PREUVES ET DÉVELOPPEMENTS HISTORIQUES.
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de Biauvais que les mesons à chacun d’aux, s’ellesqueoyent ( choient) ou qu’elles fussent arses, lesparois de ses mesons ou lesmesieres lesquels il avoitdevant che, puetil fere sans congie d’aucuns, sansquerre il le puet si comme se paroit, ou se mesieresi comme elle estoit devant, par trois loyaux voi-sins , par lesquex il pora prover. Nous otroions ascliiaus que les pons et les planches, lesquels ils ontès yaues, et lesquels ils ont achatez, s’eles chientou s’eles sont arses, sans querre licence qu’eles soientrefetes ou que les piex y soient mis. Adechertes lespons et les planches comme ils les avoient achettéesas évêques, et si comme ils les avoient achettées dedevant aus , leurs hoirs les aient à perpétuité. Etaussi des pons, nous leur otrions, volons, et qué-mandons que aus, par leurs voisins loyaux si commenous avions devant dict, que les parois et les me-sières de leurs mesons, si comme il est devantmonstré, lesserremens oïs avant que on ne leur puisautre chose quierre. Et pour ce que cette chose nesoit donée à ouhly, ny que elle ne soit defachié( défaite ), nous l’avons quémandé à escrit, etqu’elle peut estre affermée de cliiaus qui après nousvenront, de notre seel et de nostre auctorité, et ennostre charte venant après Phelippe (1) nostre filsle conferammes ensemble. Donné à Ponthoise, l’ande l’Incarnation 4022 (2). »
Louis le Gros avait fait plus encore pour la com-mune de Beauvais ; il l’avait confirmée , établie ,fondée , pour parler le langage du temps. Une vraiecharte, réglant les autorités, les droits , les obliga-tions de la commune , et garantissant son existenceet ses privilèges, fut donnée par lui, et, à ce qu’ilparaît, acceptée par l’évêque et les bourgeois : elleest citée dans celle que concéda plus tard Louis leJeune , et souvent rappelée dans les divers actes dela commune de Beauvais; par malheur cette charten’existe plus depuis longtemps, et il faut s’en rap-porter , sur son contenu, à l’assertion de Louis leJeune, qui prétend la répéter dans la sienne; onverra tout à l’heure combien sont quelquefois peuexactes de pareilles assertions. Rien n’indique nonplus la date de la charte de Louis le Gros; l’expres-sion de Louis le Jeune disant, en 1144 , qu’elle aété accordée par son père multa ante tempora,paraît appuyer l’opinion des éditeurs des Ordon-nances des rois de France , qui lui attribuent cellede 1103ou 1104; mais comment croire que, si cettecharte eût existé antérieurement à celles de 1115et de 1122, nulle allusion n’y eût été faite dans ces
(i) Philippe, fils aîné de Louis le Gros , était désigné comme son suc-cesseur, et déjk associé h la couronne ; il mourut avant son père, le <3 oc-tobre 1131,
deux pièces ? comment supposer que mention nes’en retrouvât pas une seule fois dans la querelledont nous venons de faire le récit, et qu’aucune pré-tention des nouvelles autorités de Beauvais n’eûttrahi leur existence ? Sans prétendre donc fixer unedate que rien n’assigne, je ne saurais admettre cellede 1103 ou 1104, et je regarde la grande charte deBeauvais comme appartenant à la fin du règne deLouis le Gros.
Peut-être même serait-on en droit de supposerque les mots multa ante tempora n’existaient pasdans la charte primitive de Louis le Jeune , et n’yont été insérés que plus tard , empruntés à la chartede Philippe-Auguste, où ils figurent beaucoup plusnaturellement.
Louis le Gros mourut le 1 er août 1137. Louis,surnommé le Jeune, se hâta, à la nouvelle du décèsde son père, de quitter les fêtes qu’il célébrait àPoitiers pour son mariage avec Eléonore de Guienneet son couronnement comme duc d’Aquitaine. Lebut de son voyage était Paris, vraie capitale des roiscapétiens, et sa route le conduisit par Orléans, oùquelques ordres donnés en passant éveillèrent lasusceptibilité des bourgeois, qui crurent y voir uneviolation de leurs privilèges ; il y eut une émeuteà ce sujet. Il ne paraît pas cependant que ce débutpeu gracieux de son règne ait détourné Louis leJeune de suivre les traditions de son père en semontrant protecteur des libertés des communes ;en 1144, nous le voyons confirmer et garantir cellesde la commune de Beauvais par la charte suivante :
« Au nom de la sainte et indivisible Trinité, moi,Louis , par la grâce de Dieu, roi des Français etduc des Aquitains, faisons savoir â tous présents etfuturs, que nous accordons et confirmons, sauf lafoi qui nous est due , ainsi qu’elle avait été instituéeet jurée, et avec les mêmes coutumes, la communedonnée il y a longtemps par notre père Louis auxhommes de Beauvais. Ces coutumes sont ainsi qu’ilsuit :
« Tous les hommes domiciliés dans l’enceinte desmurs de la ville et dans les faubourgs, de quelqueseigneur que relève le terrain où ils habitent, prê-teront serment à la commune, à moins que quel-ques-uns ne s’en abstiennent par l’avis des pairs etde ceux qui ont juré la commune.
» Dans toute l’étendue de la ville, chacun prêterasecours aux autres, loyalement et selon son pou-voir.
» Quiconque aura forfait envers un homme qui
(2) Recueil des Ordonnance*,etc., t. xi, p. 483.