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Cours d'histoire moderne / par M. Guizot. / Histoire générale de la civilisation en Europe, depuis la chute de l'Empire romain jusqu'à la Révolution française
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CIVILISATION EN FRANCE.

priant, vous Jacques de Jassein, notaire de la très-sainte Église romaine, de nous délivrer acte publicde tout ceci.

» Ces choses furent faites en labbaye de Saint-Lucian-lès-Beauvais, jour et an que dessus. »

On ne doit point sétonner de voir datée de lab-baye de Saint-Lucian une protestation contre lévê-que de Beauvais : Simon de Nesle avait soulevé toutle monde contre lui,car il népargnait personne: lesbandits qui soutenaient sa cause ne se faisaient nulscrupule de brûler la maison dun chanoine commecelle dun bourgeois, de dévaster les terres duneabbaye comme celles de la commune; et vraisem-blablement quand ils trouvaient:» piller, maltraiter,tuer même quelque ennemi, ils ne sembarrassaientguère de quelle juridiction il relevait. Passe encorepour le chapitre ; on était accoutumé à le voir guer-royer avec lévêque de Beauvais, et peu de vénéra-tion sattachait à ces orgueilleux et mondainsdignitaires; mais labbaye de Saint-Lucian, fondéeen lhonneur de lapôtre du Beauvaisis, dotée detant de privilèges, entourée de tant de respect ! lou-trage était révoltant ; aussi le fier Simon fut-ilobligé de venir à résipiscence et de donner uneespèce de mandement, se trouve la preuve desexcès que lui reprochaient ses adversaires :

« A tous ceux qui les présentes verront, Simon,par la grâce de Dieu, salut en Notre-Seigneur : soitconnu que vers la fête de la Pentecôte de lan 1305,une dissension sétant élevéeenlre nous et les maire,pairs, jurés, conseillers et toute la commune deBeauvais, nos gens occupant à ce propos tous leslieux environnants, et quelques incendies et autresfaits, qui paraissent porter en eux injustice, sétantpassés dans les terres et juridiction de nos chers filsen Jésus-Christ, labbé et le couvent du monastèrede Saint-Lucian-lès-Beauvais, au préjudice desditsreligieux à ce quils assurent, notre volonté na éténéanmoins pour rien en tout ceci; et notre inten-tion nest point que par ces faits, sils se sont ainsipassés, nul dommage soit apporté aux droits et juri-diction desdits religieux, ni nul nouveau droitacquispar à nous et nos successeurs. En foi de quoi nousavons fait mettre notre sceau aux présentes lettres.Donné lan du Seigneur 1305, le samedi après lafêle de sainte Marie-Madelaine (1). »

Les religieux de Saint-Lucian furent probable-ment apaisés par cette amende honorable de lévê-que, et ne songèrent plus à se joindre aux maire et

. LEÇONS XXXI A XLIX.

pairs de Beauvais, ni à se pourvoir devant qui dedroit pour obtenir réparation des dommages quilsavaient subis; mais Simon de Nesle nen fut guèremoins embarrassé, car il eut bientôt sur les brasun plus lourd adversaire, le roi de France, qui nat-tendait, ce semble, quun prétexte pour intervenirdans ce débat; ayant donc appris à Montmirail enPerche, il se trouvait alors, que la querelle entreles bourgeois et lévêque de Beauvais durait tou-jours, et que ce dernier, mécontent du peu deffetde ses armes spirituelles, avait voulu essayer deprendre ses ennemis par famine en défendant, souspeine dexcommunication, aux habitants de tous leslieux à lentour dapporter aucunes provisions dansla ville rebelle, Philippe le Bel se récria contre cetabus de pouvoir de lévêque, le taxa dempiétementsur ses droits de suzerain, lui reprocha même, re-proche étrange dan6 la bouche royale, dattenter par à lautorité du pape, devant qui laffaire étaitportée par lappel de la commune, et donna enfinmission au bailli de Senlis de faire cesser sur-le-champ celle vexation. Limportance quil attachaità lexécution de sa volonté éclate dans la vivacitéde son langage :

« Philippe, par la grâce de Dieu, roi des Fran-çais, au bailly de Senlis, salut; nous écrivons enla forme suivante à notre fidèle et bien-aimé lévêquede Beauvais.

ï Philippe, par la grâce de Dieu, roi des Fran-çais, à notre fidèle et bien-aimé lévêque de Beauvaisou son vicaire, salut et dilection. Nous apprenonsque, pendant que sur la querelle survenue entrevous et le maire, les pairs, la commune de Beau-vais, et à cause des excès commis de part et dautre,nous faisons chercher la vérité par lenquête de cer-tains commissaires, et que cette enquête est entrain, vous avez, sous le prétexte desdits excès, portéune sentence dinterdit sur la ville, la commune deBeauvais et tous les gens qui y habitent, et fait dé-fendre dans les villes voisines, sous peine dexcom-munication, dapporter des provisions à ladite ville:ce qui est sans aucun doute agir à notre préjudiceet à celui de notre seigneurie temporelle, et aussiau préjudice de lappel interjeté auparavant parlesdits maire et pairs , de vous et vos officiers, ausiège apostolique. Cest pourquoi nous vous ordon-nons de révoquer sur-le-champ cette oppression, demanière à nous contenter, car autrement nous nepourrions le tolérer, mais, ainsi quil nous appar-tient, nous y apporterions promptement un remèdeopportun. Donné à Montmirail en Perche, le 15 deseptembre.

» Nous tenjoignons de présenter sur-le-champ

(1) Louvet,t. n, p. m.