Etals, ces fiefs dont je parlais tout à l’heure,et une multitude d’autres moins importants, et qui
n’ont pas eu la même existence historique. C’est là,messieurs, la cause dominante, la vraie cause de ladissolution de l’empire de Charlemagne. Le pouvoiret la nation se démembrèrent parce que l’unité dupouvoir et de la nation était impossible; tout devintlocal parce que toute généralité était bannie des in-térêts, des existences, des esprits. Les lois, lesjugements, les moyens d’ordre, les guerres, lestyrannies, les libertés, tout se resserra dans de pe-tits territoires, parce que rien ne pouvait se réglerni se maintenir dans un plus vaste cercle. Quandcette grande fermentation des diverses conditionssociales et des divers pouvoirs qui couvraient laFrance se fut accomplie, quand les petites sociétés,qui en devaient naître, eurent revêtu une forme unpeu régulière, et déterminé, tant bien que mal, lesrelations hiérarchiques qui les unissaient, ce résultatde la conquête et de la civilisation renaissante pritle nom de régime féodal. C’est vers la fin du x' siè-cle, et lorsque la race des Carlovingiens disparaît,qu’on peut regarder cette révolution comme con-sommée. Nous venons de la suivre dans les monu-ments historiques; samedi prochain nous étudie-rons les monuments législatifs de la même époque,et, si je ne m’abuse, nous l’y reconnaîtrons égale-ment.
VINGT-CINQUIÈME LEÇON.
Histoire île la législation, de la mort de Charlemagne à l’avénemcnt de Hugues Capet. — Nécessité de déterminer avec précisionles caractères généraux de la législation aux deux termes de cette époque pour en bien comprendre la marche pendant soucours. — lo De l’état de la législation sous Charlemagne. — Elle est personnelle, et varie selon les races. — L’Eglise et lepouvoir impérial y portent quelque unité. — De l’état de la législation après Hugues Capet. — Elle est territoriale} lescoutumes locales ont remplacé les lois nationales. — Tout pouvoir législatif central a disparu. — 5o Histoire de la législationdans la Gaule-Franque entre ces deux termes. — Tableaux analytiques des capitulaires de Louis le Débonnaire, Charles leChauve, Louis le Bègue, Carloman, Eudes et Charles le Simple. — Comparaison de ces tableaux d’après les chiffres seuls,— Comparaison des dispositions des capitulaires. — Résultats généraux de cet examen.
» Messieurs,
J’ai recherché dans les événements, dans l’his-toire proprement dite, la marche et les causes dudémembrement de l’empire de Charlemagne. J’aiessayé de démêler quelle transformation avait subiealors la société gallo-franque, et pourquoi. J’ai re-
connu que, des diverses explications qu’on a essayéd’en donner, aucune n’est satisfaisante; que celle-làmême qui contient le plus de vérité, la diversité desraces, est exclusive, incomplète, ne rend point rai-son de tous les faits. Il m’a paru que l’impossibilitéde toute société unique et étendue, dans l’état oùse trouvaient alors les relations sociales et les es-
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