PREUVES ET DÉVELOPPEMENTS HISTORIQUES.
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» Et non contents de toutes ces choses, mais ac-cumulant crime sur crime et allant de mal en pis,ils sont entrés de force dans deux églises ou chapel-les bénies et consacrées du même manoir; ils ontbrisé les portes, serrures, fenêtres, vitres et ferre-ments des fenêtres, et ils ont enlevé et emporté lescalices, livres, et ornements bénits et consacrés des-dites églises ou chapelles.
» Et ce qui est honteux à dire, ils ont fait plu-sieurs vilainies dedans lesdites églises, commettantainsi méchamment et sans crainte de Dieu, et commedes infidèles, un énorme sacrilège, encourant dam-nablement la sentence d’excommunication portéepar les canons contre les briseurs et violateurs d’é-glises, surtout lorsque lesdites églises sont dotées àtoujours de revenus perpétuels et suffisants. Etaprès, demeurants en leur malice et obstination, ilsont plusieurs fois attaqué horriblement et inique-ment avec grande armée et armes de guerre, ainsiqu’il est dit ci-dessus, la tour de notre évêché, bâtiederrière notre hôtel, comme aussi le château con-tigu à ladite tour, et qui a été fait pour la conser-vation et défense d’icelle; comme aussi ils ont tuéplusieurs de nos gens qui avaient été mis pour ladéfense et conservation de ladite tour et château, àsavoir : Erard de l’Olive, Manasserus et son fils, etplusieurs autres : ils s’efforçaient en outre de dé-truire, raser et mettre à niveau le sol, ladite touret château.
» Pour ces causes, nous vous mandons, en vertude sainte obédience et sous peine de suspension etd’excommunication que nous fulminerons contrevous si vous ne venez à faire ce que nous vous man-dons, que vous dénonciez publiquement et à hautevoix dans vos églises et offices, pour excommuniés,les violateurs, effracteurs desdites églises, jusqu’à cequ’ils aient fait pénitence suffisante, citant en outremanifestement et publiquement en vos églises lesmaire, pairs, conseillers et toute la commune delieauvais, pour venir à notre ordre, devant nous, àSaint-Just du diocèse, le jour de sainte Madelaine,voir et ouïr le décret et la sentence que nous enten-dons donner audit jour touchant les choses susdites,ainsi qu’il devra être fait selon le droit. Vous aurezaussi à leur intimer que comparaissants ou noncomparaissants, nous ne laisserons pas de procédertouchant les choses susdites, ainsi que droit devraêtre fait. Et en signe que vous aurez exécuté notremandement, vous apposerez vos sceaux à ces pré-sentes. Donné sous notre scel, l’an du Seigneur miltrois cent cinq, le jeudi d’après la fêle de saintMartin d’été (1). »
(4) Louvet, t. n, p. 481.
Je ne sais si, dans aucun cas, les maire et pairseussent jugé à propos de se soumettre à l’injonctionde leur adversaire et de reconnaître, comme cou-pables et comme sujets, son jugement souverain;ce n’est pas du moins au moment de la victoire qu’ilseussent fait une telle concession ; mais l’embarrasdu refus leur fut même épargné, car la citation leurfut signifiée le jour même où ils devaient comparaî-tre. La distance de Reauvais à Saint-Just, où setrouvait l’évêque, était de six lieues; il fallait letemps de prendre un parti et de préparer la défense;enfin un prétexte passable était une bonne fortuneen pareille occasion : les maire et pairs en profitè-rent et ne comparurent point. Faute par eux des’être soumis, ils furent, comme ils s’y attendaientsans doute, excommuniés, et la ville de Beauvaismise en interdit; ils en appelèrent par la pièce sui-vante, signifiée à l’évêque le 12 juillet 1505 : ils s’yprévalaient de l’irrégularité de la citation.
«Au nom de Notre-Seigneur, l’an 1505, 5“ del’indicte, 12° jour du mois de juillet : discrète per-sonne Gerbaud de la Fontaine, au nom des maire etpairs de Beauvais ici présents, et de toute la com-mune du même lieu, a fait lecture publique devantrévérend père l’évêque de Beauvais et son officiald’une cédule dont la teneur ainsi suit :
«Parce que vous, monseigneur l’évêque, votrebailli, vos gens et officiers avez fait de très-grandesinjures, plusieurs torts et oppressions aux maire,pairs et à toute la commune de Beauvais, en frap-pant, blessant et tuant aucuns de ladite commune,en ravissant et ruinant leurs biens, en détruisantavec toute sorte d’hostilité et brûlant leurs posses-sions, jusqu’à la valeur de cent mille livres; et noncontent de cela, mais accumulant maux sur maux,vous auriez fait citer lesdits maire, pairs et toute lacommune à comparaître devant vous à Saint-Just, lejour même, ce qui est chose inouïe, non raisonna-ble et contre les coutumes et statuts, lesdit maire,pairs et toute la commune se sentant grevés par vouscontre justice en toutes ces choses, et pensantl’être encore davantage à l’avenir par vous et vosofficiers :
» Pour ces causes, nous maire, pairs et jurés deladite commune , déclarons que nous interjetonsappel de tous ces torts et griefs au saint-siègeapostolique.
» Et afin que vous ne procédiez pas davantagecontre ladite commune ou aucun communier d’icelle,derechef présentement nous déclarons que nous in-terjetons appel, mettant sous la protection du siègeapostolique lesdits maire, pairs, nous et toute lacommune, prenant à témoin les assistants et vous