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Théâtre complet : précédé d'une notice / de J. Racine
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ACTE III, SCÈNE 1.

Qui courait de Roxane accomplir le désir,

Aux portes du sérail a reçu le vizir.

Ils ne m’ont point parlé; mais, mieux qu’aucun langage,Le transport du vizir marquait sur son visageQu’un heureux changement le rappelle au palais,

Et qu’il y vient signer une éternelle paix.

Roxane a pris, sans doute, une plus douce voie.

ATALIDE.

Ainsi, de toutes parts, les plaisirs et la joieM’abandonnent, Zaïre, et marchent sur leurs pas.

J’ai fait ce que j’ai dû; je ne m’en repens pas.

ZAÏRE.

Quoi, madame ! quelle est cette nouvelle alarme ?

ATALIDE.

Et ne t’a-t-on point dit, Zaïre, par quels charmes,

Ou, pour mieux dire enlin, par quel engagementRajazet a pu faire un si prompt changement?

Roxane en sa fureur paraissait inflexible ;

A-t-elle de son cœur quelque gage infaillible?

Parle. L’épouse-t-il?

ZAÏRE.

Je n’en ai rien appris.

Mais enfin s’il n’a pu se sauver qu’à ce prix, '

S’il fait ce que vous-même avez su lui prescrire,

S’il l’épouse, en un mot.,..

ATALIDE.

S’il l’épouse, Zaïre !

ZAÏRE.

Quoi! vous repentez-vous des généreux discoursQue vous dictait le soin de conserver ses jours?

ATALIDE.

Non, non; il ne fera que ce qu’il a diï faire.

Sentiments trop jaloux, c’est à vous de vous taire :

Si Rajazet l’épouse, il suit mes volontés;

Respectez ma vertu qui vous a surmontés ;

A ses nobles conseils ne mêlez point le vôtre;

Et, loin de me le peindre entre les bras d’une autre,Laissez-moi, sans regret , me le représenterAu trône où mon amour l’a forcé de monter.

Oui, je me reconnais, je suis toujours la même.

Je voulais qu’il m’aimât, chère Zaïre; il m’aime :