384
CIVILISATION EN FRANCE.
in.
Le salut des âmes fidèles consiste à croire ce qu'on a raisond'affirmer sur le principe unique de toutes choses, et à com-prendre ce qu'on a raison de croire (1).
IV.
La foi n'est autre chose, à mon avis, qu’un certain principeduquel commence à dériver, dans une nature raisonnable, laconnaissance du Créateur (2).
V.
L'âme en elle-même est inconnue ; mais elle commence à semanifester, à elle-même et aux autres, dans sa forme qui estla raison (3).
VI.
Je ne suis pas tellement épouvanté de l’autorité, je ne re-doute pas tellement la furie des esprits peu intelligents , quej'hésite à proclamer hautement les choses que démêle claire-ment et démontre avec certitude la raison; ce sont d'ailleursdes sujets dont il ne faut traiter qu’avec les sages, pour quirien n’est plus doux à entendre que la vérité, rien plus déli-cieux à rechercher quand on s'y s'applique, rien plus beau àcontempler quand on la trouve (4).
Jamais philosophe, à coup sûr, n’a plus nettementexprimé le caractère rationnel de son point de dé-part, qui est celui de toute philosophie. Le dernierpassage indique même clairement que la lutte étaitengagée entre ce principe et celui de l’autorité, etque Jean n’hésitait pas à la soutenir. Le dévouementà la vérité et à la liberté s’y peint en quelques motsavec une pénétrante énergie.
Il va plus loin et indique çà et là, dans le coursde son livre, quelques-uns des principes de la mé-thode philosophique, avec une précision d’autantplus remarquable qu’il la viole souvent lui-même,et, comme l’école néoplatonicienne, procède souventtout autrement que du connu à l’inconnu, et parla voie de l’observation. Voici quelques-uns de cestextes :
vil.
La vraie marche du raisonnement peut aller de l’étude na-turelle des choses sensibles à la contemplation pure des chosesspirituelles (5).
VIII.
Si nous ne voulons pas nous étudier et nous connaître nous-mêmes , c’est que nous ne désirons pas de nous élever à ce quiest au-dessus de nous, c’est-à-dire à notre cause ; car il n’y anulle autre voie pour parvenir à la plus pure contemplation
(1) De divmone naluræ, 1. U, p. 81.
(2) Ibid., 1.1, p. II.
(3) Ibid., 1. n , p. 74.
(4) Ibid., 1. i, p. 30.
(ïij Ibid., I. v, p. 227.
du souverain modèle que de bien regarder son image qui estvoisine de nous (6).
IX.
Bien loin d’étre de peu d’importance, la connaissance.deschoses sensibles est grandement utile à l'intelligence des chosesintelligibles. Car de meme que , par les sens, on parvient àl’intelligence, de même, par la créature, on retourne à Dieu (7).
L’esprit scientifique, la méthode d’observation etd’induction ne sont-ils pas là clairement opposés àl’esprit théologique, à la méthode d’autorité et dedéduction?
Dépassons le vestibule de la philosophie; entronsdans l’intérieur même du temple. L’affinité de Jeanle Scot avec le néoplatonisme alexandrin n’y écla-tera pas moins. Lui aussi, il est essentiellementpanthéiste, et n’hésite pas à le dire, avec tous lesembarras, il est vrai, qui sont inhérents à cettedoctrine, et la condamnent à l’incohérence, à l’ab-surdité, dans les termes mêmes par lesquels elle s’ef-force de se produire, mais aussi ouvertement, aussiconséquemment (si le mot conséquence peut icis’employer) que ses plus illustres prédécesseurs.
x.
La cause de toutes choses, qui est Dieu , est à la fois simpleet multiple. La bonté (l’essence) divine se répand, c'est-à-dire se multiplie dans toutes les choses qui existent... et en-suite, par les mêmes voies, cette même bonté, se dégageantde l'infinie variété des choses qui existent, revient se concen-trer dans l'unité simple qui comprend toutes choses, laquelleest en Dieu et est Dieu. Ainsi Dieu est tout et tout est Dieu (8).
XI.
De même qu'originairement le fleuve tout entier découle dela source, et que l'eau, qui jaillit d'abord de la source, serépand toujours et sans relâche dans le lit du fleuve, quelleque soit la longueur de son cours, de même la bonté, l'es-sence, la sagesse, la vie divine, et tout ce qui est dans lasource de toutes choses , se répand d’abord dans les causespremières, et les fait subsister, passe ensuite des causes pre-mières dans leurs effets selon un mode ineffable, et, par desdegrés non interrompus, circule ainsi des choses supérieuresaux choses inférieures, et retourne enfin à sa source par lesvoies les plus intimes et les plus secrètes de la nature (9).
XII.
Dieu, qui seul est vraiment, est l'essence de toutes choses,comme dit Dcnys l'Àréopagile : « L'être de toutes choses est cequi y reste de la Divinité (10). »
XIII.
Dieu est le commencement, le milieu et la fin : le commcn-
(6) De divmone naturœ, 1. v. p. 268.
(7) Ibid., 1. ni, p. 449.
(8) Dédie, ad s. Maximi schol, in Gregorium Pfazianz.
(9) De nat. diri$., 1. m, c. IV.
(40) Ibid., 1. I, c. III.