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Théâtre complet : précédé d'une notice / de J. Racine
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PHÈDRE.

Avouez-le, tout change ; et depuis quelques joursOn vous voit moins souvent, orgueilleux et sauvage,Tantôt faire voler un char sur te rivage,

Tantôt, savant dans l’art par Neptune inventé,Rendre docile au frein un coursier 'indompté :

Les forêts de nos cris'moins sou\ent retentissent.Chargés d’un feu secret, vos yeux s’appesantissent.

Il n’en faut point douter, vous aimez, vous brûlez;Vous périssez d’un mal que vous dissimulez.

La charmante Aricie a-t-elle su vous plaire ?

IIIPPOLYTE.

Théramène, je pars, et vais chercher mon père.

THÉRAMÈNE.

Ne verrez-vous point Phèdre avant que de partir,Seigneur ?

IIIPPOLYTE.

C’est mon dessein ; tu peux l’en avertir.Voyons-la, puisqu’ainsi mon devoir me l’ordonne.Mais quel nouveau malheur trouble sa chère QŸnône ?

SCÈNE II.

IIIPPOLYTE, ŒNONE, THÉRAMÈNE.

OKNONK.

Hélas ! seigneur, quel trouble au mien peut être égal.La reine touche presque à son terme fatal.

En vain à l’observer jour et nuit je m’attache,

Elle meurt dans mes bras d’un mal qu’elle me cache;Un désordre éternel règne dans son esprit ;

Son chagrin inquiet l’arrache de son lit ;

Elle veut voir le jour, et sa douleur profondeM’ordonne toutefois d’écarter tout le monde....

Elle vient.

IIIPPOLYTE.

Il suffit : je la laisse en ces lieux,Et ne lui montre point un visage odieux.