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Cours d'histoire moderne / par M. Guizot. / Histoire générale de la civilisation en Europe, depuis la chute de l'Empire romain jusqu'à la Révolution française
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TRENTIEME LEÇON.

et la barbarie. Voyons quelle transformation subi-rent, du v' au x' siècle, ces trois éléments, ce quilsétaient devenus à cette dernière époque, ce qui enrestait dans la civilisation dalors.

I. Je commence par lélément romain : je veuxfaire entrevoir ce que le monde romain a fourni àla France, sous le point de vue social et sous lepoint de vue intellectuel ; il faut que nous sachionsce qui en restait, au x' siècle, dans la société et dansles esprits.

Sous le premier point de vue, je veux dire lin-fluence de la société romaine sur la société gallo-franque, du v e au x c siècle, il est résulté de toutesnos recherches que le monde romain , en se dissol-vant, légua à lavenir les débris de trois grands faits :1° le pouvoir central et unique, lempire, la royautéabsolue; 2° ladministration impériale, le gouverne-ment des provinces par des délégués du pouvoircentral; ô le régime municipal, mode primitif delexistence de Rome et de la plupart des pays quiavaient successivement formé lempire romain.

Par quelles vicissitudes, du v' au x* siècle, avons-nous vu passer ces trois faits?

1° Quant au pouvoir central, unique et souverain,il périt, vous le savez, dans linvasion : en vainquelques-uns des premiers rois barbares essayèrentde le ressaisir et de lexercer à leur profit; ils yéchouèrent ; le despotisme impérial était une armetrop savante pour leurs grossières mains. A la chutedes Mérovingiens, Charlemagne tenta de la repren-dre et de la manier; la tentative eut un succès mo-mentané; le pouvoir central reparut : mais aprèsCharlemagne comme après la première invasion, ilse brisa et se perdit dans le chaos. Rien à coup sûrne ressemblait moins au pouvoir impérial que laroyauté de Hugues Capet. Quelque souvenir cepen-dant en demeurait dans les esprits. Lempire avaitlaissé des traces profondes. Les noms dempereur,dautorité impériale, de majesté souveraine, avaientencore une certaine vertu, rappelaient un certaintype de gouvernemen t ; ce nétaient plus que des mots,mais des mots encore puissants, capables de rentrerdans les faits, quand en viendrait loccasion. Cestdans cet état que se présente, à la fin du x' siècle,ce premier legs du monde romain.

2° Ladministration impériale passa à peu prèspar les mêmes vicissitudes; les chefs barbares es-sayèrent aussi de se lapproprier et ny réussirent pasmieux. Ce mode de gouvernement des diverses partiesde lÉtat était trop compliqué, trop régulier, il exi-geait le concours dun trop grand nombre dagents,et des intelligences trop développées; la machineadministrative de lempire se détraqua prompte-ment, si je puis ainsi parler, entre les mains de ses

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nouveaux maîtres. Charlemagne tenta de lui rendrelordre et le mouvement; cétait la conséquence né-cessaire de la résurrection du pouvoir central; et,par une conséquence analogue, avec le pouvoir cen-tral de Charlemagne périt également ladministra-tion provinciale quil avait, tant bien que mal, re-constituée. Cependant, après la complète dissolutiondu nouvel empire, lorsque le régime féodal eut pré-valu, lorsque les propriétaires de fiefs eurent rem-placé les anciens délégués du souverain, il resta,dans la pensée du peuple et des possesseurs de fiefseux-mêmes, quelque souvenir de leur origine. Celleorigine, jai eu soin de vous lindiquer, avait étédouble; les fiefs étaient nés, dune part, des béné-fices ou terres concédées, soit par le souverain, soitpar dautres chefs ; dautre part, des offices oucharges des ducs, comtes, vicomtes, centcniers, etc.,cest-à-dire des officiers investis par le souverain deladministration locale. Or cette seconde origine nefut pas absolument effacée; on se souvint vaguementque ces seigneurs, maintenant souverains ou à peuprès, avaient été autrefois les délégués dun plusgrand souverain; quils avaient représenté un pou-voir général, supérieur; quau lieu dêtre alors pro-priétaires pour leur compte de la souverainetécomme de la terre, ils nétaient que des magistrats,des administrateurs au nom dautrui, et quune por-tion de cette souveraineté, quils possédaient, pou-vait bien avoir été usurpée sur ce maître unique,éloigné, quon ne connaissait plus. Celte idée quenous retrouvons dans tout le cours de notre histoire,quia été la théorie favorite des jurisconsultes et despublicistes bourgeois, est évidemment un débris delancienne administration romaine, un retentisse-ment qui avait survécu à la ruine de cette vaste etsavante hiérarchie. Cest tout ce quon en aperçoitencore à la fin du x' siècle; mais un puissant germede vie était caché dans ce souvenir.

3° Le troisième fait que le monde romain a léguéau monde moderne est le régime municipal. Voussavez quel était, à la fin du x' siècle, létat des villes,dans quelle dépopulation, quel appauvrissement,quelle détresse elles étaient tombées. Cependant, cequi y restait encore dadministration intérieure, sur-tout dans la Gaule méridionale, était romain dori-gine; il y avait quelque ombre de la curie, desconsuls, duumvirs, et autres anciens magistrats mu-nicipaux. Le droit romain présidait aux actes de lavie civile, donations, testaments, contrats, etc. Lesmagistrats municipaux, dépouillés de leur impor-tance politique, étaient devenus, en quelque sorte,de simples notaires qui en enregistraient les actescivils et en rédigeaient, en conservaient les monu-ments. Un nouveau régime municipal, de principes