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Théâtre complet : précédé d'une notice / de J. Racine
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IPHIGÉNIE.

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Non, madame : il suffit que vous me commandiez;Vous nous verrez combattre, et mourir à vos pieds.Mais de nos faillies mains que pouvez-vous attendre?Contre tant d’ennemis qui vous pourra défendre ?

Ce n’est plus un vain peuple en désordre assemblé;C’est d’un zèle fatal tout le camp aveuglé.

Plus de pitié. Calchas seul règne, seul commande :

La piété sévère exige son offrande.

Le roi de son pouvoir se voit déposséder,

Et lui-même au torrent nous contraint de céder.Achille à qui tout cède, Achille à cet orageVoudrait lui-même en vain opposer son courage :

Que fera-t-il, madame? et (pii peut dissiperTous les Ilots d’ennemis prêts à l’envelopper?

CI.YTEM.XESTllE.

Qu'ils viennent donc sur moi prouver leur zèle impie,Et m’arrachent ce peu qui me reste de vie !

La mort seule, la mort pourra rompre les nœudsDont mes liras nous vont joindre et lier toutes deux :Mon corps sera plutôt séparé de mon âme,

Que je souffre jamais.... Ah ma fille I

œniGÉMr.

Ah madame !

Sous quel astre cruel avez-vous mis au jourLe malheureux objet d’une si tendre amour !

Mais que pouvez-vous faire en l’état où nous sommesVous avez à combattre et les dieux et les hommes.Contre un peuple en fureur vous exposerez-vous?N'allez point dans un camp, rebelle à votre époux,Seule à me retenir vainement obstinée,

Par des soldats peut-être indignement traînée,Présenter, pour tout fruit d’un déplorable effort,

Un spectacle à mes yeux plus cruel que la mort.Allez; laissez aux Grecs achever leur ouvrage,

Et quittez pour jamais un malheureux rivage;

Du bûcher qui m’attend, trop voisin de ces lieux,

La flamme de trop près viendrait frapper vos yeux.Surtout, si vous m’aimez par cet amour de mère,

Ne reprochez, jamais mon trépas à mon père.