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ACTE V, SCÈNE VI.
BÉRÉNICE.
Vous m’aimez, vous me le soutenez;
Et cependant je pars ; et vous me l’ordonnez !
Quoi! dans mon désespoir trouvez-vous tant de charmes?Craignez-vous que mes yeux versent trop peu de larmes?Que me sert de ce coeur l’inutile retour?
Ah cruel! par pitié montrez-moi moins d’amour;
Ne me rappelez point une trop chère idée;
Et laissez-moi du moins partir persuadéeQue, déjà de votre âme exilée en secret,
J’abandonne un ingrat qui me perd sans regret.
Titus Ut une lettre.
Vous m’avez arraché ce que je viens d’écrire.
Voilà de votre amour tout ce que je désire :
Lisez, ingrat, lisez, et me laissez sortir.
TITCS.
Vous ne sortirez point, je n’y puis consentir.
Quoi! ce départ n’est donc qu’un cruel stratagème!
Vous cherchez à mourir! et de tout ce que j’aimeIl ne restera plus qu’un triste souvenir!
Qu’on cherche Antiochus ; qu’on le fasse venir.
Bérénice se laisse tomber sur un siéje.
SCÈNE VI.
TITUS, BÉRÉNICE. .
TITCS.
Madame, il faut vous faire un aveu véritable.
Lorsque j’envisageai le moment redoutableOù, pressé par les lois d’un austère devoir,
11 fallait pour jamais renoncer à vous voir;
Quand de ce triste adieu je prévis les approches,
Mes craintes, mes combats, vos larmes, vos reproches,
Je préparai mon âme à toutes les douleursQue peut faire sentir le plus grand des malheurs :
Mais, quoi que je craignisse, il faut que je le die,
Je n’en avais prévu que la moindre partie ;
Je croyais ma vertu moins prête à succomber,
Et j’ai honte du trouble où je la vois tomber.
J’ai vu devant mes yeux Rome entière assemblée ;
Le sénat m’a parlé : mais mon âme accablée
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