PREUVES ET DÉVELOPPEMENTS HISTORIQUES.
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six deniers parisis, que tout ce fust réservé auditMonseigneur pour en faire poursuite au temps ad-venir aussi bien que faire le povoit à présent partelle manière que il cuiderent que l’on fist. Et cefait, ledit procureur des dicts maire et pairs nousrequit que ladicte main dudict Monseigneur, miseaux lieus dessusdicts, nous voulsissions lever; au-quel nous repondismes que pour ce que après la-dicte main mise, lesdicts maire et pairs avoienttenus leur assemblée et fait plusieurs actes, et entrélesdicts lieus, si corne ledict procureur dudict Mon-seigneur disoit. Et pour autres causes ledict pro-cureur dudict Monseigneur, ou nom dudict Mon-seigneur, avoit plusieurs complaintes en cas denouvelletés contre iceux maire et pairs et autresleurs officiers pardevant que tel sergent du roy notresire, et gardien dudict Monseigneur, qui après icellescomplaintes et oppositions données, avoit prins etmis les débats et les choses contentieuses en la maindu roy notre sire et assigné jour en parlement. Etque de tout ce que lesdictes complaintes et leurdeppendance comprennoient et pourroyent toucherou avoir autre regard nous ne nous entremettronsaucunement. Mais au surplus par l’accord du procu-reur de Monseigneur, et sans préjudice audit Mon-seigneur et à sesdietes plaintes et sans que icellescomplaintes et aucunes de leur deppendances y soiten aucune manière comprise : Nous autant que fairele pouvions levasmes ladicte main sous les condi-tions et accords dessus dicts. En lesmoin de ce nousavons mis en ces présentes lettres notre seel, quifurent faites et données Tan et jour ci-dessusdits (1). »
On le voit clairement : tout se terminait alors parvoie de justice; plus de recours à la force, plus deces procédés énergiques et brutaux qui caractérisentla vie communale du moyen âge. Les citoyens,comme les autorités de Beauvais, sont entrés dansl’ordre régulier et progressif de la monarchie fran-çaise : leur ville possède encore de grands privilè-ges ; l’évêque est toujours comte de Beauvais et pairde France; mais l’esprit républicain a disparu,comme l’esprit féodal et l’arrogance ecclésiastique;prélat et bourgeois se sentent sujets d’un mêmemaître, et ne demandent au roi de France que bongouvernement pour le présent, respect pour lepassé. Nous ne rencontrerons donc plus dans l’his-toire de Beauvais ces scènes passionnées et origi-nales où les plus grands intérêts sociaux, les pre-miers pouvoirs publics sont aux prises dans les ruesd’une petite ville assez obscure dans l’histoire du
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pays. Les anciens sujets de querelle subsistent tou-jours; car, en 1617, la question du droit de justiceétait encore pendante au parlement de Paris ; maisces affaires sont poursuivies à petit bruit, selon lesformes monotones de la justice, et leur discussionfait si peu d’effet que les historiens du Beauvaisis né-gligent de nous en faire connaître les vicissitudes.
La commune cependant n’a pas cessé d’exister,et ce n’est pas elle qui perd le plus à l’extension dupouvoir royal ; non-seulement elle y gagne le repos,Tordre intérieur si nécessaire à son travail, à soncommerce; mais elle a affaire, dans le roi, à un su-zerain moins jaloux de quelques pauvres libertésbourgeoises qu’un évêque plus rapproché, plus gênépar ces libertés, et dont les prédécesseurs ont uséleur vie à les combattre. La ville vit même étendreses privilèges en récompense de sa bonne conduitedans les guerres contre les Anglais : deux foiresannuelles lui avaient été accordées en 1360, avectoutes franchises et libertés pour les personnes etbiens de ceux qui s’y rendraient; les habitants deBeauvais, qui avaient été mis en 1550sous la sau-vegarde particulière du roi, furent, en 1472,exempts de toutes tailles, et reçurent en la mêmeannée le droit précieux de pouvoir posséder des fiefsnobles, sans être obligés, pour cette cause, à payerindemnité , ni même à aller ou envoyer à la guerre,la garde et défense de Beauvais étant tenues pourservice militaire suffisant. Louis XI leur accordaencore, comme nobles, exemption de diverses im-positions; Charles IX confirma, en 1572, toutes leslibertés de la commune ; enfin Henri IV, en récom-pense de la fidélité des gens de Beauvais envers lacouronne de France, s’engagea, par lettres-patentesde 1594, à ne leur donner aucun gouverneur, à n’é»lever aucune forteresse ou citadelle dans leur ville,et à n’y jamais mettre garnison.
Ces grandes et lucratives faveurs pouvaient fortbien consoler les bourgeois de Beauvais d’avoir vuleur droit de propre justice éclipsé par la juridictiondu parlement de Paris, le pouvoir de leur maire àasseoir la taille restreint par l’institution d’éluschargés de cette fonction au nom du roi, et enfin lagarde de la ville partagée avec un capitaine nommépar le roi. Mais l’évêque, dont les droits seigneu-riaux avaient plus souffert que ceux de la commnne,dont le parlement resserrait chaque jour la juridic-tion temporelle, qui voyait s’établir à Beauvais, enconcurrence de son antique privilège, un hôtel desmonnaies royales, qui se sentait froissé chaque jourdans l’exercice de son pouvoir par cette nuée d’offi-ciers de justice et de finances dont la politiqueroyale couvrait la France, l’évêque, dis-je , n’avaitpas, pour tant d’échccs, les mêmes dédommage-