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Cours d'histoire moderne / par M. Guizot. / Histoire générale de la civilisation en Europe, depuis la chute de l'Empire romain jusqu'à la Révolution française
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CIVILISATION EN FRANCE.

de saint Boniface en particulier; et ses fondateurs,en la créant, la donnaient, pour ainsi dire, à la pa-pauté (I).

Telle était la situation des papes envers les gran-des Eglises nationales de lOccident, lorsque, versle milieu du vm* siècle, les premiers Carlovingienssallièrent étroitement avec eux. Les heureux effetsde cette alliance pour la papauté sont faciles à re-connaître.

Et dabord elle acquit dans lÉglise italienne unascendant quelle navait jamais possédé. Après ladéfaite des Lombards par les Francs, lévêque deRome ne devint point le métropolitain des évêqueslombards; il ne reçut point le titre de patriarche;mais il fut investi dune supériorité sans modèle,indéfinie, et dautant plus grande. Le clergé lom-bard le voyait respecté des conquérants francs quile prenaient, en général, pour représentant et mi-nistre au delà des Alpes; cétait par lui quon trai-tait avec les vainqueurs; personne dans lÉglise lom-barde ne pouvait songer à ségaler à lui ; elle tombarapidement sous son autorité.

11 en acquit aussi une nouvelle dans lÉglise gallo-franque. Ce fut avec son aide, et en sappuyant deson nom et de ses avis, que les premiers Carlovin-giens travaillèrent à la réformer. Même avant leurélévation à la royauté, saint Boniface écrit au papeZacharie que Carloman, frère de Pépin le Bref, luia demandé de se rendre en Gaule : « Protestant» quil voulait amender et réformer quelque chose« dans létat de la religion et de lÉglise, qui, de-» puis 70 ou 80 ans, au moins, est livrée au désor-» dre et foulée aux pieds (2). » Cest sous laprésidence et linfluence de saint Boniface, à titrede légat du pape, que se tiennent les conciles, na-guère si rares et qui redeviennent si fréquents. Lesactes du concile de 742, dit Germanicum, com-mencent en ces termes :

« Moi Carloman , duc et prince des Francs, avec le conseildes serviteurs de Dieu, et de nos grands, jai convoqué lesévêques de mon royaume, et Boniface, qui est envoyé de saintPierre, pour quils me donnent conseil, etc. »

Le même fait se reproduit au concile tenu lannéesuivante à Lestines ou Leptines, dans le diocèsede Cambrai, et à lassemblée de Soissons (732)Pépin fut sacré roi. Non content de servir ainsi din-termédiaire entre les souverains temporels et lespapes, saint Boniface entreprend aussi de rattacherétroitement au siège de Rome les métropolitains ouarchevêques, dont il rétablit le pouvoir; il engage

(1) Leçon 10c, p. 289.

(2) S. Bon., ep. 51, p. 107,

(5) Cap. Iipp.,a. 753, p. 22; Bal., t. i« r , col. 173.

ceux de Rouen , de Sens et de Rlieims, au momentde leur nomination, à demander au pape le pallium,signe de leur dignité nouvelle, et à attendre ainside lui une sorte dinvestiture. Un seul dentre euxsuit son conseil, et le pape témoigne à Boniface sonchagrin de ce que les deux autres nen ont pas faitautant. Enfin ce ne sont pas les souverains ni leclergé seul qui se rapprochent de la papauté et con-tractent avec elle une plus intime liaison. Le mêmemouvement se manifeste parmi les fidèles, dans lepeuple; le nombre des pèlerins qui se rendent àRome par de pieux motifs saccroît rapidement : onlit dans un capitulaire de Pépin le Bref :

Quant aux pèlerins qui font un pèlerinage en vue de Dieu ,qu'on ne leur demande aucun péage (3),

Et cest évidemment au pèlerinage de Rome quese rapporte cette disposition.

Quand nous naurions pour preuve du mouvementascendant de la papauté dans lÉglise gallo-franqueà celte époque, que le ton sur lequel on y parlaitdelle, celle- serait suffisante : le langage non-seulement du clergé, mais des écrivains en général,des souverains temporels eux-mêmes, devient ex-trêmement pompeux; les épithètes magnifiques etrespectueuses se multiplient; le pape nest plus sim-plement lévéque de Rome, le frère des évêques;on lui donne des noms, on se sert pour lui dex-pressions quon nemploie pour aucun autre. Quel-ques phrases dAlcuin qui, en sa qualité de favoride Charlemagne, ne peut être soupçonné davoirvoulu sacrifier le pouvoir de son maître à un pou-voir étranger, en diront plus que toutes les généra-lités : en 796, il sadresse en ces termes au papeLéon III (795-816) :

Très-saint Père, pontife élu de Dieu, vicaire des apôtres ihéritier des Pères, prince de l'Église, gardien de la seule co-lombe sans tache (4).

Et ailleurs, en 794, à Adrien I" (762-795) :

Très-excellent Père, comme je te reconnais pour vicaire dubienheureux Pierre, prince des apôtres, je te regarde commehéritier de sa miraculeuse puissance (5).

Et ailleurs, en écrivant à Charlemagne, en 799 :

Il y a eu jusqu'ici dans le monde trois personnes d'un rangsuprême : la sublimité du vicaire apostolique qui occupe lesiège du bienheureux Pierre, prince des apôtres; la dignitéde lempereur qui exerce le pouvoir séculier dans la secondeBorne; la troisième est la dignité royale , dans laquelle la vo-lonté de notre Seigneur Jésus-Christ vous a placé pour gou-verner le peuple chrétien (6),

(J) Lettre 20 ; t. i« r , p. 30.

(5) Lettre 13 ; t. ier, p. 25.

(G) Lettre 80; t.t«r, p. 117.