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Théâtre complet : précédé d'une notice / de J. Racine
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ACTE ITT, SCKNE I.

44

ACTE TROISIÈME.

SCÈNE I.

AGAMEMNON, CLYTEMNESTRE.

CLYTEMNESTRE.

Oui, seigneur, nous partions; et mon juste courrouxLaissait bientôt Achille et le camp loin de nous :

Ma fille dans Argos courait pleurer sa honte.

Mais lui-même, étonné d’une fuite si prompte,

Par combien de serments, dont je n’ai pu douter,Vient-il de me convaincre et de nous arrêter!

11 presse cet hymen qu’on prétend qu’il diffère,

Et vous cherche, brûlant d’amour et de colère :

Prêt d’imposer silence à ce bruit imposteur,

Achille en veut connaître et confondre l’auteur,bannissez ces soupçons qui troublent notre joie.

AGAMEMNON.

Madame, c’est assez : je consens qu’on le croie.

Je reconnais l’erreur qui nous avait séduits,

Et ressens votre joie autant que je le puis.

Vous voulez que Calchas l’unisse à ma famille ;

Vous pouvez à l’autel envoyer y otre tille :

Je l’attends. Mais, avant que de passer plus loin,J’ai voulu vous parler un moment sans témoin.

Vous voyez en quels lieux vous l’avez amenée :Tout y ressent la guerre, et non point l’hyménée.

Le tumulte d’un camp, soldats et matelots,

Un autel hérissé de dards, de javelots,

Tout ce spectacle enfin, pompe digne d’Achille,

Pour attirer vos yeux n’est point assez tranquille ;

Et les Grecs y verraient l’épouse de leur roiDans un état indigne et de vous et de moi.

M’en croirez-vous? laissez, de vos femmes suivie,

A cet hymen, sans vous, marcher Iphigénie.

CLYTEMNESTRE.

Qui? moi! que, remettant ma fille en d’antres bras,Ce que j’ai commencé, je ne l’achève pas!