Buch 
Théâtre complet : précédé d'une notice / de J. Racine
Entstehung
Seite
308
JPEG-Download
 

308

BÉRÉNICE.

Je n’ai pu l’oublier; au moins je me suis lu.

De votre changement la flatteuse apparenceM’avait rendu tantôt quelque faible espérance.

Les larmes de la reine ont éteint cet espoir.

Ses yeux, baignés de pleurs, demandaient à vous voirJe suis venu, seigneur, vous appeler moi-méme.

Vous êtes revenu. Tous aimez, on vous aime ;

Vous vous êtes rendu : je n’en ai point douté.

Pour la dernière fois je me suis consulté;

J’ai fait de mon courage une épreuve dernière;

Je viens de rappeler ma raison tout entière :

Jamais je ne me suis senti plus amoureux.

11 faut d’autres efforts pour rompre tant de nœuds :

Ce n’est qu’en expirant que je puis les détruire;

J’y cours. Voilà de quoi j’ai voulu vous instruire.

Oui, madame, vers vous j’ai rappelé ses pas;

Mes soins ont réussi; je ne m’en repens pas.

Puisse le ciel verser sur toutes vos annéesMille prospérités l’une à l’autre enchaînées!

Ou, s’il vous garde encore un resté de courroux,

Je conjure les dieux d’épuiser tous les coupsQui pourraient menacer une si belle vieSur ces jours malheureux que je vous sacrifie.

bkrkmce, se levant.

Arrêtez, arrêtez ! Princes trop généreux,

En quelle extrémité me jetez-vous tous deux !

Soit que je vous regarde, ou que je l’envisage,

Partout du désespoir je rencontre l’image;

Je ne vois que des pleurs, et je n’entends parlerQue de trouble, d’horreurs, de sang prêt à couler.

A Titus.

Mon co ur vous est connu, seigneur, et je puis direQu’on ne l’a jamais vu soupirer pour l’empire :

La grandeur des Romains, la pourpre des CésarsN’a point, vous le savez, attiré mes regards.

J’aimais, seigneur, j’aimais, je voulais être aimée.

Ce jour, je l’avouerai, je me suis alarmée;

J’ai cru que votre amour allait finir son cours :

Je connais mon erreur, et vous m’aimez toujours.Votre cœur s’est troublé, j’ai vu couler vos larmes.Bérénice, seigneur, ne vaut point tant d’alarmes,