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Théâtre complet : précédé d'une notice / de J. Racine
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BÉRÉNICE.

Que sais-je P j’espérais de mourir à vos yeux ,

Avant que d’en venir à ces cruels adieux.

Les obstacles semblaient renouveler ma llammc.

Tout l’empire parlait; mais la gloire, madame,

Ne s’était point encor l'ait entendre à mon cœurl)u ton dont elle parle au cœur d’un empereur. •

Je sais tous les tourments où ce dessein me livre :

Je sens bien que sans vous je ne saurais plus vivre,Que mon cœur de moi-méme est prêt à s’éloigner ;

Mais il ne s’agit plus de vivre, il faut régner.

né lié MC K.

Eh bien, régnez, cruel, contentez votre gloire :

Je ne dispute plus. J’attendais, pour vous croire,

Que cette môme bouche, après mille sermentsD’un amour qui devait unir tous nos moments,

Cette bouche, à mes yeux s’avouant infidèle,M’ordonnât elle-môme une absence éternelle.

Moi-môme j’ai voulu vous entendre en ce lieu.

Je n’écoute plus rien : et, pour jamais, adieu...

Tour jamais ! Ab seigneur ! songez-vous en vous-mêmeCombien ce mot cruel est affreux quand on aime ?

Dans un mois, dans un an, comment souffrirons-nous,Seigneur, que tant de mers me séparent de vous ;

Que le jour recommence et que le jour finisseSans que jamais Titus puisse voir Bérénice,

Sans que de tout le jour je puisse voir Titus?

Mais quelle est mon erreur, et que de soins perdus!L’ingrat, de mon départ consolé par avance,Daignera-t-il compter les jours de mon absence?

Ces jours si longs pour moi lui sembleront trop courts.

TITUS.

Je n’aurai pas, madame, à compter tant de jours:J’espère que bientôt la triste renomméeVous fera confesser que vous étiez aimée.

Vous verrez que Titus n’a pu, sans expirer...

BélléMCE.

Ab seigneur! s’il est vrai, pourquoi nous séparer?

Je ne vous parle point d’un heureux hvménée :

Rome à ne vous plus voir m’a-t-elle condamnée?Pourquoi m’enviez-vous l’air que vous respirez?