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PREUVES ET DÉVELOPPEMENTS HISTORIQUES.
En 1583, un commissaire des aides, venu à Beau-vais pour l’imposition d’un nouveau subside, refusede déposer à la porte de la ville les armes qu’il asur lui ; le peuple, choqué de cette violation de sesprivilèges, s’amasse et s’irrite : dans la confusionoccasionnée par cette foule, quelques personnessont renversées; les spectateurs s’écrient qu’on lueles portiers. Le bruit s’en répand dans la ville; deuxmille personnes en armes se réunissent en un clind’œil à la porte de Paris, et le commissaire seraitmassacré avec les siens sans la prudence, le cou-rage , le sang-froid de quelques bourgeois qui s’en-tremettent et le tirent de ce mauvais pas.
En 1617, le chapitre ayant, au nom de l’évêquedont il exerçait les pouvoirs pendant la vacance dusiège, approuvé l’établissement à Beauvais des reli-gieux minimes, l’agrément du maire et des pairsest pareillement demandé, et ceux-ci convoquentune assemblée générale à l’hôtel de ville « pour quele peuple baille son consentement. »
Le même fait se reproduit en 1626 pour un cou-vent d’ursulines ; cette fois seulement le consente-
ment des maire et pairs de Beauvais avait été précédéde lettres-patentes de Louis XIII, qui cependant nele rendaient pas superflu.
Je pourrais rechercher et produire encore depetits faits semblables; mais ceux-là suffisent. J’aisuivi pas à pas l’histoire d’une commune françaisedu xT au xvn e siècle. On a pu entrevoir, sur cethéâtre si resserré, les diverses phases de l’espritbourgeois, énergique, brutal dans son origine; ob-stiné dans la défense de ses privilèges ; prompt àaccepter et habile à soutenir les pouvoirs lointainset supérieurs, pour échapper à l’oppression des pou-voirs voisins et subalternes; changeant de langage,de prétentions même, à mesure que la société et legouvernement changent, mais toujours persévérant,sensé, et sachant faire tourner à son profit le pro-grès général de la civilisation. Ainsi s’est formé letiers état. A partir du xvii' siècle, ce n’est plus dansles chartes et les aventures intérieures des villesqu’il faut chercher l’histoire de ses destinées. Ellesse passent dans une sphère bien plus vaste et plushaute. Ce sont les destinées de la France.
FIN DU COURS.