602 CIVILISATION EN FRANCE.
fidèlement et inviolablement à la sentence et déci-sion desdits commissaires sur les faits susdits, sansaucune réclamation, prière ou requête à ce con-traire, faite à aucun supérieur ou tout autre, pourfaire rétracter et changer quelque chose à leurdiclum, jugement et ordonnances, et sans espoird’aucun adoucissement qui puisse être apporté àl'arbitrage d’aucune autre volonté.
» Pour l’accomplissement desquelles choses, nousmaire, pairs, jurés, conseillers et citoyens de lacommunauté, nous nous obligeons ainsi que toutela commune, avec tous nos biens meubles et im-meubles, présents et futurs. En foi de quoi ayantété évoqués ceux qui devaient l’être, nous avons faitmettre le sceau de la commune. Donné l’an 1506,le jeudi veille de Saint-Simon et Saint-Jude, apô-tres (I). »
Les bourgeois étaient sincères dans leur désird’accommodement et leur promesse de soumissionà l’avis des arbitres. Il est même probable qu’ilssouhaitaient, encore plus vivement que l’évêque, lafin de cette querelle. Leur industrie souffrait; leursrécoltes étaient chaque jour menacées, les liens so-ciaux s’altéraient sans doute dans ces longues dis-cordes, et la piété de ce temps redoutait par-dessustout peut-être le retour de l’interdit, source dedésolation au sein des familles qu’il atteignait danstoutes les circonstances de la vie. Ce fut donc dansles dispositions les plus pacifiques que la communeattendit le jugement de ces arbitres; et peut-êtreeut-elle besoin de toute son envie de terminer pourl’accepter de bonne grâce. Après avoir raconté lesfaits que nous connaissons déjà, les arbitres s’ex-priment ainsi :
» Nous donc, acceptant, pour le bien de la paix,ladite commission, ayant vu de nos yeux les ruineset les lieux détruits par les susdits crimes, pris leconseil d’hommes honnêtes, cherché la vérité etconsidéré tout ce qui devait être considéré, nousavons ordonné, décidé et jugé ce qui suit :
» Que lesdits maire, pairs, jurés, présents de-vant nous, et toute la commune demanderaient, lesmains jointes et les genoux fléchis, humblementpardon au seigneur évêque pour les choses susdites,et pour ces mêmes choses s’engageraient en leurnom à" tous à consigner l’amende indiquée ci-après.
» Item, qu’ils rapporteraient et remettraient dansle lieu où ils étaient, les fers et ceps qu’au tempsde ladite rébellion ils avaient emportés de la mai-son de levêque, ainsi qu’une corne de cerf, en lieu
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et place de l’os d’un géant emporté de l’endroit oùil était suspendu dans le palais épiscopal : lesquellesrestitutions et démonstrations d’humilité et respectfurent accomplies dévotement en notre présence.
» Item, que le maire ou quelqu’un des pairs oujurés offrirait une image d’argent de la bienheu-reuse vierge Marie, du poids de quatre marcs, lejour de la Purification ou de l’Annonciation de cettebienheureuse vierge, lorsque la procession ira à lagrande chapelle du manoir épiscopal, d’où les imageset objets sacrés furent emportés au temps de la ré-volte, et où cette image d’argent doit rester éter-nellement à l’honneur de Dieu et de la bienheureusevierge Marie.
» Item, l’évêque pourra retenir en sa prisontrente personnes de la commune, qui devront êtredélivrées cependant selon notre volonté.
» En outre nous condamnons le maire, les pairs,les jurés et la commune à payer audit évêque huitmille livres parisis pour toute amende et peine detous et chacuns des délits commis; les payementsauront lieu aux termes suivants, savoir, mille livresà Pâques, et deux mille livres avant la Toussaintsuivante; item, deux mille avant la Pâques de l’andu Seigneur 1308. Nous ordonnons en outre et pro-nonçons que, si à quelque terme de payement ilssont en retard de huit jours, l’amende ne sera pasportée pour cela à dix mille livres; s’ils étaient enretard de plus de huit jours, l’amende ne serait pasencore pour cela portée à dix mille livres ; maispour chaque jour de retard en sus des huit, ilspayeraient comme amende audit évêque cinquantesols en sus du principal. Et l’évêque, puisqu’il estseigneur temporel, pourra les contraindre à cela ;restant ferme et inviolable, d’autre part, tout ceque nous avons dit, sans qu’aucune réclamationpuisse être portée contre lui à ce sujet, de la partde ses adversaires en aucune cour quelconque. Etl’une et l’autre partie mettra son sceau, avec lesnôtres, aux présentes lettres en témoignage de vé-rité.
» Vu donc ces amendes et ces satisfactions, nousordonnons et prononçons que ledit évêque n’inquié-tera, ni ne molestera, ni ne vexera directement ouindirectement en quoi que soit pour cause desditsexcès, le maire, les pairs, jurés, conseillers et lacommune, ni ne demandera à personne de les vexer,ni ne pourra le demander, ni ne le fera faire, ni netravaillera à ce que ce soit fait, mais au contraireles maintiendra sains et saufs de tous ceux qui ontété dans son parti. Et semblablement, le maire, lespairs, jurés, conseillers et communauté susdite, ounul d’entre eux n’intenteront d’action, ne porterontplainte à l’avenir ou ne demanderont qu’il en soit
(l) Louvet, t, tt, p. 800,