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ACTE ]V, SCÈNE V.
TITUS.
Hélas! vous pouvez tout, madame. Demeurez :
Je n’y résiste point. Mais je sens ma faiblesse :
Il faudra vous combattre et vous craindre sans cesse,
Et sans cesse veiller à retenir mes pas,
Que vers vous à toute heure entraînent vos appas.
Que dis-je! En ce moment, mon cœur, hors de lui-même,S’oublie, et se souvient seulement qu’il vous aime.
BÉRÉNICE.
Eli bien, seigneur, eh bien, qu’en peut-il arriver?Voyez-vous les Romains prêts à se soulever?
TITUS.
Et qui sait de quel œil ils prendront cette injure?
S’ils parlent, si les cris succèdent au murmure,Faudra-t-il par le sang justifier mon choix?
S’ils se taisent, madame, et me vendent leurs lois,
A quoi m’exposez-vous? par quelle complaisanceFaudra-t-il quelque jour payer leur patience?
Que n’oseront-ils point alors me demander?Maintiendrai-je des lois que je ne puis garder?
BÉRÉNICE.
Vous ne comptez pour rien les pleurs de Bérénice.
TITUS.
Je les compte pour rien! Ah ciel! quelle injustice!
BÉRÉNICE.
Quoi! pour d’injustes lois que vous pouvez changer,
En d’éternels chagrins vous-même vous plonger!
Rome a ses droits, seigneur; n’avez-vous pas les vôtres?Ses intérêts sont-ils plus sacrés que les nôtres?
Dites, parlez.
TITUS.
Ilélas! que vous me déchirez!
BÉRÉNICE.
Vous êtes empereur, seigneur, et vous pleurez!
TITUS.
Oui, madame, il est vrai, je pleure, je soupire,
Je frémis. Mais enfin, quand j’acceptai l’empire,
Rome me lit jurer de maintenir ses droits.
Tl les faut maintenir. Déjà plus d’une foisRome a de mes pareils exercé la constance.
Ah! si vous remontiez jusques à sa naissance,