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Cours d'histoire moderne / par M. Guizot. / Histoire générale de la civilisation en Europe, depuis la chute de l'Empire romain jusqu'à la Révolution française
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PREUVES ET DÉVELOPPEMENTS HISTORIQUES.

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porté à lavenir pour les faits susdits et le meurtrede plusieurs dentre eux, contre ledit évêque et sesgens, ou complices en ce fait, spécialement contreJean , seigneur de Rainceval, et Jean de Sonions ,chevalier; mais ils tiendront quittes lui et eux detoute plainte ou réclamation faite ou à faire contreeux ou quelquun des leurs, pour ce fait et les au-tres. Que si quelque chose semblait obscur ou équi-voque dans.celte décision, nous nous en réservonslexplication.

» En outre lévêque, sil en est requis par lesmaire, pairs, jurés et commune , fera enquérir etsavoir si les meuniers de ses moulins, lon estobligé daller moudre, exigent pour le droit de mou-ture plus quil nest accoutumé ; et si cela se trouve,il fera rabattre lexcédant, ainsi quil devra être faitet pour que la chose soit ramenée à létat régu-lier.

» Toutes et chacune de ces choses étant donc ,ainsi quil a été dit ci-dessus, prononcées, réglées,décidées et jugées par nous, ledit évêque en sonnom et celui de son église, de ses successeurs, genset complices, lesdits maire, pairs, jurés, commune,en leur nom et celui de toute la communauté, yont donné leur assentiment et les ont ratifiées. Enfoi de quoi nous avons fait apposer aux présenteslettres nos sceaux avec ceux de lévêque et de lacommune. Donné à Beauvais, le vendredi avant lafête de tous les Saints, lan du Seigneur 1306 (1). »

Ainsi se termina cette grande affaire; et il fallaitque le besoin de la paix se fît bien vivement sentirà Beauvais, pour que le jugement, appuyé seule-ment de lautorité de deux arbitres, y fût reçu commeune loi souveraine et presque un bienfait. La com-mune en effet y était fort sévèrement traitée ; tousses torts lui étaient comptés, et ses griefs laissés decôté : obligée de reconnaître lautorité quelle avaitvoulu secouer, contrainte de payer amende au roipour sa désobéissance, à lévêque pour ses dégâts,et ne recevant nul dédommagement pour tous lesravages commis sur ses propriétés par les gens delévêque, elle dut se ressentir longtemps dune tellecrise; aussi en garda-t-elle un si vif souvenir quellenessaya plus de se faire justice elle-même, et nesexposa plus aux désastres des guerres civiles, sur-tout au courroux du roi, devenu beaucoup trop fortepartie pour une commune, et même pour un évêque.Celui de Beauvais neut pas fort à sapplaudir nonplus de lissue de cette querelle. Il avait reçu à lavérité huit mille livres parisis; et la rancune popu-laire se persuada que celte somme avait été employée

à bâtir les tours de son palais épiscopal avec scsarmes et son image ; mais il avait été condamné àpayer au roi six mille livres parisis en punition desa désobéissance; il fut obligé par le jugement dar-bitres à en donner six cents aux chanoines de Beau-vais en dédommagement du dégât de leurs maisonsau milieu de lincendie allumé par ses gens dans laville de Beauvais; sa demeure enfin avait été entiè-rement dévastée. Il ne dut pas, à coup sûr, lui restergrandchose des huit mille livres de la commune.Le fisc du roi gagna seul dans cette affaire : il navaitsouffert aucune perte, et il reçut dix mille livres desbourgeois de Beauvais, et six mille de lévêque.Lascendant du pouvoir royal sur tontes les petitespuissances locales éclata si hautement quil ne futplus dès lors question, à Beauvais , dessayer de sysoustraire; ce fut auprès du roi quon chercha avecsoumission le redressement de tous les griefs, ladécision de tous les différends ; on ne tenta plus delemporter quà force dhumilité dans le langage; etsi les anciens droits , les vieux privilèges y reparais-saient encore, cétait par une sorte dégard pour lepassé, et plutôt pour orner lobéissance que pour ladisputer.

Cette nouvelle disposition des esprits ne tardapas à se montrer ' "quement. Au printempsde 1308, moins de deux ans après le jugement quenous venons de rapporter, les bourgeois et lévêquesétantretrouvés en contestation sur plusieurs pointsde leurs anciennes querelles, il ne fut question nide sonner la cloche de la commune, ni de mettrelinterdit sur la ville , encore moins de se battredans les rues ; et laffaire fut pacifiquement et régu-lièrement portée au parlement de Paris, dont larrêtlexplique clairement :

a Philippe, par la grâce de Dieu, roi des Fran-çais, à tous ceux qui ces présentes lettres verront,salut : savoir faisons quun différend sétant élevédans notre cour entre lévêque de Beauvais, dunepart, et le maire et les pairs de Beauvais, de lautre,lesdits maire et pairs, au nom de leur commune deladite ville, ont dit et soutenu quils étaient en usageet possession détablir des gardiens ou surveillantspour la laine, le fil, les teintures et tontes choses ser-vant à faire des draps dans toute la ville de Beauvais ;comme aussi de punir , réformer et faire observer ,par leur juridiction, tout ce quils trouvaient à ré-former dans les affaires et matières ci-dessus relatées.Et ils ont dit quils étaient de plus en usage et pos-session de maintenir leurs citoyens, et tous ceux dela susdite commune auxquels , selon la coutume ,ils avaient infligé quelque amende pour délits com-mis dans la susdite fabrication , quittas et exempts

(I) Louvet, t. u, p. 515.