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Cours d'histoire moderne / par M. Guizot. / Histoire générale de la civilisation en Europe, depuis la chute de l'Empire romain jusqu'à la Révolution française
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VINGT-HUITIÈME LEÇON. 367

régner presque aussi despotiquement dans lÉglisegallo-franque que Nicolas dans lÉglise universelle.Un de ses sufïragants, Rothade, évêque de Soissons,avait destitué un prêtre de son diocèse pour causede mauvaises mœurs; trois ans après cette condam-nation, sous prétexte quelle était injuste, et plu-tôt, à ce quil paraît, par humeur contre Rothadeque par tout autre motif, Hincmar rétablit le prêtredans sa paroisse,, contre le gré de son évêque, etexcommunia celui-ci pour cause de désobéissance.Une lutte sétablit entre lévêque de Soissons et lar-chevêque deRheims. Lévêque, déposé en 862, auconcile de Soissons, en appela au pape; Hincmar,à force de ruses et de violences, prévint quelquetemps leffet de cet appel, et empêcha même quilne parvînt à Rome; mais Nicolas I' r le reçut enfin ;et en 865, ayant convoqué à ce sujet un concile, ildit, dans son discours douverture :

Les évêques de Gaule, ayant convoqué un concile général,ce qui nest permis à personne sans lordre du siège aposto-lique , y ont cité Rothade... Quand même il nen eut pointappelé , il naurait jamais être déposé à notre insu ; car lesstatuts sacrés et les décrets canoniques ont remis à notredécision les procès des évêques, comme toutes les grandesaffaires (1).

Cétait méconnaître et braver toutes les règlescanoniques, tous les exemples du passé, tous lesusages de lÉglise. Mais dans cette occasion spé-ciale, comme dans la précédente, Nicolas avait pour

lui le bon droit et le cri public; il soutenait la jus-tice et lopinion populaire. Il triompha également ;Rothade fut rétabli dans son siège; et les Églisesnationales furent vaincues dans la personne dIIinc-inar, comme les souverains temporels dans celle deLothaire.

Cette double victoire ne fut point incontestée :plus dune fois, dans le cours du x siècle, la résis-tance reparut; et les successeurs de Nicolas 1 er ,entre autres Adrien II, ne furent pas tous aussihabiles ou aussi heureux que lui dans leurs entre-prises. Cependant, à tout prendre, leur pouvoir etles maximes qui le fondaient furent en progrès dansles faits comme dans les esprits; et cest du règne deNicolas I er que date vraiment la souveraineté de lapapauté.

Japproche du terme, messieurs ; je vous ai entre-tenus de lhistoire intérieure de lÉglise gallo-franquedu viu' au x' siècle, dans ses rapports avec le sou-verain temporel. Je viens de mettre sous vos yeuxson histoire extérieure, ses rapports avec son sou-verain étranger. Je bornerai ici le tableau de la so-ciété ecclésiastique carlovingienne. Il nous reste àétudier le développement intellectuel à la mêmeépoque. Vous avez déjà vu ce quil fut sous Charle-magne etjusque sous Louis le Débonnaire. Son étudedepuis le règne de Louis le Débonnaire jusquàlavénement de Hugues Capet sera lobjet de nosprochaines réunions.

VINGT-HUITIÈME LEÇON.

De létat intellectuel de la Gaule-Franque, de la mort de Charlemagne à lavénement de Hugues-Capet. Tableau deshommes célèbres de cette époque. Esprit théologique. Esprit philosophique. Hincmar et Jean Érigène en sont lesreprésentants. Vie dHincmar. Son activité et son influence comme archevêque de Rheims. lo De ses rapports avecles rois et les papes. 2o De son administration dans lintérieur de lEglise gallo-franque et de son diocèse. 3° De ses lutteset de ses travaux théologiques. Origine de la théologie du moyeu âge. Querelle dHincmar et du moine Gotlsehalk sur laprédestination. Nombreux écrits à ce sujet. Conciles de Kiersy, de Valence et de Langres. Résumé.

Messieurs,

En exposant la renaissance intellectuelle de laGaule-Franque, sous le règne de Charlemagne (2),

jai dit que le mouvement imprimé alors aux espritsnavait point péri sous ses successeurs. Cest au pro-grès de ces mouvements dans les ix' et x* siècles,que je me propose aujourdhui de vous faire assister.

(1) Mansi, t, xv, p. 080.

(2) Leçon 23 e , p, 329,