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Théâtre complet : précédé d'une notice / de J. Racine
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BÉRÉNICE.

BÉRÉNICE.

Ingrat! que je demeure?

Et pourquoi? pour entendre un peuple injurieuxQui fait de mon malheur retentir tous ces lieux ?

Ne l’entendez-vous pas cette cruelle joie,

Tandis que dans les pleurs moi seule je me noie?

Quel crime, quelle offense a pu les animer?

Hélas! et qu’ai-jc fait que de vous trop auner?

TITUS.

Écoutez-vous, madame, une foule insensée!

BÉRÉNICE.

Je ne vois rien ici dont je ne sois blessée.

Tout cet appartement préparé par vos soins,

Ces lieux, de mon amour si long-temps les témoins, lQui semblaient pour jamais me répondre du vôtre,

Ces festons où nos noms enlacés l’un dans l’autreA mes tristes regards viennent partout s’olfrir,

Sont autant d’imposteurs que je ne puis souffrir.

Allons, Phénice.

TITUS.

Oh ciel ! que vous êtes injuste!

BÉRÉNICE.

Retournez, retournez vers ce sénat augusteQui vient vous applaudir de votre cruauté.

Eli bien ! avec plaisir l’avez-vous écouté?

Êtes-vous pleinement content de votre gloire?

Avez-\ous bien promis d’oublier ma mémoire?

Mais ce n’est pas assez expier vos amours :

Avez-vous bien promis de me haïr toujours ?

TITUS.

Non, je n’ai rien promis. Moi, que je vous haïsse?

Que je puisse jamais oublier Bérénice?

Ab dieux! dans quel moment son injuste rigueurl)e ce cruel soupçon vient aflliger mon cœur !Connaissez-moi, madame, et depuis cinq annéesComptez tous les moments et toutes les'journéesOù, par plus de transports et par plus de soupirs,

Je vous ai de mon cœur exprimé les désirs;

Ce jour surpasse tout. Jamais, je le confesse,

Vous 11e fûtes aimée avec tant de tendresse;fît jamais.,,.