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Théâtre complet : précédé d'une notice / de J. Racine
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BAJAZET.

Et du moins cet espoir me console aujourd'huiQue je vais mourir digne et contente de lui.

ZAÏRE.

Mourir! Quoi! vous auriez un dessein si funeste!

ATALIDE .

J’ai cédé mon amant; tu t’étonnes du reste?

Peux-tu compter, Zaïre, au nombre des malheursUne mort qui prévient et finit tant de pleurs?

Qu’il vive, c’est assez. Je l’ai voulu, sans doute;

Et je le veux toujours, quelque prix qu’il m’en coûteJe n’examine point ma joie ou mon ennui;

J’aime assez mon amant pour renoncer à lui.

Mais, hélas ! il peut bien penser avec justiceQue, si j’ai pu lui faire un si grand sacrifice,

Ce cœur, qui de ses jours prend ce funeste soin,L’aime trop pour vouloir en être le témoin.

Allons, je veux savoir. ..

ZAÏRE.

Modérez-vous, de grâce-:On vient vous informer de tout ce qui se passe.

C’est le vizir.

SCÈNE II.

ATALIDE, ACOMAT, ZAÏRE.

* ACOMAT.

Enfin nos amants sont d’accord,Madame; un calme heureux nous remet dans le port.La sultane a laissé désarmer sa colère;

Elle m’a déclaré sa volonté dernière;

Et, tandis qu’elle montre au peuple épouvantéDu prophète divin l’étendard redouté,

Qu’à marcher sur mes pas Bajazet se dispose,

Je vais de ce signal faire entendre la cause,

Remplir tous les esprits d’une juste terreur,

Et proclamer enfin le nouvel empereur.

Cependant permettez que je vous renouvelleLe souvenir du prix qu’on promit à mon zèle.N’attendez point de moi ces doux emportements,

Tels que j’en vois paraître au cœur de ces amants :Mais si, par d’autres soins plus dignes de mon âge,