PREUVES ET DÉVELOPPEMENTS HISTORIQUES.
663
porté à l’avenir pour les faits susdits et le meurtrede plusieurs d’entre eux, contre ledit évêque et sesgens, ou complices en ce fait, spécialement contreJean , seigneur de Rainceval, et Jean de Sonions ,chevalier; mais ils tiendront quittes lui et eux detoute plainte ou réclamation faite ou à faire contreeux ou quelqu’un des leurs, pour ce fait et les au-tres. Que si quelque chose semblait obscur ou équi-voque dans.celte décision, nous nous en réservonsl’explication.
» En outre l’évêque, s’il en est requis par lesmaire, pairs, jurés et commune , fera enquérir etsavoir si les meuniers de ses moulins, où l’on estobligé d’aller moudre, exigent pour le droit de mou-ture plus qu’il n’est accoutumé ; et si cela se trouve,il fera rabattre l’excédant, ainsi qu’il devra être faitet pour que la chose soit ramenée à l’état régu-lier.
» Toutes et chacune de ces choses étant donc ,ainsi qu’il a été dit ci-dessus, prononcées, réglées,décidées et jugées par nous, ledit évêque en sonnom et celui de son église, de ses successeurs, genset complices, lesdits maire, pairs, jurés, commune,en leur nom et celui de toute la communauté, yont donné leur assentiment et les ont ratifiées. Enfoi de quoi nous avons fait apposer aux présenteslettres nos sceaux avec ceux de l’évêque et de lacommune. Donné à Beauvais, le vendredi avant lafête de tous les Saints, l’an du Seigneur 1306 (1). »
Ainsi se termina cette grande affaire; et il fallaitque le besoin de la paix se fît bien vivement sentirà Beauvais, pour que le jugement, appuyé seule-ment de l’autorité de deux arbitres, y fût reçu commeune loi souveraine et presque un bienfait. La com-mune en effet y était fort sévèrement traitée ; tousses torts lui étaient comptés, et ses griefs laissés decôté : obligée de reconnaître l’autorité qu’elle avaitvoulu secouer, contrainte de payer amende au roipour sa désobéissance, à l’évêque pour ses dégâts,et ne recevant nul dédommagement pour tous lesravages commis sur ses propriétés par les gens del’évêque, elle dut se ressentir longtemps d’une tellecrise; aussi en garda-t-elle un si vif souvenir qu’ellen’essaya plus de se faire justice elle-même, et nes’exposa plus aux désastres des guerres civiles, sur-tout au courroux du roi, devenu beaucoup trop fortepartie pour une commune, et même pour un évêque.Celui de Beauvais n’eut pas fort à s’applaudir nonplus de l’issue de cette querelle. Il avait reçu à lavérité huit mille livres parisis; et la rancune popu-laire se persuada que celte somme avait été employée
à bâtir les tours de son palais épiscopal avec scsarmes et son image ; mais il avait été condamné àpayer au roi six mille livres parisis en punition desa désobéissance; il fut obligé par le jugement d’ar-bitres à en donner six cents aux chanoines de Beau-vais en dédommagement du dégât de leurs maisonsau milieu de l’incendie allumé par ses gens dans laville de Beauvais; sa demeure enfin avait été entiè-rement dévastée. Il ne dut pas, à coup sûr, lui restergrand’chose des huit mille livres de la commune.Le fisc du roi gagna seul dans cette affaire : il n’avaitsouffert aucune perte, et il reçut dix mille livres desbourgeois de Beauvais, et six mille de l’évêque.L’ascendant du pouvoir royal sur tontes les petitespuissances locales éclata si hautement qu’il ne futplus dès lors question, à Beauvais , d’essayer de s’ysoustraire; ce fut auprès du roi qu’on chercha avecsoumission le redressement de tous les griefs, ladécision de tous les différends ; on ne tenta plus del’emporter qu’à force d’humilité dans le langage; etsi les anciens droits , les vieux privilèges y reparais-saient encore, c’était par une sorte d’égard pour lepassé, et plutôt pour orner l’obéissance que pour ladisputer.
Cette nouvelle disposition des esprits ne tardapas à se montrer ' "quement. Au printempsde 1308, moins de deux ans après le jugement quenous venons de rapporter, les bourgeois et l’évêques’étantretrouvés en contestation sur plusieurs pointsde leurs anciennes querelles, il ne fut question nide sonner la cloche de la commune, ni de mettrel’interdit sur la ville , encore moins de se battredans les rues ; et l’affaire fut pacifiquement et régu-lièrement portée au parlement de Paris, dont l’arrêtl’explique clairement :
a Philippe, par la grâce de Dieu, roi des Fran-çais, à tous ceux qui ces présentes lettres verront,salut : savoir faisons qu’un différend s’étant élevédans notre cour entre l’évêque de Beauvais, d’unepart, et le maire et les pairs de Beauvais, de l’autre,lesdits maire et pairs, au nom de leur commune deladite ville, ont dit et soutenu qu’ils étaient en usageet possession d’établir des gardiens ou surveillantspour la laine, le fil, les teintures et tontes choses ser-vant à faire des draps dans toute la ville de Beauvais ;comme aussi de punir , réformer et faire observer ,par leur juridiction, tout ce qu’ils trouvaient à ré-former dans les affaires et matières ci-dessus relatées.Et ils ont dit qu’ils étaient de plus en usage et pos-session de maintenir leurs citoyens, et tous ceux dela susdite commune auxquels , selon la coutume ,ils avaient infligé quelque amende pour délits com-mis dans la susdite fabrication , quittas et exempts
(I) Louvet, t. u, p. 515.