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Théâtre complet : précédé d'une notice / de J. Racine
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ACTE 111, SCÈNE VI. 4 35

Ne peut que s’affliger de tout ce qui Fotï'ense;

Et loin d’oser ici, par un prompt changement,

Approuver la fureur de votre emportement ,

Loin que par mes discours je l’attise moi-même ,

Crojez qu’il faut aimer autant que je vous aimePour avoir pu souffrir tous les noms odieuxDont votre amour le vient d’outrager à nies yeux.

Et pourquoi voulez-vous qu’inhumain et barbare,

Il ne gémisse pas du coup qu’on me prépare?

Quel jtère de son sang se plaît à se priver?

Pourquoi me perdrait-il, s’il pouvait me sauver?

J’ai vu, n’en doutez point, ses larmes se ré_ ’reFaut-il le condamner avant que de l’entendre?

Hélas! de tant d’horreurs son cœur déjà troubléDoit-il de votre haine être encore accablé?

ACHILLE.

Quoi, madame! parmi tant de sujets de crainte,

Ce sont là les frayeurs dont vous êtes atteinte?

Un cruel (comment puis-je autrement l’appeler?)

Par la main de Calchas s’en va vous immoler;

Et lorsqu’à sa fureur j’oppose ma tendresse,

Le soin de son repos est le seul qui vous presse!

On me ferme la bouche ! on l’excuse ! on le plaint !

C’est pour lui que l’on tremble; et c’est moi que l’on craint !Triste effet de mes soins! est-ce donc là, madame,

Tout le progrès qu’Achille avait fait dans votre àme?

IPHIGÉNIE.

Ah cruel! cet amour, dont vous voulez douter,

Ai-je attendu si tard pour le faire éclater?

Vous voyez de quel œil, et comme indifférenteJ’ai reçu de ma mort la nouvelle sanglante :

Je n’en ai point pâli. Que n’avez-vous pu voirA quel excès tantôt allait mon désespoir,

Quand, presque en arrivant, un récit peu fidèleM’a de votre inconstance annoncé la nouvelle!

Quel trouble, quel torrent de mots injurieuxAccusait à la fois les hommes et les dieux !

Ah ! que vous auriez vu, sans que je vous le die,

De combien votre amour m’est plus cher que ma vie!

Qui sait même, qui sait si le ciel irritéA pu souffrir l’excès de ma félicité!