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Théâtre complet : précédé d'une notice / de J. Racine
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ACTE IIf, SCÈNE VT.

Dans cet heureux espoir je l’avais élevée.

C’est vous que nous cherchions sur ce funeste hord ;Et votre nom, seigneur, la conduit à la mort.Ira-t-elle des dieux implorant la justice,

Embrasser leurs autels parés pour son supplice ?

Elle n’a que vous seul : vous ôtes en ces lieuxSon père, son époux, son asile, ses dieux.

Je lis dans vos regards la douleur qui vous presse.Auprès de votre époux, ma fille, je vous laisse.Seigneur, daignez m’attendre, et ne la point quitter :A mon perfide époux je cours me présenter;

Il ne soutiendra point la fureur qui m’anime.

Il faudra que Calchas cherche une autre victime :

Ou, si je ne vous puis dérober à leurs coups,

Ma fdle, ils pourront bien m’immoler avant vous.

SCÈNE VI.

ACHILLE, IPHIGÉNIE.

ACHILLE.

Madame, je me tais, et demeure immobile. ,

Est-ce à moi que l’on parle ? et connait-on Achille ?Une mère pour vous croit devoir me prier !

Une reine à mes pieds se vient humilier !

Et, me déshonorant par d’injustes alarmes,

Pour attendrir mon cœur on a recours aux larmes !Qui doit prendre à vos jours [dus d’inlérêt que moi ?Ah ! sans doute on s’en peut reposer sur ma foi.L’outrage me regarde ; et, quoi qu’on entreprenne,

Je réponds d’une vie où j’attache la mienne.

Niais ma juste douleur va plus loin m’engager :

C’est peu de vous défendre, et je cours vous venger,

Et punir à la fois le cruel stratagème

Qui s’ose de mon nom armer contre vous-môme.

11’iIIGÉME.

Ah ! demeurez, seigneur, et daignez m’écouter.

ACHILLE.

Quoi ! madame, un barbare osera m’insulter !

11 voit que de sa sieur je cours venger l’outrage,

Il sait que, le premier lui donnant mon suffrage,

Je le fis nommer chef de vingt rois ses rivaux,